Les Plus Populaires

À lire aussi

Fréchette s’attaque au coût de la vie avec un outil qui l’aggrave

La première ministre Christine Fréchette a annoncé le 25 mai 2026 trois mesures pour alléger le portefeuille des Québécois, promettant une économie de « près de 350 dollars » pour une famille de deux enfants. L’analyse de chacune révèle une portée plus étroite que ce chiffre le laisse croire, des angles morts structurels et, dans un cas précis, un effet qui risque d’aggraver le problème que la mesure prétend régler.

Détaxation de la TVQ

À compter du 15 juillet, plusieurs produits courants seront détaxés de façon permanente : fruits et légumes prêts à servir, barres tendres, noix salées, muffins vendus à l’unité, papier hygiénique et mouchoirs. Le gouvernement retourne ainsi 102 millions de dollars en 2027-2028, et 497 millions sur cinq ans. Pour une famille avec deux enfants, l’économie annuelle est estimée à environ 50 dollars.

Réduction des droits d’immatriculation

Dès le 1er septembre et jusqu’au 31 août 2027, les droits de renouvellement de 4,9 millions de véhicules de promenade appartenant à des particuliers seront automatiquement réduits de 50 dollars — 245 millions retournés aux automobilistes québécois pour compenser en partie la hausse du prix de l’essence, selon Éric Girard, qui a attribuée à la fermeture du détroit d’Ormuz depuis treize semaines.

Versement spécial pour l’épicerie et l’énergie

Dès la semaine du 4 juin, un versement automatique sera effectué à quelque 3,5 millions de Québécois admissibles au crédit d’impôt pour la solidarité : 100 dollars pour une personne seule, 150 dollars pour un couple sans enfants ou une famille monoparentale, 200 dollars pour un couple avec enfants. Les seuils d’admissibilité se situent à environ 63 000 dollars de revenu pour un individu et 74 000 dollars pour une famille. Cette mesure représente 335 millions de dollars versés directement aux ménages.

Les limites de l’approche

Le chiffre de « 350 dollars » qui chapeaute l’annonce mérite d’être décomposé. La détaxation de la TVQ est permanente ; la remise sur l’immatriculation et le versement spécial sont ponctuels — ils ne reviendront pas l’an prochain. Pour un ménage dont le revenu dépasse les seuils du crédit d’impôt et qui n’a qu’un seul véhicule, le bénéfice récurrent se résume à environ quatre dollars par mois à l’épicerie.

La mesure sur l’immatriculation est limitée aux véhicules de promenade des particuliers, à l’exclusion de tout véhicule commercial. Or le gouvernement justifie cette remise par la hausse du prix de l’essence et son effet sur les prix alimentaires. Ce lien passe d’abord par les camions de livraison et les véhicules de distribution, dont les coûts d’opération gonflent les prix avant même que les produits atteignent l’étalage. En excluant le transport commercial, la mesure ne touche pas le mécanisme qu’elle invoque pour se justifier.

La même logique de ciblage laisse intacte une ponction qui frappe directement les ménages qui doivent acheter un véhicule : la TVQ sur les véhicules usagés. Au Québec, la TVQ s’applique à tout véhicule usagé vendu entre particuliers. Pour les véhicules de 14 ans ou moins, elle peut être calculée non pas sur le prix réellement payé, mais sur la valeur estimative du véhicule si celle-ci est plus élevée — ce qui peut alourdir considérablement la facture. Sur une voiture achetée 5 000 dollars mais évaluée à 8 000 dollars, la TVQ sera tout de même calculée sur 8 000 dollars — soit près de 800 dollars à payer au moment du transfert, bien davantage que le rabais temporaire de 50 dollars annoncé sur l’immatriculation. Le gouvernement détaxe les muffins à l’unité, mais maintient cette ponction que plusieurs gouvernements ont pourtant eu l’occasion de corriger.

Le versement aux ménages — les 100 à 200 dollars envoyés automatiquement selon la composition familiale — fonctionne à l’opposé d’une réduction de taxe, et c’est là que le bât blesse. Quand le gouvernement retire une taxe sur un produit, le prix affiché sur l’étiquette baisse réellement. Quand il envoie un chèque, il ne change rien aux prix : il aide simplement les gens à les payer. La nuance est capitale. Distribuer des liquidités à 3,5 millions de ménages en même temps soutient la demande à un moment où c’est précisément cette pression sur la demande qui empêche les prix de redescendre. En pratique, l’opération revient à envoyer des chèques pour compenser une inflation que ces mêmes chèques contribuent à maintenir.

Le gouvernement désigne par ailleurs la hausse du prix de l’essence comme facteur central du coût de la vie, sans mentionner que le Québec maintient son propre marché du carbone — le SPEDE — qui ajoute un surcoût sur le carburant et se propage à l’ensemble des prix via les coûts de transport. Aucune des trois mesures n’y touche. Le gouvernement atténue partiellement les effets d’une politique de prix qu’il perpétue, sans l’expliquer.

Le tout est financé non par une révision des priorités budgétaires, mais par des recettes conjoncturelles meilleures que prévu. Ce mécanisme ne dit rien de ce qui se passerait si ces rentrées d’argent devaient se contracter. Or le ministre des Finances l’a lui-même formulé sans ambiguïté : si le gouvernement est réélu, les mesures se poursuivront. L’annonce prend alors une couleur différente. La seule mesure structurellement durable — la détaxation TVQ — est aussi la moins visible dans le portefeuille. Les deux mesures les plus frappantes sont ponctuelles, financées par des surplus imprévus, et servent à rappeler aux électeurs, à moins de six mois d’une élection, que le gouvernement est à leur écoute. Promettre de reconduire ces chèques si on est réélu, c’est demander aux Québécois de voter pour que l’on continue de jeter de l’huile sur le feu.

YouTube
Rejoignez notre communauté !

Ne manquez aucune de nos vidéos et plongez dans nos podcasts captivants ! Abonnez-vous dès maintenant à notre chaîne YouTube et activez la cloche pour rester informé des dernières sorties.

Patreon
Contenu exclusif pour vous !

Accédez à des épisodes inédits, des coulisses et des bonus exclusifs en rejoignant notre communauté sur Patreon. Votre soutien nous aide à créer encore plus de contenu de qualité !

PayPal
Soutenez-nous avec un don !

Aidez-nous à continuer à produire du contenu de qualité en faisant un don via PayPal. Chaque contribution, grande ou petite, fait une énorme différence pour notre projet !

Abonne-toi au Patreon pour débloquer :

🎙 Tous les podcasts en version intégrale
⏱ Accès en primeur, parfois sans délai
📬 Contenus exclusifs et sans publicité
💬 Accès au Discord privé
🤝 Soutien direct à Ian & Frank

Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier est journaliste pour PiluleRouge.ca. Passionné de politique depuis plus de dix ans, il s'est impliqué à plusieurs reprises sur la scène provinciale. Entrepreneur en informatique, il allie rigueur journalistique et regard critique sur l’actualité. Son approche analytique et son sens de l’humour apportent une perspective unique aux sujets qu’il couvre.

Du Même Auteur