Jusqu’à tout récemment ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, le député de Lévis, Bernard Drainville, a annoncé qu’il se lançait dans la course à la succession de François Legault à la tête de la Coalition avenir Québec. S’il est élu, il deviendrait du même souffle le premier ministre du Québec. Or, pour le chef du Parti conservateur du Québec, le discours du principal intéressé est truffé d’incohérences.
Dans une lettre ouverte adressée à l’aspirant chef, Éric Duhaime accuse Bernard Drainville d’opportunisme politique. « Hier, tu t’es lancé dans la course à la direction de la CAQ. Personne ne devrait être surpris. Tu as toujours eu l’ambition d’être chef et premier ministre. Tu avais tenté ta chance au PQ. Tu n’étais certainement pas allé à la CAQ pour rester éternellement second violon. Ce qui m’a cependant surpris, Bernard, c’est de t’entendre te décrire comme quelqu’un de centre droit. Juste te rappeler que notre duo radiophonique était décrit comme un choc des idées entre celles à droite d’Éric Duhaime et celles à gauche de l’ex-ministre péquiste Bernard Drainville. Aujourd’hui, dix ans plus tard, tu te décris comme un homme de droite. Tu as évolué. Bravo! Comme tu es passé de souverainiste à fédéraliste, j’imagine », écrit Duhaime sur un ton sarcastique.
Dans ladite lettre, le chef du PCQ soumet cinq questions à M. Drainville, lui demandant d’y répondre — s’il en a le courage — afin de démontrer la sincérité de son virage à droite : est-il favorable à l’élimination rapide du déficit qualifié de « pire de l’histoire du Québec », qu’il attribue à la CAQ? Appuie-t-il l’idée de permettre aux Québécois de se tourner gratuitement vers le secteur privé lorsque le système public ne peut les soigner dans des délais raisonnables, comme la CAQ l’aurait promis avant de reculer? Est-il pour l’exploitation du gaz naturel afin « d’enrichir le Québec », rappelant que François Legault s’y était engagé avant de faire adopter une loi bloquant l’exploration et l’exploitation?
Accepte-t-il d’abolir la taxe carbone — que seuls les Québécois payeraient encore au Canada — afin de réduire le prix de l’essence et du panier d’épicerie, alors que les cibles de réduction des GES viennent d’être repoussées? Enfin, est-il prêt à mettre fin aux subventions aux entreprises pour financer des baisses de taxes et d’impôts, après des ratés qu’il associe à la CAQ, citant notamment Northvolt, Lion Électrique, Taïga et Recyclage Carbone Varennes? « Bref, es-tu vraiment passé de la gauche à la droite ou est-ce simplement une tentative d’un politicien en mal de popularité qui souhaite se coller une étiquette à la mode? », demande le chef conservateur à Bernard Drainville.
Éric Duhaime affirme d’ailleurs ne pas douter de la parole de l’ex-ministre. Néanmoins, comme de nombreux Québécois, dit-il, il se questionne sur le fait que ce dernier ne se soit jamais présenté comme un politicien de droite au cours des quatre dernières années, alors qu’il a activement participé, à titre de ministre senior, à ce qu’il qualifie de gouvernement le plus dépensier et le plus interventionniste ainsi que celui ayant le plus endetté les générations futures. « J’espère sincèrement que tu auras le courage de me répondre », conclut le chef conservateur.
La course
Pour le moment, outre l’officialisation de Bernard Drainville dans la course à la chefferie de la Coalition avenir Québec, seule l’ex-ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Christine Fréchette a annoncé qu’elle serait de la partie.


