Ancien maire de Saint-Antoine-de-l’Isle-aux-Grues et également ex-candidat du Parti conservateur du Québec lors de l’élection générale de 2022 dans la circonscription de Côte-du-Sud, où il était arrivé deuxième avec 23,41 % des voix, Frédéric Poulin ne souhaite pas se représenter sous la bannière du PCQ pour le moment. Une décision qu’il dit mûrement réfléchie, tant sur le plan personnel que politique.
« Pour l’instant, je ne me présente pas », résume-t-il d’entrée de jeu à PiluleRouge lors d’un échange téléphonique. Il précise toutefois demeurer en dialogue avec la direction du parti. Il a d’ailleurs récemment eu une longue discussion avec le chef, Éric Duhaime — une conversation de près de deux heures qu’il qualifie de « très ouverte ».
Des contraintes personnelles
Sur le plan personnel, M. Poulin évoque d’abord les nouvelles normes de bien-être animal, qui exigent d’importants investissements et une réorganisation de son entreprise agricole. « Ça va nécessiter du temps et de la réflexion », explique-t-il. À cela s’ajoute une réalité familiale : ses deux enfants, âgés de 16 et 18 ans, vivent actuellement aux États-Unis.
Une déception politique assumée
Au-delà de ses considérations d’ordre personnel, c’est surtout sur le plan idéologique que le malaise s’installe. Malgré ses échanges récents avec Éric Duhaime, Frédéric Poulin craint que le PCQ s’éloigne de ses fondements. « Je ne veux pas qu’on devienne une autre ADQ ou un autre CAQ. Quand on est économiquement à droite, une fois élus, on oublie qui on est et ce qu’on voulait faire », dit-il.
Selon lui, le problème fondamental n’est pas l’intention, mais la capacité de « tenir la ligne ». « Ce qui est le plus dur en politique, ce n’est pas d’avoir de bonnes intentions, c’est de rester dans le cadre de ce qu’on veut faire, sans toujours chercher à plaire à tout le monde », soutient-il.
Le refus du compromis
Frédéric Poulin remet en question l’idée largement répandue selon laquelle la politique serait avant tout l’art du compromis. « Si tu veux marquer l’histoire et provoquer un vrai changement, ce n’est pas avec des compromis que tu vas le faire, c’est avec des convictions […] Je pense que je suis peut-être trop conservateur pour le Parti conservateur », tranche-t-il.
Il cite en exemple une proposition qu’il avait soumise à l’interne : réduire la rémunération des députés avant toute négociation avec la fonction publique. « Ça montrerait aux citoyens qu’on ne se place pas au-dessus d’eux, qu’on est prêts à prendre un coup aussi. »
L’identité du PCQ
Frédéric Poulin croit que le PCQ doit davantage se définir tout en ne craignant pas de s’affirmer. Il explique que, généralement, un parti doit d’abord et avant tout se caractériser clairement — une démarche qu’il juge longue et exigeante, mais essentielle. À ses yeux, plusieurs formations politiques ont perdu cette clarté au fil du temps en multipliant les compromis pour élargir leur base électorale. Il cite notamment l’exemple du Parti libéral du Québec, dont l’identité, selon lui, est aujourd’hui difficile à cerner. C’est dans cette optique qu’il affirme craindre une dérive semblable au Parti conservateur du Québec.
« C’est ce qu’on est en train de perdre au Parti conservateur si on fait trop de compromis : la définition de qui on est […] Il y a vingt ans, on savait exactement qui étaient les libéraux : le parti de l’économie, de l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, on ne sait plus qui ils sont », explique-t-il.
Un regard sévère sur la performance du Québec
Sur le fond, l’ex-candidat dresse un constat dur du Québec contemporain. « Dans nos champs de compétence, on ne performe pas », affirme-t-il, évoquant les routes, le système de santé, l’éducation, et même Hydro-Québec. « On est médiocre dans ce qu’on contrôle. »
Pour ce dernier, avant toute discussion constitutionnelle ou souverainiste, il estime que le Québec doit d’abord redevenir compétitif économiquement. « Si on n’est pas forts économiquement, on n’a aucune position de négociation. On arrive la tête basse et on espère qu’on va nous donner quelque chose », argumente-t-il.
Une décision claire, pour l’instant
Pour le moment, Frédéric Poulin restera en retrait de l’arène électorale. Mais il demeure plus que jamais préoccupé par la situation générale dans la belle province. « On est déjà en retard dans la course au Québec, et ce dans plusieurs domaines. Et si on continue à décider avec l’émotion plutôt qu’avec une réflexion de fond, ce sont les jeunes qui vont payer la facture », conclut-il.


