Poilievre « gagne » toutes ses journées
Vous ne le savez pas et ce n’est pas ce que vous entendrez aux téléjournaux de fin de soirée, mais Pierre Poilievre a « gagné toutes ses journées » depuis le début de la campagne. Dans le milieu politique, une « journée gagnée » est une journée où on a pu livrer un message à la population. Idéalement, personne n’a gaffé, rien n’a été déterré, les rencontres avec les citoyens sont bien captées et on ne se laisse pas distraire.
Depuis le jour 1, Poilievre est discipliné, il suit son plan de campagne, parle des enjeux canadiens et attire des milliers d’enthousiastes lors de ses rallyes, de Vancouver en Colombie-Britannique à Fredericton au Nouveau-Brunswick, en passant par Québec où il a même livré une plate-forme électorale spécifique pour les Québécois. En termes de contenu, une video du chef présente l’enjeu de la journée et tout l’argumentaire soutenant la politique publique proposée. Difficile de faire mieux.
Évidemment, il n’y a pas plus critique des conservateurs que les conservateurs eux-mêmes. La sortie de Kory Teneycke, directeur de campagne du premier ministre de l’Ontario Doug Ford, a donc été du bonbon pour les médias. Est-ce que cela a ébranlé Poilièvre? Le lendemain, celui-ci s’est présenté au micro et a rappelé son engagement :
« Je vais continuer de parler des enjeux qui préoccupent les Canadiens« , a-t-il réaffirmé. Quant à la question de l’urne, « Les menaces injustifiées du président Trump renforcent encore davantage l’argument en faveur du programme « Canada d’abord » pour lequel je me suis battu toute ma vie«
Pierre Poilievre
Teneycke aurait-il voulu jouer un plus grand rôle dans le cours de la campagne de Poilievre qu’il jugeait comme n’ayant pas été suffisamment agressif envers Trump? Peut-être, mais toujours est-il que Poilièvre avait fait connaître sa position. Le soir même de l’annonce des tarifs sur l’automobile. Et contrairement à son rival Carney, sa réponse à Trump et aux Canadiens était la réponse 1) qui dénonçait les tarifs, 2) qui faisant preuve d’empathie pour les travailleurs tout en les rassurant et 3) qui énonçait une ligne directrice très claire : le Canada doit assumer sa souveraineté et devenir moins dépendant des États-Unis.
Carney se fait connaître
Du côté des libéraux, Carney se met en scène et capitalise sur l’insécurité des Canadiens. En clair, il livrait ce que les Canadiens voulaient entendre et ce, sur un ton de vengeance. « Notre relation avec les États-Unis, c’est fini! ». It’s over! a-t-il dit. Réaction qui n’a bien vieilli… quoique bien des commentateurs et analystes applaudissaient une telle bravade. Mais quelques jours plus tard, Carney et Trump se parlent au téléphone et finalement, It’s not over! Après l’élection, il y aura inévitablement des négociations entre les deux pays. Reste à savoir avec qui…
Quant à la campagne de Carney, le politicien novice commence à se faire connaître. Malheureusement pour lui, on relève à chaque jour ses manques de jugements, de leadership et une faiblesse à communiquer en français. Pour qu’on entende sur un panel à CBC Network News qu’on note erreur, après erreur, après erreur, il faut quand même que ce soit notable. Que pouvons-nous retenir?
- Son sérieux problème de français.
- Qu’il a refusé de participer au débat des chefs de TVA
- Qu’il y a malaise auprès des médias. Parfois même condescendant.
- Qu’il a parlé de la tuerie de Concordia au lieu de la tuerie de Polytechnique
- Connaît-on ses conflits d’intérêts? Non. Il refuse de rendre publics ses avoirs.
- Que ses relations avec la Chine alors qu’il était conseiller du premier ministre Trudeau ne sont pas tout à fait transparentes. Et les Américains l’ont remarqué…
- Qu’il a menti sur sa participation au déménagement de l’entreprise Brookfield à New York. En fait, il avait bel et bien signé le document encourageant le déplacement à New York.
- Que dans une mise en scène « à la Trump« , Mark Carney annonce qu’il annule la taxe sur le carbone. On apprendra plus tard que le document n’a aucune valeur légale. De plus, la taxe réapparaîtra sous une autre forme qui sera moins visible pour le consommateur.
- Que les premières annonces de Mark Carney sont largement inspirées des idées du Parti conservateur : baisse d’impôt, pas de TPS sur les nouvelles maisons ou sur les premières maisons, mesure sur la taxe sur le gain en capital.
- Pour les autres éléments, le programme de Mark Carney est essentiellement le programme des libéraux de Justin Trudeau. Voir une video ici sur la politique de logements. Totalement fascinant.
- Qu’il a recruté un conseiller qui fait la promotion de l’immigration massive.
- Qu’il parle des deux côtés de la bouche pour ce qui est du développement des oléoducs et de la Loi 69 (la loi anti-oléoducs). Il dit une chose dans l’ouest du pays et dit le contraire dans les provinces du centre.
- Que tous les analystes sont d’accord pour dire qu’il a sérieusement manqué de leadership dans le cas du député libéral qui voulait livrer au consulat de la Chine son rival, un candidat conservateur (en échange d’une rançon). Il aurait dû écarter le candidat libéral immédiatement.
Certains éléments de programme sont très intéressants. Ils révèlent nettement le réflexe des libéraux, soit celui de faire intervenir démesurément le gouvernement dans l’économie.
- Les tarifs sur l’automobile? Mark Carney et les libéraux propose de reconstruire de A à Z une industrie de l’automobile au Canada! Quelque chose qui a pris 60 ans à construire. Les connaisseurs trouvent l’idée « cute » mais impensable. Qui va faire ça? Le gouvernement. Qui va payer pour ça? Nous, contribuables.
- Le problème du logement? Mark Carney propose de « ramener le Gouvernement dans la construction de maisons : « Bâtir Maisons Canada » est le nom initial du programme. Essentiellement, le même programme qui avait été suggéré par Justin Trudeau mais qui a échoué.
Il s’agit ici d’une différence fondamentale entre la philosophie politique des libéraux et celle du Parti conservateur qui veut plutôt attirer les investissements privés, développer l’économie de nos ressources, baisser les impôts et la réglementation, réduire le temps d’acceptation des grands projets, etc.
Boomers, il faut qu’on se parle

Je suis de la génération des boomers, âgés aujourd’hui entre 56 et 75 ans. Et bien sincèrement, j’étais estomaquée lorsque j’ai pris connaissance d’un sondage EKOS illustrant le vote par genre et par catégorie d’âge. Voyez comment le vote des femmes et encore davantage celui les gens âgés de 65 ans et plus, est concentré au Parti libéral du Canada. Pourquoi?
On croit vraiment qu’en changeant de chef, le Parti libéral mérite d’être élu pour un 4e mandat? Ne reconnaissez-vous pas le bilan catastrophique des 10 dernières années? L’immigration massive incontrôlée? La crise du logement? La hausse de 110 000 fonctionnaires fédéraux? Une dette publique qui double? La stagnation de l’économie canadienne? L’état de notre défense nationale? La montée de l’antisémitisme? La violence importée d’immigrants provenant de régions du monde aux valeurs différentes des nôtres? Relisez le bilan que j’en fais dans ce blogue. Ce n’est pas joli.
Alors va-t-on sérieusement faire abstraction de tous les autres problèmes du Canada cette élection-ci parce qu’on a un Trump-show qui déstabilise les plus angoissés d’entre nous? On file comme ça jusqu’au 28 avril ou quoi?
Et puis, on entend souvent dire « qu’on ne connaît pas Carney ». Mais si on ne le connaît pas, pourquoi alors le choisir aveuglément? Sans avoir fouillé sa vision? Sans avoir pris la peine d’évaluer le bilan du Parti libéral du Canada? Sans avoir même songé regarder ce que le Parti conservateur proposait? Pourquoi? Ne croyez-vous pas qu’il est temps de revoir les préjugés que vous entretenez envers un parti somme toute de centre-droite très très soft?
Poilievre n’est pas Trump, ni un mini-Trump. On vous dit qu’il a un ton cassant? Bien sûr que les médias connaissent ce ton! Il était le chef de l’Opposition officielle du gouvernement de Justin Trudeau! Vous voulez un combattant? En voilà un! Et quelles sont donc les peurs que vous inspirent les conservateurs.
La peur, bien mauvaise conseillère
Vous avez peur que le débat sur l’avortement revienne? En juin 2024, voici ce que Poilievre déclarait sur la question.
Comme le dit depuis des années le livre de politique de notre parti, adopté par ses membres, « un gouvernement conservateur ne soutiendra aucune législation visant à réglementer l’avortement »
« Je dirigerai un petit gouvernement qui s’occupera de ses propres affaires, laissant les gens prendre leurs propres décisions concernant leur vie amoureuse, leur famille, leur corps, leur parole, leurs croyances et leur argent »
Pierre Poilievre, juin 2024 – Source
Vous avez peur que l’on piétine sur le mariage gai?
« Le mariage homosexuel est légal et le restera quand je serai premier ministre, point final. »
Pierre Poilievre – Source
Vous hésitez encore à accepter que Pierre Poilievre n’a aucune intention de retoucher à ces questions? Sachez que ses opposants en sont très heureux, puisque cette idée de remettre en question le droit à l’avortement et le mariage gai ne sert aujourd’hui qu’à ceux qui veulent manipuler les esprits. Même du temps de Harper, il n’en a jamais été question.
Vous avez peur que la question de l’environnement soit mise de côté? Vous connaissez peut-être mon point de vue sur cette question. Personnellement, je crois que l’alarmisme climatique est davantage une politique industrielle qui avantage certaines industries dites vertes, qu’une politique qui produit véritablement une réduction des émissions des GES.
En fait, les émissions par habitant n’ont cessé de diminuer depuis l’an 2000, et la baisse des émissions personnelles observée pendant le règne du prix fédéral du carbone est à peu près la même que celle observée pendant les neuf années du mandat du Premier ministre Stephen Harper. – Source

En résumé, sur l’environnement, bien que 45 milliards $ aient été collectés par la taxe sur le carbone, il est bien difficile d’évaluer exactement son effet sur les émissions de GES. Et tout ça, pendant que la Chine et l’Inde produisent des GES sans commune mesure avec celles du Canada qui se stabilisent. Encore une fois, un piètre bilan des libéraux.
Enfin, certains ont peur des menaces de Trump pour « envahir le Canada » pour en faire un 51e État. Entre Trump au sud et Poutine au nord, les plus angoissés d’entre nous peuvent s’imaginer le pire des scénarios et je peux comprendre jusqu’à un certain point. Seulement voilà : à quoi servirait d’être apeuré ou d’angoisser sur Trump?
Car dites-vous une chose. Il y a une chose qui pourra éventuellement maîtriser et raisonner Donald Trump et c’est le peuple américain. D’ici là, saisissons l’opportunité de régler nos propres problèmes.
Parler aux jeunes
Enfin, pour revenir sur l’image du sondage reflétant le vote par catégorie d’âge, je crois sincèrement qu’il est temps de parler à nos jeunes et de leur demander ce qui rend le Parti conservateur attrayant à leurs yeux.
La génération des boomers est la génération qui a élu Robert Bourassa en 1970. Le plus jeune des premiers ministres. Il avait 36 ans. Justin avait 44 ans. Poilievre a 45 ans. Carney en a 60. N’est-il pas temps de considérer élire un chef qui comprend et qui parle aux plus jeunes? A-t-on tant besoin d’élire un chef de notre génération? Fait-on si peu confiance à nos jeunes qui rêvent, eux aussi, d’une société qui répondrait à leurs aspirations?
Car bien franchement, on l’a eu facile, les boomers. Un Gros État Gouvernemaman. Des programmes sociaux, des régimes de retraite à prestations déterminées qui n’existent plus aujourd’hui. On a endetté par-dessus endetté les plus jeunes générations. On a eu des maisons pas cher, jeunes. On a vécu la crise de 1980 mais de façon générale, on a bénéficié de faibles taux d’intérêt. On a eu les belles jobs et on est restés collés là. Pire encore, on a permis depuis quelques années que les gouvernements se fassent croire qu’ils étaient plus doués que les entrepreneurs eux-mêmes pour faire des bons choix d’investissement. Qui paie pour toutes ces décisions mal avisées? Nous tous, mais plus encore les jeunes.
Le modèle de société construit à notre image éclate. Il faut tout reconstruire, mais surtout repenser à de nouvelles fondations qui redynamiseront l’économie canadienne. Continuer de croire qu’on peut continuer d’imposer à nos jeunes, aux travailleurs et aux investisseurs autant d’impôts, de contraintes, de réglementations n’est plus viable.
Et puis, à la fin de ça, la question est la suivante : Qui, de Carney ou de Poilievre offre la meilleure solution pour se libérer de notre dépendance de notre économie des États-Unis? Les premiers jours de campagne nous offre deux options.
- Un banquier technocrate de l’élite mondiale qui ne connaît rien de ce que vivent les Canadiens -ou- un Canadien qui a sillonné le Canada qu’il connaît sur le bout de ses doigts.
- Un parti libéral pour lequel toute solution passera par une solution gouvernementale extrêmement bureaucratisée — ou — un parti conservateur qui attirera les investissements et fera confiance aux entrepreneurs.
- Un Parti libéral qui instrumentalise la peur -ou- un Parti conservateur qui mise sur la fierté, l’autonomie et l’indépendance.
- — Des politiques protectionnistes en réponse aux tarifs américains -ou- des politiques ouvertes sur le monde dans un esprit d’instaurer un libre-marché avec de nouveaux partenaires
- Un gouvernement encore plus centralisé piétinant sur les compétences des provinces ou un gouvernement qui va libérer le Canada des technocrates, des contrôleurs, des bureaucrates qui ralentissent, qui réglementent.
Un gouvernement qui va être dans la continuité des libéraux — ou — Pierre Poilievre qui va s’assurer de mettre en place les conditions et les incitatifs pour redémarrer le moteur économique du Canada.
J’ai idée que nos jeunes veulent cette nouvelle option qui s’offre à eux. Il est temps d’imaginer autre chose. Ce pourrait être le début de leur temps nouveau. Ils le méritent.