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Pendant que Québec réglemente, l’Allemagne simplifie

Pendant des années, l’Allemagne a été présentée comme le modèle européen de la rigueur économique. Puis est venue la réalité : une croissance anémique, une industrie sous pression et une bureaucratie devenue si lourde que les entreprises elles-mêmes en font désormais l’un de leurs principaux griefs. Le moteur économique de l’Europe s’est enrayé.

Plutôt que de nier le problème ou d’ajouter une nouvelle couche réglementaire, Berlin vient toutefois de prendre une direction qui mérite l’attention. Le gouvernement du chancelier Friedrich Merz a annoncé un nouveau train de mesures visant à réduire la paperasserie administrative, à accélérer les décisions publiques et à rendre l’État moins coûteux pour ceux qui produisent, investissent et embauchent.

L’idée est presque révolutionnaire à une époque où chaque difficulté semble appeler une nouvelle réglementation.

Le programme prévoit notamment la numérisation de nombreuses démarches, l’élimination de formalités devenues inutiles, le remplacement de certains rendez-vous obligatoires par des consultations vidéo et l’imposition de délais plus stricts aux administrations. Dans plusieurs cas envisagés, lorsqu’une autorité publique ne répondrait pas dans le délai prévu, une demande pourrait même être réputée acceptée.

Imaginez un instant une telle philosophie appliquée ici.

Au Québec, l’expérience est souvent inverse. Qu’il s’agisse d’un permis de construction, d’un projet industriel, d’un investissement énergétique ou d’une simple autorisation administrative, le citoyen et l’entrepreneur apprennent rapidement que le temps appartient à l’État. Les délais s’étirent, les formulaires se multiplient et les exigences changent parfois en cours de route. L’administration, elle, subit rarement les conséquences de sa propre lenteur.

En Allemagne, le diagnostic est désormais assumé publiquement. Le gouvernement veut réduire fortement les coûts administratifs imposés aux entreprises et simplifier une architecture réglementaire devenue incompatible avec les besoins d’une économie moderne. Ce virage s’inscrit dans un programme plus large touchant la fiscalité, le marché du travail, les retraites et les investissements.

Personne ne prétend que la paperasserie explique à elle seule les difficultés allemandes. Les coûts de l’énergie, le vieillissement démographique, la concurrence asiatique et les tensions géopolitiques jouent également un rôle majeur. Mais Berlin semble avoir compris une vérité élémentaire : lorsqu’un pays perd en compétitivité, il vaut parfois mieux commencer par retirer les obstacles que l’État lui-même a placés sur la route.

Cette distinction est essentielle. Une économie ne se redresse pas seulement en dépensant davantage. Elle se redresse aussi lorsqu’on permet aux entreprises de consacrer leurs ressources à produire plutôt qu’à se conformer à une succession d’exigences administratives.

En politique, il est toujours plus facile d’annoncer un nouveau programme que de supprimer une vieille règle. Chaque règlement possède ses défenseurs, chaque formulaire finit par justifier l’existence d’un service administratif et chaque procédure tend à engendrer de nouvelles procédures. La bureaucratie a cette capacité remarquable de se reproduire d’elle-même : un permis entraîne une inspection, l’inspection produit un rapport, le rapport mène à un comité, puis le comité recommande une nouvelle réglementation.

Pendant ce temps, les entreprises consacrent des milliers d’heures à remplir des documents qui ne créent ni richesse, ni innovation, ni emplois.

Le Québec connaît malheureusement cette logique par cœur. Nous avons développé une culture où la conformité administrative est souvent devenue plus importante que le résultat lui-même. On mesure trop facilement la qualité d’un projet au nombre de cases cochées plutôt qu’à sa capacité d’améliorer concrètement la vie des citoyens.

À force de croire que chaque problème exige une nouvelle règle, on finit par oublier que toute règle impose aussi un coût : un coût financier pour les entreprises et les contribuables, un coût humain pour ceux qui doivent naviguer dans l’appareil administratif et un coût économique pour l’ensemble de la société.

Le coût le plus important demeure souvent invisible, celui des projets qui ne verront jamais le jour parce qu’ils auront été retardés, découragés ou abandonnés avant même d’avoir commencé. Aucun registre public ne comptabilise l’usine qui n’a pas été construite, l’entreprise qui a choisi une autre province ou l’investissement qui s’est perdu dans l’attente d’un permis.

Il serait naïf de croire que l’Allemagne a déjà réglé tous ses problèmes. Son économie demeure confrontée à des défis majeurs, et plusieurs des réformes annoncées devront encore être adoptées et appliquées avant de produire des résultats durables.

Mais Berlin a au moins commencé à remettre en question l’appareil réglementaire lui-même.

C’est peut-être là la plus grande différence avec le Québec. Chez nous, lorsqu’un système fonctionne mal, le réflexe consiste encore trop souvent à ajouter une nouvelle règle. En Allemagne, on commence enfin à se demander si le problème ne réside pas précisément dans le nombre de règles déjà existantes.

Un État efficace ne se mesure pas à l’épaisseur de son Code administratif. Il se mesure à sa capacité de protéger les droits, de prendre des décisions rapidement et de laisser ses citoyens créer, investir, bâtir et entreprendre sans devoir demander la permission à chaque étape.

La prospérité ne naît pas de la bureaucratie.

Elle commence souvent lorsque celle-ci accepte enfin de reculer.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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