Le ministre des Finances Éric Girard a déposé mercredi le budget 2026-2027 du gouvernement du Québec, un document qu’il qualifie de « sobre et responsable », mais qui suscite des réactions critiques de groupes fiscaux, économiques et politiques qui remettent en question la trajectoire financière de la province.
Un déficit en baisse, mais encore loin de l’équilibre
Le budget 2026-2027 prévoit un déficit comptable de 6,3 milliards de dollars, soit une amélioration de 861 millions par rapport aux prévisions du budget 2025-2026. Pour l’année financière qui se termine au 31 mars 2026, le déficit a également été révisé à la baisse de 3,8 milliards, s’établissant à 7,7 milliards. Le gouvernement maintient son objectif de retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2029-2030, conformément à la Loi sur l’équilibre budgétaire.
Le ministre Girard a mis ces chiffres en perspective en les comparant aux autres provinces canadiennes. « Le déficit du Québec représente 1,2% de son PIB, ce qui est très en dessous de la moyenne canadienne de 1,7% et même inférieur de moitié à celui du gouvernement fédéral », a-t-il déclaré lors du discours du budget. La dette nette du Québec représentera 38,8% du PIB au 31 mars 2026, soit une baisse de 4,1 points de pourcentage depuis 2019, selon le gouvernement.
Un plan de retour à l’équilibre jugé peu crédible
Des organismes indépendants ne partagent pas cet optimisme. L’Institut économique de Montréal (IEDM) souligne que le plan de retour à l’équilibre comporte un écart à résorber de 2,0 milliards de dollars pour l’année 2029-2030, sans que le gouvernement n’ait identifié de mesures concrètes. « C’est certain qu’il est plus facile d’équilibrer un budget en tirant des chiffres de son chapeau, cela n’en fait pas un plan crédible pour autant », a affirmé Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM.
L’organisme rappelle aussi que la situation budgétaire persistante a eu des conséquences sur la réputation financière de la province : l’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé la cote de crédit du Québec en avril dernier, une première en 30 ans, en invoquant les déficits persistants et la hausse des dépenses de fonctionnement. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) abonde dans le même sens, réclamant la présentation rapide d’un « plan crédible de retour à l’équilibre budgétaire, sans hausse de taxes ni d’impôts, notamment en révisant les missions de l’État et en réduisant la taille de l’appareil gouvernemental, sans recourir à des artifices budgétaires ni piger dans le Fonds des générations ».
La croissance des dépenses au cœur des critiques
Si le gouvernement met de l’avant la réduction relative du déficit, plusieurs observateurs pointent la croissance soutenue des dépenses comme le principal problème structurel. Selon l’IEDM, les dépenses totales atteindront 170,8 milliards de dollars en 2026-2027, une hausse de 63,8 milliards — soit 59,6% — par rapport au dernier budget du gouvernement Couillard. La rémunération des employés de l’État représente à elle seule 65,8 milliards de dollars, soit un peu plus de 7 250 dollars par Québécois.
Le PCQ s’attarde plus particulièrement aux dépenses en santé, dont la hausse prévue de 4,1% dépasse la croissance économique. « Les maisons des aînés à un million de dollars la porte est un autre triste exemple d’un gouvernement irresponsable dans sa gestion des dépenses en santé », a déclaré le Dr Karim Elayoubi, porte-parole du PCQ en matière de santé. La Fédération canadienne des contribuables (FCC) relève pour sa part que malgré des annonces sur la réduction du nombre de bureaucrates, le gouvernement prévoit tout de même 2 736 postes supplémentaires cette année.
La dette : deux façons de lire les mêmes chiffres
La lecture de la dette illustre bien l’écart d’interprétation entre le gouvernement et ses détracteurs. Éric Girard met de l’avant le ratio dette-PIB, soulignant que le poids de la dette a diminué de façon constante depuis 2019 et que le Québec figure parmi les rares provinces à avoir réduit son endettement relatif durant cette période.
Les groupes critiques s’attardent plutôt aux chiffres absolus. La FCC indique que la dette totale atteint 272 milliards de dollars, en hausse de 16 milliards par rapport à l’année précédente. L’IEDM chiffre la dette nette à 259,5 milliards à la fin de l’exercice, en hausse de 9,2 milliards cette année seulement, et rappelle qu’« en huit ans, la dette aura crû de 70,9 milliards de dollars ». Les paiements d’intérêts s’élèveront à 10,3 milliards en 2026-2027, un montant supérieur au budget du ministère de la Famille — et qui constituerait, selon la FCC, le quatrième plus important portefeuille budgétaire si la dette était considérée comme un ministère.
L’entretien des infrastructures, un point de convergence partiel
L’IEDM soulève la question du déficit de maintien des actifs, soit l’écart entre l’état réel des infrastructures publiques et l’état dans lequel elles devraient se trouver si elles avaient été correctement entretenues. Ce déficit atteint aujourd’hui 44,8 milliards de dollars, contre 24,6 milliards en 2019-2020, une augmentation d’environ 80%. Au cours de la seule dernière année, ce déficit a progressé de 11,6%. Le réseau routier représente à lui seul 24,5 milliards, et 44% du réseau provincial est jugé en mauvais ou très mauvais état.
C’est toutefois sur ce point précis que le PCQ formule son seul commentaire favorable : le parti souligne positivement que « 71% des investissements du Plan québécois des infrastructures iraient au maintien des infrastructures plutôt qu’à de nouvelles infrastructures ». Le gouvernement, pour sa part, indique avoir porté le Plan québécois des infrastructures à 167 milliards de dollars sur dix ans, en hausse de plus de 66% depuis 2018.
Aucun allègement fiscal prévu
Le PCQ qualifie ce budget de « PPP — plate, pauvre et paresseux » — estimant que le gouvernement de la CAQ « manque une occasion de réduire le fardeau fiscal des Québécois et de relancer la création de richesse ». Pour y remédier, le parti propose notamment l’abolition de la taxe carbone (SPEDE) et du Fonds d’électrification et de changements climatiques, une mesure qui représenterait, selon lui, une baisse du fardeau d’environ 1,65 milliard de dollars pour les contribuables et les consommateurs, sans coût pour l’État. Le PCQ réclame également la levée de l’interdiction d’explorer et d’exploiter les hydrocarbures, ainsi que l’abolition du Fonds du développement économique, renfloué à hauteur de 1,5 milliard de dollars en 2024-2025.
La FCC dénonce elle aussi l’absence totale de baisses d’impôts. « Dans un contexte où le prix de l’essence explose et où les familles doivent faire des sacrifices pour arriver à la fin du mois, l’absence de baisses d’impôts ne fait qu’ajouter l’insulte à l’injure », a déclaré Nicolas Gagnon, directeur Québec de la Fédération. Dans son discours du budget, le ministre Girard a pour sa part rappelé que le gouvernement affirme avoir remis près de 60 milliards de dollars dans le portefeuille des Québécois depuis 2018, notamment par des baisses des deux premiers paliers d’imposition, l’harmonisation de la taxe scolaire et le plafonnement des tarifs gouvernementaux à 3% par année.
Un contexte économique incertain
Le budget s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis, notamment des droits de douane de plus de 45% sur le bois d’œuvre, et d’incertitudes liées à la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. Le gouvernement prévoit une croissance du PIB réel de 1,1% en 2026 et de 1,4% en 2027, après un gain de 0,8% en 2025. Des initiatives totalisant près de 9,6 milliards de dollars sur six ans ont été annoncées, incluant un soutien accru aux entreprises, des investissements en infrastructures et des mesures ciblées pour les Québécois les plus vulnérables.
Le budget 2026-2027 est le huitième et le dernier du premier ministre François Legault.
📌 Note de la rédaction — PiluleRouge.ca n’a pas encore terminé son analyse complète du budget 2026-2027. Notre couverture approfondie sera publiée prochainement.

