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Une petite révolution dans le monde du logiciel

Si vous faites de la retouche photo, vous connaissez sûrement Photoshop, le célèbre logiciel de la société Adobe. Ce logiciel, qui s’est imposé comme un chef de file de l’édition d’images dès les années 1990, est devenu une référence incontournable dans le domaine du graphisme. Utilisé aussi bien par les professionnels que par les amateurs, il a vu peu de concurrents parvenir à rivaliser sérieusement avec lui au fil des décennies.

Jusqu’à la version CS6, lancée en 2012, le modèle d’affaires d’Adobe était relativement classique. Autrement dit, vous achetiez une licence d’utilisation perpétuelle du logiciel. Évidemment, il fallait payer pour obtenir les versions subséquentes et profiter des nouvelles fonctionnalités et améliorations du produit. Mais si vous aviez acheté la version 5.5, la version 7 ou encore la version CS6, vous pouviez continuer à l’utiliser sans avoir à débourser un dollar de plus.

Cependant, après la sortie de la version CS6, Adobe a changé son modèle d’affaires. Plutôt que de vendre des licences perpétuelles, l’entreprise a adopté un système d’abonnement. Les clients devaient désormais payer des frais mensuels pour continuer à utiliser le logiciel.

Ce nouveau modèle présente certains avantages : l’utilisateur bénéficie de mises à jour régulières et des nouvelles fonctionnalités, sans que sa version demeure figée dans le temps. En contrepartie, il ne dispose plus d’une licence perpétuelle lui permettant de conserver l’accès au logiciel sans paiement supplémentaire. La transaction se transforme ainsi en une forme de location continue plutôt qu’en un achat traditionnel.

Ce changement avait provoqué un véritable tollé à l’époque. Mais Adobe se trouvait en position de force. Son logiciel dominait le marché et la concurrence n’était pas suffisamment solide pour menacer sérieusement sa position de leader.

Plusieurs utilisateurs ont exprimé leur frustration, sans toutefois parvenir à faire fléchir l’entreprise. Adobe pouvait imposer ses conditions : abonnements coûteux, frais de résiliation frustrants et autres restrictions contractuelles souvent dissimulées dans les petits caractères.

Vous pouvez imaginer que, pour Adobe et ses actionnaires, ce modèle représentait une véritable mine d’or. Les abonnements génèrent des revenus récurrents et relativement prévisibles.

Cependant, au cours des derniers jours, une petite révolution semble s’être produite dans le monde du logiciel.

Un petit groupe de développeurs aurait réussi, avec l’aide de l’intelligence artificielle, à créer une suite de logiciels ressemblant fortement à ceux produits par Adobe. Et ce, en seulement quelques jours.

À l’origine de cette initiative, un utilisateur exaspéré par les tarifs et les pratiques commerciales d’Adobe aurait décidé de lancer un projet visant à recréer sa suite logicielle à l’aide de l’IA.

Une tâche qui, autrefois, aurait été herculéenne devient aujourd’hui envisageable : programmer des logiciels complets avec l’assistance de l’intelligence artificielle.

Précisons qu’il ne s’agirait pas ici de piratage ni d’une copie du code source original. L’objectif serait plutôt de recréer les fonctionnalités d’un logiciel existant en développant un nouveau programme.

C’est un peu comme si un chef cuisinier observait et goûtait le plat servi dans le restaurant d’en face pour tenter de le reproduire. Sans jamais avoir accès à la recette originale, il serait néanmoins capable, en analysant le résultat, d’en proposer une réplique.

J’ai personnellement testé PhotoCraft, le clone de Photoshop, sous le système d’exploitation GNU/Linux. Malgré son stade précoce de développement, le résultat est impressionnant.

Les fonctionnalités de base sont opérationnelles, le logiciel démarre très rapidement et, même si tout n’est pas encore parfait, il pourrait déjà constituer une solution de rechange viable pour un utilisateur occasionnel.

Pour ma part, puisque j’utilise GNU/Linux et que je n’ai jamais particulièrement apprécié GIMP, cette nouveauté m’offre une solution native de retouche photo qui présente un beau potentiel.

Certes, il était déjà possible de faire fonctionner Photoshop sous GNU/Linux à l’aide de logiciels comme Wine, mais cette solution comportait ses limites.

Cela étant dit, je ne crois pas que les entreprises abandonneront du jour au lendemain leurs outils professionnels au profit d’un clone développé par vibe coding.

Cette expression désigne une approche de programmation qui consiste à utiliser l’intelligence artificielle pour générer du code à partir d’instructions formulées en langage naturel, plutôt que de rédiger directement chaque ligne dans un langage de programmation.

Néanmoins, cette expérience démontre tout le potentiel de l’IA dans le développement logiciel.

Très rapidement, une masse critique de personnes pourrait disposer des moyens nécessaires pour créer des logiciels sur demande, sans posséder toutes les compétences techniques traditionnellement requises.

Les entreprises comme Adobe devront s’adapter. Leurs modèles d’affaires, qui reposent largement sur les revenus d’abonnement, devront probablement évoluer devant l’émergence de nouvelles formes de concurrence.

Le risque législatif

Le projet PhotoCraft et les autres logiciels de la suite « Craft », qui imitent des applications existantes, risquent de devenir la cible des grandes entreprises à l’origine des produits qu’ils cherchent à reproduire.

Puisqu’ils sont publiés en code source ouvert (open source), il pourrait toutefois être difficile de les faire disparaître complètement du Web.

En principe, chacun peut copier le code source, le modifier et compiler le logiciel à sa guise, sous réserve des conditions de sa licence. Une fois que le génie est sorti de la lampe, il devient difficile de l’y faire rentrer.

On peut donc imaginer qu’il serait tentant pour les grandes entreprises de concentrer leurs efforts judiciaires directement sur les fournisseurs d’intelligence artificielle.

Après tout, il serait sans doute plus attrayant de poursuivre une entreprise comme Anthropic ou OpenAI que d’engager des procédures contre des milliers d’individus dispersés aux quatre coins du monde.

Imaginez maintenant les groupes de pression des grandes entreprises qui pourraient tenter d’influencer les élus afin de restreindre les capacités des systèmes d’intelligence artificielle à programmer des logiciels.

Cette éventualité est loin d’être inconcevable.

L’histoire nous en offre plusieurs exemples.

À l’arrivée d’Uber et d’autres services similaires, l’industrie du taxi a multiplié les démarches pour faire interdire ou restreindre ces nouveaux services de transport.

De même, avec l’apparition des cassettes audio, l’industrie musicale a mené des campagnes contre l’enregistrement privé de musique.

Bref, lorsqu’une innovation technologique menace les profits des acteurs établis, ceux-ci peuvent être tentés de recourir au bras de l’État pour protéger leurs intérêts au moyen de la législation.

Cependant, la législation est lente. Très lente.

L’évolution technologique, quant à elle, progresse à une vitesse fulgurante.

Le temps qu’une loi soit débattue, votée et adoptée, elle risque fort d’être déjà dépassée par les nouvelles technologies.

Et pendant que les législateurs tentent de rattraper leur retard, l’innovation, elle, continue d’avancer.

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F.R.P. Landry
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FRP Landry, enseignant de formation et diplômé de l’UQAM, travaille dans le domaine de la paie canadienne depuis 2005. En dehors de son expertise professionnelle, il nourrit un vif intérêt pour l’histoire, la politique, les finances personnelles et l'humour.

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