Les Plus Populaires

À lire aussi

Hydro-Québec veut faire payer les « gros consommateurs »… mais le sont-ils vraiment ?

Hydro-Québec demande à la Régie de l’énergie d’autoriser un tarif supplémentaire pour les ménages qui consomment plus de 35 000 kWh par année. Selon l’entreprise, cela ne toucherait « que » 200 000 foyers, soit environ 5 % de sa clientèle résidentielle.

On nous présente cette mesure comme une façon de faire payer les plus fortunés. Mais est-ce vraiment le cas ?

Pendant des décennies, Hydro-Québec a massivement encouragé les Québécois à chauffer leur maison à l’électricité. Des campagnes publiques, des tarifs avantageux et une stratégie claire ont poussé des générations entières à adopter ce mode de chauffage. Aujourd’hui, on veut surtaxer ceux qui ont suivi ce modèle. C’est un revirement pour le moins ironique.

Contrairement à plusieurs pays nordiques, la vaste majorité du parc résidentiel québécois a été conçue pour le chauffage électrique et n’a tout simplement pas d’alternative pratique à court terme. On ne peut pas reprocher aux gens de « trop consommer » quand ils n’ont pas d’autre choix réaliste.

Même dans des pays comme la Norvège, la Suède ou la Finlande — qui ont des hivers moins rigoureux et moins longs que les nôtres —, la consommation des maisons individuelles chauffées à l’électricité se situe souvent entre 20 000 et 30 000 kWh, et de nombreuses résidences dépassent largement les 35 000 kWh.

Dans le contexte québécois, avec nos hivers plus froids et plus longs, ainsi que notre importante proportion de maisons construites dans les années 70 et 80, on peut légitimement se demander si le seuil de 35 000 kWh est bien adapté à la réalité québécoise.

Le piège des familles et des maisons intergénérationnelles

Beaucoup de Québécois ont une maison familiale avec un sous-sol aménagé pour loger un enfant adulte, un parent âgé ou un locataire. Dans ces cas très courants, ce seuil peut déjà être franchi par de nombreux ménages tout à fait ordinaires, et non uniquement par les plus fortunés.

Ce sont souvent ces mêmes familles qui sont directement touchées lorsque leur facture d’électricité augmente.

Le risque d’ouvrir une porte dangereuse

Ce genre de mesure commence toujours par viser « les plus gros ». Mais l’histoire montre que ces seuils finissent souvent par descendre.

On l’a déjà vu avec les droits d’immatriculation additionnels pour les véhicules : en maintenant inchangé son seuil de 40 000 $ depuis 1998, cette mesure est passée d’une taxe de luxe ultra-ciblée, touchant moins de 5 % des véhicules neufs vendus, à une taxe qui touche aujourd’hui un volume beaucoup plus important de véhicules.

Passer de 0,27 % à 6,62 % — une augmentation de plus de 2 300 % du volume de personnes touchées — démontre de façon encore plus rigoureuse et froide le danger d’un seuil politique fixe. C’est une preuve par les faits que les promesses de cibler « uniquement les plus fortunés » ne tiennent pas dans le temps.

Une mesure qui prétend protéger les plus démunis ?

Hydro-Québec affirme que cette tarification ne touchera pas les ménages à faible revenu. Mais comment compte-t-elle les identifier et les exclure concrètement ?

  • Faudra-t-il fournir une déclaration de revenus chaque année ?
  • Un rapport d’impôt ?
  • Un certificat d’admissibilité ?

Si le critère retenu est le revenu — par exemple moins de 50 000 $ ou 60 000 $ par année —, cela soulève de sérieux problèmes de justice sociale. Un ménage modeste habitant une vieille maison mal isolée ou logeant un proche pourrait tout de même se retrouver pénalisé, tandis qu’un couple sans enfant, dans une grande maison neuve bien isolée et avec un revenu plus élevé, passerait sous le radar.

De plus, rien n’indique comment ce seuil sera ajusté à l’inflation dans les années à venir. Sans indexation automatique, une personne considérée comme « non vulnérable » aujourd’hui risque fort d’être touchée dans 5 ou 10 ans.

La vraie solution : transparence et choix réels

Hydro-Québec devrait publier des données détaillées et transparentes sur la répartition réelle de la consommation. Idéalement, un audit externe indépendant serait nécessaire pour connaître les vrais chiffres. Sans cette transparence, il est légitime de douter des statistiques présentées.

Au lieu de multiplier les paliers tarifaires, il faut donner aux citoyens de vraies options, continuer à les encourager à devenir plus autonomes sur le plan énergétique, et utiliser le gaz naturel de manière stratégique lors des grands froids, notamment en biénergie, comme un pont pragmatique pour soulager le réseau électrique, le temps de développer une véritable autonomie énergétique locale accessible à tous.

Punir la consommation sans offrir d’alternatives réelles et sans transparence totale, c’est continuer à appauvrir les familles québécoises au lieu de les rendre plus autonomes et plus prospères.

Et vous, quelle est la consommation annuelle de votre foyer ? Pensez-vous que vous risquez de dépasser ce seuil de 35 000 kWh sans même le savoir ?

Le débat est ouvert.

[1] Sources des données nordiques : Statistiques officielles de la Norvège, de la Suède et de l’Agence internationale de l’énergie (IEA).

Vous avez apprécié cette chronique ?

L'information indépendante a une valeur inestimable, mais sa diffusion a un coût. Chez Pilule Rouge, nous avons fait le choix de laisser tous nos articles en libre accès. Aucun mur de paie, aucune censure corporative.

Derrière cet article, il y a le travail d'une équipe qui opère ce site de façon 100 % bénévole et indépendante. Si ce texte vous a informé, fait réfléchir ou vous a apporté de la valeur, envisagez de soutenir notre mission.

Chaque contribution, même minime, aide directement à payer nos frais technologiques et assure la survie d'une plateforme d'information libre au Québec.

Vous ne pouvez pas faire de don pour le moment ? Aidez-nous énormément en partageant cet article sur vos réseaux sociaux !
Cédric Tardif
Cédric Tardif
Cédric Tardif est un entrepreneur québécois autodidacte, parti de rien – travail en boucherie à 14 ans, apprentissage sur le tas en tech dès 1997, croissance d’une entreprise puis acquisition et revente après des années de travail intense. Passionné par l’autonomie énergétique, la prospérité de tous les Québécois et l’équité sociale, il souhaite contribuer à un enrichissement durable du Québec avec une vision réaliste et pleine de potentiel, pour que chaque Québécois retrouve justice et richesse dans son quotidien.

Du Même Auteur