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Éric Duhaime : pas besoin d’être une victime pour faire sa place

Éric Duhaime est un battant qui ne ménage pas ses mots. Il lui arrive de répondre un peu trop rapidement, du tac au tac, et de se retrouver dans l’embarras. Ses années à la radio nous en ont donné quelques exemples. Mais, comme le veut l’adage, que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.

Ce n’est toutefois pas de l’animateur que je veux parler aujourd’hui, mais du politicien. Et surtout de ce que son parcours nous apprend sur la place que nous accordons désormais à l’identité et à la victimisation dans notre discours politique.

Lorsque Duhaime prend la tête du Parti conservateur du Québec en 2021, il hérite d’une formation qui avait obtenu à peine 1,46 % des voix aux élections de 2018. Quatre ans plus tard, le PCQ récolte près de 13 % des suffrages. Aucun député n’est élu, mais le parti a changé de dimension.

À l’époque, certains voyaient surtout les conservateurs comme une bande d’hurluberlus avec des casques d’aluminium sur la tête, incapables de parler d’autre chose que de vaccins et de mesures sanitaires, ou ne rêvant que de détruire le modèle québécois. Le portrait était commode. Il évitait surtout d’avoir à s’intéresser à ce que cette formation pouvait proposer au-delà de ces questions.

Mais il y a autre chose dans le parcours de Duhaime qui mérite que l’on s’y attarde.

Éric Duhaime est homosexuel. Il est aussi chef du Parti conservateur du Québec.

Deux réalités qui, pour certains, semblent encore difficiles à faire cohabiter.

Et pourtant, elles cohabitent.

On entend parfois que le monde conservateur serait nécessairement hostile aux homosexuels. Or, les militants du PCQ ont choisi un chef ouvertement gai. Cela ne signifie évidemment pas que l’homophobie n’existe pas dans les milieux conservateurs, mais cela devrait au moins nous inciter à nous méfier des généralisations.

Et Duhaime, lui, ne semble pas vouloir faire de son orientation sexuelle le centre de son engagement politique.

Il reconnaît avoir reçu des insultes homophobes. Il n’a jamais prétendu que tout était parfait. Mais il expliquait récemment préférer ne pas accorder davantage d’importance à ceux qui l’insultent. Plutôt que de présenter aux jeunes homosexuels un avenir nécessairement marqué par la discrimination, il souhaite leur rappeler les possibilités qui s’offrent à eux.

Et c’est peut-être là que son parcours porte un message particulièrement important pour la communauté LGBTQ+ : pas besoin de récit victimaire ni de wokisme idéologique pour faire sa place. Pas besoin de transformer son orientation sexuelle en argument politique permanent. Le Québec est ailleurs, bien loin de certaines caricatures que l’on aime encore entretenir. Un homme ouvertement gai peut diriger un parti conservateur, défendre ses convictions et être jugé sur ses idées plutôt que sur son identité.

Voilà une manière d’aborder la question qui mérite réflexion.

Depuis quelques années, une partie du discours progressiste accorde une place considérable à l’identité, aux discriminations et aux rapports de domination. Pour ses critiques, cette approche finit parfois par enfermer les individus dans une condition de victime dont ils semblent ne jamais pouvoir sortir.

Il existe pourtant une autre façon de raconter son histoire. On peut reconnaître les difficultés que l’on a traversées sans leur demander de définir le reste de notre existence. On peut être homosexuel sans que son homosexualité devienne le principal argument de son engagement politique.

C’est une distinction que le parcours de Duhaime permet d’illustrer.

Et c’est là que nous arrivons à un autre aspect de son engagement.

Lors du Face-à-Face de TVA du 15 septembre, Duhaime a notamment abordé la question de l’immigration et défendu sa position sur les limites de la capacité d’accueil du Québec. Son parti venait également de présenter une proposition visant à favoriser les candidats à l’immigration permanente provenant de pays démocratiques dont les valeurs seraient plus proches de celles du Québec.

Ce n’est pas une proposition anodine. Elle soulève des questions sur la manière d’évaluer les candidats, sur les valeurs communes et sur la distinction entre les convictions d’une personne et celles du gouvernement de son pays d’origine.

Mais ce sont justement des questions dont nous devons pouvoir discuter.

Sur l’immigration, la laïcité et l’intégration, les Québécois peuvent avoir des désaccords profonds. Les propositions doivent pouvoir être examinées et contestées sans que chaque discussion se transforme en procès d’intention.

Et pourtant, sur certains de ces sujets, la conversation devient rapidement difficile. On cherche parfois davantage à déterminer si une question est acceptable qu’à examiner les réponses possibles.

Duhaime a choisi de défendre publiquement ses positions sur l’immigration, notamment lors d’un échange animé avec Ruba Ghazal. La confrontation a permis de faire ressortir des désaccords réels sur la capacité d’accueil du Québec et sur ses responsabilités envers les nouveaux arrivants.

Je ne prétends pas qu’Éric Duhaime a réponse à tout. Je ne prétends pas davantage que ses propositions sont à l’abri de la critique. Ses prises de position doivent être examinées, contestées et confrontées à leurs conséquences, comme celles de tous les autres chefs.

Mais son parcours nous permet de poser une question qui dépasse largement le Parti conservateur du Québec.

A-t-on besoin de faire de sa différence une revendication permanente pour trouver sa place dans la société?

Duhaime a choisi de faire de la politique en mettant de l’avant ses convictions plutôt que son orientation sexuelle. Il dirige un parti conservateur sans demander que son homosexualité devienne le prisme à travers lequel on juge chacune de ses idées.

Son expérience personnelle fait partie de son histoire. Elle n’a pas à devenir toute son histoire.

Et c’est peut-être une distinction que notre époque gagnerait à redécouvrir : reconnaître ce que nous sommes, sans oublier que nous sommes aussi ce que nous pensons, ce que nous proposons et ce que nous faisons.

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