Nouvel Ambassadeur aux États-Unis
La récente nomination de Mark Wiseman, ayant déjà œuvré pour Blackrock comme prochain ambassadeur du Canada aux États-Unis, suscite une vive controverse au Québec. Officialisée par le premier ministre du Canada, Mark Carney, cette décision est loin de faire consensus et provoque une levée de boucliers chez plusieurs formations politiques québécoises, qui y voient un nouvel affront aux intérêts, à l’identité et aux priorités nationales du Québec. C’est notamment le cas pour le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, qui n’a pas mâché ses mots concernant ladite nomination. Il n’est d’ailleurs pas le seul…
Selon lui, le choix du premier ministre démontre une insensibilité préoccupante envers les Québécois, particulièrement en ce qui concerne les enjeux d’immigration et de préservation de l’identité nationale. M. Duhaime reproche ainsi au futur ambassadeur d’être totalement déconnecté des préoccupations d’une population qui s’inquiète de l’arrivée trop rapidement d’un trop grand nombre d’immigrants.
« L’initiative du siècle qu’a cofondé monsieur Mark Wiseman milite pour une immigration massive qui ferait passer la population canadienne à plus de 100 millions d’habitants d’ici 2100. Bref, à noyer l’identité et le peuple québécois dans un multiculturalisme vide. Tous les Québécois, y compris les nombreux nationalistes qui ont voté pour Mark Carney, doivent se rappeler de cette triste nomination », a déclaré le chef conservateur sur sa page Facebook.
Réaction au PQ
Du côté du Parti québécois, la réaction est encore plus cinglante. Le député de Jean-Talon, Pascal Paradis, parle d’un « autre affront pour le Québec » et estime que cette nomination s’inscrit dans la droite ligne d’une tradition fédérale consistant à ignorer la volonté québécoise. Selon lui, Mark Carney confirme, par ce geste, son adhésion à une vision d’un Canada « postnational » dans laquelle le Québec ne serait qu’une variable d’ajustement.
M. Paradis rappelle qu’en 2023, Mark Wiseman a publié un message sur le réseau social X affirmant que l’objectif d’un Canada à 100 millions d’habitants devait être atteint « même si ça fait hurler le Québec ». Une déclaration que le député péquiste juge profondément méprisante et qu’il associe à une insulte historique attribuée à John A. Macdonald lors de l’exécution de Louis Riel en 1885. « Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur », avait-il jadis déclaré. Pour le Parti québécois, ces propos suffisent à disqualifier Mark Wiseman comme représentant légitime des intérêts québécois à Washington.
Les critiques ne s’arrêtent pas à la question identitaire. Mark Wiseman s’est également exprimé contre le système de gestion de l’offre, un pilier fondamental de l’agriculture québécoise, notamment pour les secteurs du lait, de la volaille et des œufs. Or, ce système est actuellement menacé par l’administration Trump.
Pour la formation souverainiste, le fait d’envoyer à Washington un ambassadeur dont les positions rejoignent celles de cette administration sur un enjeu aussi sensible constitue un signal alarmant quant à la place réelle des intérêts économiques du Québec en lien avec les priorités du Canada.
À Ottawa, l’opposition fédérale n’a pas tardé à réagir. Le député conservateur Luc Berthold a commenté la nomination avec ironie, lançant : « Ce n’est pas l’idée du siècle, hen ? » Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est montré encore plus inquiet, qualifiant cette orientation « d’extrêmement inquiétante » lors d’une entrevue à LCN et appelant directement le premier ministre Carney à renoncer à cette nomination.
Le malaise
Figure controversée depuis plusieurs années en raison de son rôle dans l’élaboration de l’initiative du siècle, aux côtés de Dominic Barton, de la firme McKinsey, Mark Wiseman cristallise aujourd’hui un malaise politique profond. Pour de nombreux acteurs politiques québécois, sa nomination dépasse largement le cadre diplomatique et ravive un débat fondamental sur la capacité du Québec à défendre ses intérêts économiques, culturels et identitaires à l’intérieur du Canada.
Pour le Parti québécois, la conclusion est claire : tant que le Québec ne disposera pas de sa propre voix sur la scène internationale, il continuera de subir des décisions prises à Ottawa, parfois en contradiction directe avec ses priorités fondamentales.
« En ce qui nous concerne au Parti québécois, nous nous tenons debout et nous dénonçons cette nomination. Mark Wiseman, qui a publiquement insulté le Québec, n’a aucune légitimité pour représenter le Québec à Washington », a conclu Pascal Paradis.


