Dimanche matin, Donald Trump a ajouté un élément assez inattendu à la guerre commerciale qui oppose maintenant ouvertement le Canada et les États-Unis. Après les tarifs, les déficits commerciaux, les banques, l’automobile et l’accès au marché canadien, voilà qu’il s’attaque au dollar canadien. Dans une publication sur Truth Social, le président américain a qualifié le « déséquilibre » entre les dollars canadien et américain d’« inacceptable », ajoutant que cette situation durait depuis des années, « mais plus maintenant ». Il n’a toutefois expliqué ni ce qu’il considère comme un taux acceptable ni comment son administration entendrait le provoquer. Et surtout, contrairement à ce qu’on pourrait facilement comprendre en lisant cette déclaration, Trump n’a jamais demandé explicitement la parité entre les deux monnaies.
C’est précisément ce flou qui rend la déclaration intéressante. Parce que si Trump vient réellement d’intégrer la valeur du dollar canadien à ses griefs commerciaux envers Ottawa, nous ne parlons plus simplement d’une bataille de tarifs. Nous entrons dans le domaine beaucoup plus complexe des taux de change, des mouvements internationaux de capitaux, des politiques monétaires et, potentiellement, de la coordination entre banques centrales. Et à cet endroit, il faut commencer par démonter une idée qui risque de s’installer rapidement dans le débat public : Washington ne possède pas un cadran dans le Bureau ovale permettant à Trump de faire passer le dollar canadien de 72 cents américains à 80, 90 cents ou un dollar.
Première chose : le dollar canadien n’est pas administré par Ottawa. Il flotte… Et ça change absolument tout.
Un dollar canadien à 72 cents n’est pas en soi un « déséquilibre »
Il faut d’abord régler une confusion de base. Le fait qu’un dollar canadien vaille environ 72 cents américains ne signifie absolument pas que notre monnaie est 28 % trop faible, pas plus qu’une devise valant numériquement davantage qu’un dollar américain serait automatiquement surévaluée. Les unités monétaires sont arbitraires. Le yen japonais peut valoir une fraction d’un dollar américain sans qu’on puisse en déduire quoi que ce soit simplement en regardant le chiffre. La livre sterling, l’euro, etc. peuvent dépasser le dollar américain sans que cela signifie que les économies britannique ou européenne seraient nécessairement « plus fortes » que l’économie américaine.
Pour déterminer si une monnaie est réellement sous-évaluée, les économistes regardent plutôt des choses comme le taux de change réel, les prix relatifs, la productivité, les termes de l’échange, les mouvements de capitaux, la balance courante et les politiques gouvernementales.
C’est d’ailleurs assez important dans le contexte actuel puisque le propre département du Trésor américain publiait, le 23 juillet dernier, son rapport officiel sur les politiques de change de ses principaux partenaires commerciaux. Conclusion : aucun partenaire commercial majeur n’avait été reconnu comme manipulateur de sa monnaie. Dix économies étaient placées sous surveillance. Le Canada n’en faisait même pas partie.
Autrement dit, si l’administration Trump veut maintenant soutenir que la faiblesse relative du dollar canadien constitue une pratique commerciale déloyale, elle devra expliquer de façon assez gênante pourquoi son propre Trésor ne constatait encore aucune manipulation canadienne il y a quelques semaines à peine…
Et il serait particulièrement difficile d’accuser le Canada d’avoir volontairement écrasé sa monnaie, car la Banque du Canada affirme explicitement laisser le marché déterminer sa valeur et n’est pas intervenue pour influencer le dollar canadien depuis septembre 1998. Notre propre accord commercial avec les États-Unis et le Mexique va d’ailleurs dans le même sens : le chapitre 33 de l’ACEUM engage les trois pays à maintenir des taux de change déterminés par le marché et à s’abstenir de dévaluations concurrentielles.
Alors, si Ottawa ne fixe pas son dollar, comment Washington pourrait-il le faire monter, me direz-vous?
C’est là que l’histoire devient beaucoup plus intéressante.
Première possibilité : Washington pourrait littéralement acheter des dollars canadiens
Oui, les États-Unis disposent d’un véritable outil d’intervention monétaire. Il s’appelle l’Exchange Stabilization Fund, ou ESF, un fonds contrôlé par le département du Trésor qui peut acheter et vendre des devises étrangères avec l’autorisation du secrétaire au Trésor et du président. Il détient notamment des dollars américains, des devises étrangères et des droits de tirage spéciaux, et ses ressources servent précisément à donner au Trésor une capacité d’action sur les marchés monétaires et financiers internationaux.
Mais la mécanique existe bel et bien. Washington pourrait vendre des dollars américains et acheter des dollars canadiens sur le marché. Davantage d’acheteurs de CAD signifie davantage de demande et, toutes choses étant égales, son prix augmenterait. Si l’opération est suffisamment importante et crédible, les investisseurs privés pourraient même amplifier le mouvement en anticipant que les autorités américaines continueront d’intervenir.
Seulement, il y a un énorme « mais ». Un « MÉGA MAIS »
Le marché des changes n’est pas une petite caisse où quelques milliards suffisent à changer durablement les prix. La Banque des règlements internationaux estime que les transactions mondiales sur devises représentaient environ 9 600 milliards de dollars américains par jour en avril 2025. Je répète : PAR JOUR! Le dollar canadien figure parmi les devises les plus échangées au monde. Nous parlons donc d’une monnaie extrêmement liquide, négociée quotidiennement à une échelle de plusieurs centaines de milliards de dollars.
Washington pourrait parfaitement provoquer un mouvement, mais il aurait beaucoup plus de difficulté à imposer durablement une valeur complètement détachée des fondamentaux économiques.
C’est toute la différence entre faire bouger une monnaie et changer durablement son prix.
Il existe cependant un précédent historique fascinant : l’accord du Plaza de 1985. (Croyez-moi, j’ai dû le chercher, celui-là.)
À l’époque, les États-Unis considéraient le dollar américain beaucoup trop fort et estimaient que cette appréciation alimentait leurs déséquilibres commerciaux. Washington, Tokyo, Bonn, Paris et Londres ont alors coordonné leurs politiques pour favoriser une baisse du dollar américain et une appréciation des grandes monnaies étrangères. L’intervention directe sur les marchés n’expliquait pas tout à elle seule, d’après ce que j’ai compris, mais le signal politique était immense : les principales puissances économiques annonçaient au marché qu’elles voulaient toutes la même chose.
Le résultat fut spectaculaire. Les travaux du Fonds monétaire international montrent d’ailleurs que l’accord a été suivi d’une appréciation rapide du yen et d’un affaiblissement important du dollar américain. L’épisode nous démontre surtout une chose : lorsqu’une intervention de change est accompagnée d’une coordination crédible des politiques monétaires, budgétaires et commerciales, le marché peut réagir beaucoup plus fortement que ne le laisserait croire le seul montant des achats et des ventes de devises, comme je l’ai écrit précédemment…
Voilà une distinction capitale pour comprendre ce que Trump pourrait avoir en tête. Une administration américaine déterminée pourrait demander au Canada de participer à une sorte de mini-Plaza nord-américain, où Washington agirait pour affaiblir le dollar américain tandis qu’Ottawa accepterait une appréciation du dollar canadien.
Techniquement, c’est possible. Politiquement et économiquement, ce serait une tout autre histoire. Parce que la vraie arme n’est probablement pas l’achat de dollars canadiens. Ce sont les taux d’intérêt.
Aujourd’hui, le taux directeur canadien se trouve à 2,25 %. Aux États-Unis, la Réserve fédérale maintient sa cible des fonds fédéraux entre 3,5 % et 3,75 %. Toutes choses étant égales, comme j’aime bien l’écrire, cet écart rend les placements américains relativement plus intéressants et contribue à soutenir le dollar américain.
Imaginez maintenant que les taux américains diminuent fortement pendant que ceux du Canada demeurent autour de leurs niveaux actuels. Les obligations canadiennes deviennent relativement plus attrayantes. Une partie des capitaux pourrait migrer vers les actifs canadiens. Pour acheter ces actifs, il faudrait acheter des dollars canadiens. La demande monterait. Le CAD s’apprécierait.
D’ailleurs, la Banque du Canada identifie elle-même les différentiels de taux d’intérêt parmi les facteurs qui influencent le taux de change Canada–États-Unis. Elle a déjà montré qu’un écart de rendement plus favorable aux actifs américains peut contribuer à la dépréciation du dollar canadien.
Et voilà pourquoi la déclaration de Trump sur notre monnaie devient beaucoup plus intéressante lorsqu’on la place à côté de sa volonté récurrente de voir les conditions monétaires américaines s’assouplir. S’il souhaite simultanément des taux américains plus faibles et des monnaies étrangères plus fortes relativement au dollar américain, les deux objectifs peuvent théoriquement faire partie de la même logique économique et stratégique de l’administration Trump.
Mais encore une fois, il ne peut pas simplement téléphoner à la Réserve fédérale et lui dicter son taux directeur. Le Trésor possède ses propres moyens d’intervention sur les devises; la politique monétaire américaine relève du Federal Open Market Committee. La Fed peut certes participer à des opérations de change, mais celles-ci passent par sa propre structure décisionnelle. Au deuxième trimestre de 2026, la Réserve fédérale et le Trésor américain n’avaient d’ailleurs procédé à aucune intervention sur le marché des changes.
Ce détail institutionnel est fondamental… Trump possède, oui, des leviers considérables, mais il ne possède pas pour autant le taux de change.
Et voici le paradoxe actuel : ses tarifs risquent de faire exactement l’inverse. C’est probablement l’aspect le plus ironique de toute cette histoire.
Si Donald Trump souhaite réellement obtenir un dollar canadien plus fort, la guerre commerciale constitue une étrange façon de s’y prendre.
Lorsqu’une menace tarifaire réduit les perspectives de ventes canadiennes aux États-Unis, les investisseurs anticipent moins d’activité, moins d’investissements et donc davantage de risques au Canada. Les capitaux deviennent plus prudents. La demande pour le dollar canadien peut diminuer. La Banque du Canada a d’ailleurs déjà expliqué que l’incertitude entourant les politiques commerciales et l’écart de taux avec les États-Unis pouvaient contribuer à la dépréciation du dollar canadien.
Autrement dit, une escalade commerciale qui détériore les perspectives canadiennes peut exercer une pression à la baisse sur le huard.
Retirer les tarifs pourrait donc être beaucoup plus efficace pour faire monter le dollar canadien que d’en imposer davantage.
Supposons maintenant qu’une entente Canada–États-Unis soit soudainement annoncée. Les tarifs diminuent, les entreprises recommencent à investir, les perspectives d’exportation canadiennes s’améliorent et l’incertitude s’effondre. Les marchés réévaluent alors la croissance canadienne et achètent davantage d’actifs canadiens. Le dollar pourrait monter naturellement.
Voilà donc le paradoxe : si Trump veut un huard plus fort, l’un des meilleurs moyens serait de cesser de faire ce qui l’affaiblit intrinsèquement.
Mais imaginons qu’il exige vraiment la parité… C’est ici qu’on doit pousser la réflexion beaucoup plus loin.
Le 4 septembre 2026, le taux indicatif publié par la Banque du Canada situait un dollar canadien à environ 0,7225 dollar américain. Faire passer le dollar canadien à 1 dollar américain représenterait donc une appréciation d’environ 38 % du CAD lorsqu’on le mesure en dollars américains. Dans l’autre convention de cotation, le mouvement d’environ 1,384 CAD par USD à 1,00 représenterait une baisse d’environ 27,7 % de la valeur du dollar américain exprimée en dollars canadiens.
Et il faut le dire : ce serait colossal!!!
Pour le consommateur canadien, les premières conséquences seraient séduisantes. Les voyages aux États-Unis coûteraient moins cher. Les produits importés deviendraient moins chers. Les équipements industriels achetés en dollars américains coûteraient moins cher. Une partie de l’inflation importée diminuerait et notre pouvoir d’achat international augmenterait considérablement.
Puis arriverait l’autre moitié de l’équation. La moins bonne nouvelle, si on veut…
Une entreprise québécoise qui fabrique pour 100 $ CA un produit vendu 100 $ US aujourd’hui bénéficie de la conversion du revenu américain en dollars canadiens. À parité, cet avantage disparaît. Elle doit augmenter son prix américain, accepter une baisse de sa marge, augmenter sa productivité, réduire ses coûts ou perdre des contrats. L’effet varierait énormément selon les secteurs, bien sûr, les contrats, les couvertures de change et le contenu importé des produits, mais le choc serait brutal pour une partie du secteur manufacturier.
La Banque du Canada rappelle régulièrement sur son site web qu’un dollar canadien plus faible peut soutenir la compétitivité de certaines exportations, mais elle souligne cependant que les exportations canadiennes ne dépendent pas uniquement du taux de change; la croissance américaine, la demande mondiale, la productivité, les prix des matières premières et la nature du choc ayant déplacé la monnaie jouent également un rôle majeur.
Et cela mène à un autre problème pour Trump : une énorme appréciation du dollar canadien ne ferait pas seulement souffrir le Canada.
Comme vous le savez, les États-Unis achètent chez nous de l’énergie, des métaux, des produits forestiers, des pièces automobiles et une multitude d’intrants qui alimentent ensuite leurs propres chaînes de production. Si ces produits deviennent beaucoup plus chers en dollars américains, une partie de la facture se retrouve éventuellement dans les coûts des entreprises américaines. Dans certaines chaînes industrielles, un même produit ou ses composantes traversent la frontière plusieurs fois avant d’arriver au consommateur. On en reviendrait donc au même problème qu’avec les tarifs : vouloir rendre les produits canadiens plus chers pour protéger l’industrie américaine peut aussi rendre l’industrie américaine plus chère à faire fonctionner.
Il existe ensuite un mécanisme de rétroaction dont on parle très peu : Ottawa pourrait même neutraliser une partie du mouvement.
Imaginons que, sous une pression américaine quelconque, le dollar canadien s’apprécie rapidement. Les importations deviennent moins coûteuses. L’inflation diminue. Les exportateurs souffrent. La croissance ralentit.
Que ferait normalement une banque centrale confrontée à une inflation plus faible et à une économie affaiblie?
Elle pourrait réduire ses taux…
Et que fait généralement une baisse des taux canadiens relativement aux taux américains? Elle exerce une pression à la baisse sur le dollar canadien.
Oups…
Voilà pourquoi on ne peut pas simplement saisir une monnaie et la déplacer de 30 ou 40 % comme une pièce sur un échiquier. L’économie réagit. La politique monétaire réagit. Les entreprises réagissent. Les investisseurs réagissent. Chaque mouvement déclenche un contre-mouvement. C’est d’ailleurs précisément pour cette raison que le Canada a abandonné depuis longtemps l’idée de défendre quotidiennement une valeur particulière du dollar.
Et si Washington voulait réellement nous imposer une valeur?
À ce moment-là, nous dépasserions largement la guerre tarifaire.
En économie internationale existe ce qu’on appelle le trilemme de Mundell, ou « trinité impossible ». Un pays ne peut pas maintenir simultanément trois choses : la libre circulation des capitaux, un taux de change fixe et une politique monétaire indépendante. Il peut en choisir deux. Pas trois. La Banque du Canada utilise elle-même ce cadre pour expliquer pourquoi notre taux de change flottant protège notre autonomie monétaire.
Le Canada a actuellement choisi la libre circulation des capitaux et une politique monétaire indépendante. En contrepartie, le prix à payer est un dollar qui fluctue.
Si Washington exigeait demain une parité durable ou même une fourchette rigide pour le CAD/USD, Ottawa ne pourrait pas simplement promettre de la maintenir éternellement. Pour défendre cette valeur, le Canada devrait intervenir continuellement ou aligner beaucoup plus étroitement sa politique monétaire sur celle des États-Unis.
Autrement dit, une véritable exigence américaine de fixer le dollar canadien ne serait plus seulement une demande commerciale. Ce serait une demande touchant directement à l’autonomie monétaire canadienne. Et là, le débat prendrait une tout autre dimension…
Il reste enfin l’arme commerciale :
Les États-Unis disposent également d’une réglementation permettant, dans certaines circonstances, de considérer la sous-évaluation d’une monnaie résultant d’une action gouvernementale comme un avantage pouvant être traité dans une enquête sur des droits compensateurs. Mais le règlement américain est lui-même révélateur : l’existence d’une monnaie relativement faible ne suffit pas. Il faut notamment établir une intervention gouvernementale contribuant à cette sous-évaluation, et la politique normale d’une banque centrale indépendante n’est généralement pas considérée comme cette intervention.
Voilà encore le problème canadien pour Washington : il faudrait démontrer que le gouvernement canadien manipule sa monnaie.
Or, Ottawa ne fixe pas son dollar, la Banque du Canada n’est pas intervenue pour en déterminer la valeur depuis 1998, l’ACEUM reconnaît les taux de change déterminés par le marché et le Trésor américain lui-même ne classait toujours pas le Canada parmi les économies sous surveillance en juillet. Je sais, je me répète, mais c’est important…
Ce serait donc tout un virage doctrinal.
Alors, qu’est-ce que Trump cherche réellement? MAUDITE BONNE QUESTION!
Pour le moment, personne ne peut l’affirmer sérieusement. Et il faut résister à la tentation de transformer neuf mots sur Truth Social en politique monétaire détaillée. Mais la déclaration ne devrait pas être balayée non plus.
Elle pourrait annoncer quelque chose de beaucoup plus important… Trump semble maintenant considérer le taux de change comme une composante du rapport de force commercial avec le Canada. À partir de là, plusieurs voies s’ouvrent à lui. Comme discuté plus haut : il peut demander des discussions formelles sur la monnaie. Il peut chercher à affaiblir le dollar américain. Il peut utiliser le Trésor pour intervenir ponctuellement. Il peut demander une coordination avec Ottawa. Il peut tenter d’obtenir des changements de politique économique qui attireraient davantage de capitaux au Canada. Il peut aussi brandir la menace commerciale en prétendant que le dollar canadien constitue un avantage injuste.
Mais chacune de ces possibilités rencontre immédiatement la même maudite réalité : le marché des changes est beaucoup plus puissant et beaucoup plus complexe qu’un décret présidentiel.
Depuis des mois, le débat Canada–États-Unis est présenté comme s’il suffisait de tirer sur quelques leviers : tarifs contre tarifs, pétrole contre tarifs, électricité contre tarifs, achats canadiens contre exportations américaines. La monnaie, en revanche, vient nous rappeler que les deux économies sont devenues tellement imbriquées qu’on ne peut pratiquement plus frapper l’autre sans déplacer une partie du choc chez soi.
Si on le résume simplement, le dollar canadien faible aide certains exportateurs canadiens, oui. Mais il rend aussi les produits américains plus coûteux ici. Un dollar canadien beaucoup plus fort ferait l’inverse : il aiderait nos consommateurs, mais frapperait certains exportateurs, réduirait nos revenus convertis en dollars canadiens et pourrait rendre certains intrants canadiens plus coûteux pour les entreprises américaines. Et si l’appréciation devenait suffisamment forte pour ralentir notre économie et notre inflation, la Banque du Canada pourrait finalement adopter une politique monétaire qui contribuerait… à refaire baisser le dollar.
Voilà pourquoi une monnaie n’est pas un tarif douanier.
On peut imposer un tarif par décret. On peut fermer une catégorie d’importations. On peut signer une proclamation à Washington et changer le droit américain du jour au lendemain. Mais on ne décrète pas durablement le prix relatif de deux économies de plusieurs milliers de milliards de dollars sans modifier, quelque part, les forces économiques qui déterminent ce prix.
Si Trump veut vraiment faire monter le dollar canadien, il dispose de moyens pour essayer. S’il veut simplement ajouter notre monnaie à la longue liste de « déséquilibres » qu’il entend placer sur la table de négociation, sa publication d’hier en était probablement le premier avertissement.
Mais s’il croit pouvoir simplement ordonner au huard de voler plus haut, si je puis le dire ainsi, il découvrira rapidement quelque chose que les gouvernements apprennent à leurs dépens depuis un siècle : on peut intimider un partenaire commercial, mais il est beaucoup plus difficile d’intimider un marché financier mondial.
Sources:
1. Banque du Canada – Taux de change quotidiens
https://www.bankofcanada.ca/rates/exchange/daily-exchange-rates/
2. Banque du Canada – Foreign exchange intervention
https://www.bankofcanada.ca/rates/exchange/foreign-exchange-intervention/
3. Banque du Canada – Recent factors affecting the Canada-US exchange rate
https://www.bankofcanada.ca/publications/mpr/mpr-2025-01-29/in-focus-2/
4. Banque du Canada – Maintien du taux directeur à 2,25 % – 2 septembre 2026
https://www.bankofcanada.ca/2026/09/fad-press-release-2026-09-02/
5. Banque du Canada – Exits, Spillovers and Monetary Policy Independence
https://www.bankofcanada.ca/2013/08/exits-spillovers-monetary-policy-independence/
6. U.S. Department of the Treasury – Macroeconomic and Foreign Exchange Policies of Major Trading Partners – July 2026
https://home.treasury.gov/news/press-releases/sb0574
7. U.S. Department of the Treasury – Exchange Stabilization Fund
https://home.treasury.gov/policy-issues/international/exchange-stabilization-fund/
8. Federal Reserve – FOMC Statement – July 29, 2026
https://www.federalreserve.gov/newsevents/pressreleases/monetary20260729a.htm
9. Federal Reserve Bank of New York – Treasury and Federal Reserve Foreign Exchange Operations – Q2 2026
https://www.newyorkfed.org/newsevents/news/markets/2026/20260813
10. United States Trade Representative – USMCA Chapter 33: Macroeconomic Policies and Exchange Rate Matters
https://ustr.gov/sites/default/files/files/agreements/FTA/USMCA/Text/33_Macroeconomic_Policies_and_Exchange_Rate_Matters.pdf
11. Bank for International Settlements – Triennial Central Bank Survey of Foreign Exchange and OTC Derivatives Markets in 2025
https://www.bis.org/publications/triennial-central-bank-survey-foreign-exchange-and-over-the-counter-otc-derivatives-markets-2025
12. International Monetary Fund – World Economic Outlook, April 2010 – Japan after the Plaza Accord
https://www.imf.org/-/media/websites/imf/imported-flagship-issues/external/pubs/ft/weo/2010/01/pdf/_c4pdf.pdf
13. Cornell Law School – Legal Information Institute – 19 CFR § 351.528: Exchanges of undervalued currencies
https://www.law.cornell.edu/cfr/text/19/351.528
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