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Vive la liqueur au Kraft Dinner

Peut-être avez-vous remarqué, au cours des derniers jours, en faisant vos achats à l’épicerie, l’apparition d’une nouvelle saveur de liqueur particulièrement étonnante : un soda mousse à saveur de Kraft Dinner.

Oui, je vous confirme que ça existe vraiment.

Lorsque j’ai vu ce produit sur les tablettes, j’ai ressenti une certaine curiosité. Je ne pouvais pas imaginer qu’une telle idée puisse passer du stade de concept à celui d’un produit réellement commercialisé. En tant qu’amateur de boissons gazeuses, je me suis dit qu’il fallait absolument que j’y goûte. Est-ce que ça allait vraiment goûter le Kraft Dinner?

Après tout, bien des gens ont un petit carton bleu de Kraft Dinner dans leurs armoires. C’est un produit bien ancré dans notre imaginaire culinaire. Ça ne coûte pas cher et c’est associé à une forme de réconfort alimentaire. On devine que l’entreprise qui a commercialisé cette boisson gazeuse a voulu miser sur ce sentiment de familiarité associé à ce repas.

Je dois avouer qu’avant d’y goûter, je croyais que ce nouveau produit aurait une saveur relativement fidèle au goût du Kraft Dinner, soit quelque chose de salé et légèrement fromagé. Peut-être un goût similaire à l’ayran, une boisson populaire au Moyen-Orient à base de lait ou de yogourt fermenté.

Cependant, ce n’était pas le cas.

La boisson gazeuse avait une saveur légèrement sucrée. Loin du niveau de sucre d’un cola ordinaire, mais définitivement plus sucrée qu’une simple eau pétillante aromatisée. Je dirais que le goût se rapprochait davantage de celui d’un crème soda mélangé à du jus de carotte.

Je peux donc vous avouer que ce n’était pas ma tasse de thé. C’était, pour moi, la première et la dernière canette de cette liqueur.

À mon avis, il serait étonnant de voir ce produit se vendre durablement sur le marché. Il s’agissait d’une édition limitée et j’imagine qu’elle le restera. Le caractère temporaire du produit faisait probablement partie intégrante de la stratégie commerciale.

Cela étant dit, que l’on aime ou non ce produit, il faut admettre qu’il s’agissait d’un bon coup de marketing. Parmi toutes les saveurs imaginables, celle du Kraft Dinner figure certainement parmi les plus improbables.

La réalité, c’est que j’en avais entendu parler sur les médias sociaux et sur Internet. Alors, lorsque je l’ai vu sur les étagères de l’épicerie, je savais déjà que le produit existait. Si l’objectif était de faire parler de l’entreprise, elle a probablement réussi son coup.

Le réflexe autoritaire

Lorsque je suis passé à la caisse pour payer mes articles, la caissière m’a lancé un drôle de regard.

« Tu vas voir, ça goûte vraiment pas bon, c’t’affaire-là! », m’a-t-elle dit en scannant la canette.

Sur le ton de la plaisanterie ou non, elle a même ajouté :

« J’peux même pas comprendre qu’une telle affaire puisse être légalement vendue! »

Évidemment, ce n’est qu’une anecdote, et la scène était même un peu comique. Cependant, la remarque de la dame était révélatrice d’une idée souvent bien présente dans notre société : celle selon laquelle une autorité devrait exercer une forme de contrôle sur ce qui mérite ou non d’être vendu dans nos épiceries.

On comprend tous qu’il existe des questions légitimes concernant la vente de certains produits, tels que le tabac et l’alcool, ou encore la nécessité d’avoir des instances chargées de vérifier qu’un produit est propre à la consommation.

Mais, dans une société libre, il ne devrait pas y avoir de police du bon goût.

Aucune instance centrale ne devrait déterminer quelles saveurs, quelles formes ou quels types de recettes devraient être proposés. Cette décision appartient ultimement aux consommateurs, qui expriment leurs choix en décidant d’acheter ou non ces produits.

L’individu est libre de décider

Pour revenir à la liqueur à saveur de Kraft Dinner, j’ai fait le choix de ne plus en acheter. J’imagine que plusieurs personnes arriveront au même constat après y avoir goûté.

Cependant, même si un produit nous semble mauvais au goût, mauvais pour la santé ou simplement inutile, cela ne constitue pas en soi un argument en faveur de son interdiction.

La grande diversité de l’offre alimentaire dont nous bénéficions ne témoigne pas d’une irrationalité économique de la part de l’industrie alimentaire. Elle reflète plutôt un système dans lequel les entreprises sont libres de prendre des risques afin d’explorer de nouvelles idées.

Tant que le consommateur est libre de faire ses choix, il peut récompenser ou sanctionner ces initiatives. Si une compagnie se plante royalement avec la commercialisation d’un produit, ce n’est pas une défaillance du marché, mais plutôt une conséquence souhaitable de notre liberté économique.

Dans les économies planifiées, quelques « sages » déterminent les besoins des gens et seuls les produits jugés nécessaires sont vendus.

On repassera pour l’innovation.

C’est justement cette innovation qui fait que nous avons aujourd’hui une pléthore de produits, de saveurs, de styles et de goûts. On se fait sans cesse dire que la diversité, c’est bien. Eh bien, je vous confirme que c’est également vrai dans le secteur de l’alimentation.

Les goûts sont variés, et c’est extraordinaire que nous puissions vivre dans une société où nous avons accès à des saveurs de liqueur aussi étranges soient-elles.

Cela étant dit, si jamais je vous invite chez moi, il y a infiniment plus de chances que je vous serve un verre d’armagnac qu’une canette de liqueur à saveur de Kraft Dinner.

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F.R.P. Landry
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FRP Landry, enseignant de formation et diplômé de l’UQAM, travaille dans le domaine de la paie canadienne depuis 2005. En dehors de son expertise professionnelle, il nourrit un vif intérêt pour l’histoire, la politique, les finances personnelles et l'humour.

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