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La CAQ choisit ses contribuables

La CAQ propose d’exempter d’impôt les premiers 35 000 $ de revenu d’emploi des 65 ans et plus… mais seulement s’ils travaillent dans certains services essentiels en pénurie : enseignants, éducatrices en CPE, infirmières et préposés aux bénéficiaires.

C’est électoraliste, cynique, populiste — et profondément injuste envers tous les autres contribuables.

Électoraliste, d’abord, parce que la CAQ sait parfaitement où se trouve son électorat. Chez les 65 ans et plus, elle demeure forte. Chez les jeunes travailleurs, beaucoup moins. Il ne faut donc pas se raconter d’histoires : cette mesure n’est pas simplement une grande politique de valorisation du travail. C’est aussi une politique qui cible un groupe démographique précis, politiquement intéressant.

On « récompense » donc certains travailleurs âgés en leur accordant un privilège fiscal considérable, pendant que le reste de la population continuera de se faire « manger par l’impôt », pour reprendre les mots de Christine Fréchette elle-même.

Cynique, ensuite, parce que cette mesure n’est pas une véritable réforme fiscale. C’est un pansement appliqué sur un diagnostic que le gouvernement refuse de poser.

S’il faut offrir un privilège fiscal aussi important pour convaincre des enseignants, des éducatrices et des infirmières de 65 ans et plus de rester quelques années supplémentaires au travail, c’est que l’État a un problème beaucoup plus profond : il n’arrive plus à garder son monde.

Les conditions de travail, la charge administrative, la gestion, l’organisation du réseau et la rémunération réelle sont au cœur du problème. Mais plutôt que de réformer ces systèmes pour donner envie aux travailleurs d’y rester à 35, 45 ou 55 ans, on offre une carotte fiscale à ceux qui ont déjà atteint l’âge de la retraite.

Autrement dit : puisque nous ne sommes pas capables de réparer la machine, essayons simplement de convaincre ceux qui la connaissent déjà de continuer à la faire fonctionner encore un peu.

Populiste, enfin, parce qu’on vend cette générosité ciblée comme une grande mesure pour valoriser le travail, tout en évitant la question la plus simple : si les premiers 35 000 $ de revenu d’emploi ne devraient plus être imposés, pourquoi cette logique ne s’appliquerait-elle qu’après 65 ans ?

Le préposé de 42 ans qui travaille de nuit, l’éducatrice de 38 ans qui peine à joindre les deux bouts, l’infirmière de 51 ans épuisée par les quarts obligatoires, le travailleur du privé, le travailleur autonome et le jeune qui commence sa carrière : eux aussi sont « mangés par l’impôt ».

Pourquoi leur travail serait-il fiscalement moins digne d’être encouragé ?

Et pourquoi l’État devrait-il décider que certains secteurs méritent une baisse d’impôt, tandis que d’autres doivent continuer à financer le privilège accordé aux premiers ?

C’est précisément là que cette mesure devient profondément injuste. Parce que ce sont tous les autres contribuables qui paieront la facture. Y compris ceux qui n’ont jamais bénéficié de conditions de retraite comparables, ceux qui n’ont pas terminé de payer leur maison, ceux qui travaillent dans le privé, ceux qui sont travailleurs autonomes et ceux qui n’auront jamais droit à cette exemption.

On ne réduit pas réellement le fardeau fiscal des Québécois. On crée une nouvelle niche. Une catégorie privilégiée de contribuables : certains travailleurs d’expérience du réseau public, dans certains emplois, après un certain âge.

Cette annonce ne démontre donc pas un véritable effort pour alléger le fardeau fiscal des Québécois. Elle démontre surtout l’ampleur du problème de rétention des employés de l’État — et le réflexe profondément caquiste de traiter un problème structurel par une mesure ciblée, politiquement rentable et temporaire.

Le Parti conservateur du Québec propose exactement l’inverse : relever le montant personnel de base d’environ 19 000 $ à plus de 35 000 $ pour tous les contribuables.

Pas seulement les 65 ans et plus.

Pas seulement certains métiers en pénurie.

Pas seulement les travailleurs du réseau public.

Tous ceux qui travaillent.

Voilà la différence fondamentale entre une véritable philosophie fiscale et une niche électorale. Un gouvernement sérieux ne devrait pas choisir ses favoris fiscaux selon leur âge, leur employeur ou leur valeur électorale. Il devrait reconnaître que le problème n’est pas que certains Québécois paient trop d’impôt.

C’est que nous en payons tous trop.

On baisse donc le fardeau fiscal de tout le monde et, parallèlement, on entreprend les réformes nécessaires pour que l’État soit enfin capable d’attirer et de retenir ses employés sans devoir leur offrir, à 65 ans, ce qu’il était incapable de leur donner pendant toute leur carrière.

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Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

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