La Fédération canadienne des contribuables (FCC) exhorte les deux candidats à la direction de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Bernard Drainville et Christine Fréchette, à aller au-delà de leurs engagements envers le secteur agricole et à promettre l’abolition complète de la taxe carbone pour l’ensemble des Québécois.
Un appel lancé en pleine course à la chefferie
La demande a été formulée le 12 mars 2026 par Nicolas Gagnon, directeur Québec de la FCC. Elle survient alors que les deux candidats à la succession de François Legault ont récemment annoncé leur intention de rembourser entièrement et de façon permanente aux agriculteurs québécois les coûts liés au Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission du Québec (SPEDE). Le prochain chef de la CAQ sera connu le 12 avril 2026 et deviendra automatiquement premier ministre du Québec.
La course à la chefferie se déroule dans un contexte de fort mécontentement envers la tarification du carbone : selon le plus récent sondage Léger, 56% des Québécois s’y opposent. Selon ce même sondage, Christine Fréchette recueillerait l’appui de 70% des sympathisants caquistes, contre 20% pour Bernard Drainville.
Les positions des deux candidats
Tant Bernard Drainville que Christine Fréchette ont pris des engagements similaires envers le monde agricole, promettant un remboursement intégral et permanent des coûts du carbone. Les deux candidats ont également profité d’un autre dossier énergétique pour élargir leur discours : en mars 2026, alors que le prix de l’essence grimpait en raison des tensions liées au conflit en Iran, ils ont tous deux proposé de restituer aux automobilistes l’argent supplémentaire perçu par l’État via le marché du carbone.
Christine Fréchette entend redistribuer ces revenus « directement dans les poches des automobilistes québécois, via une réduction du coût des immatriculations ». De son côté, Bernard Drainville a évoqué la possibilité d’un chèque, d’un crédit d’impôt ou d’une mesure équivalente.
Le SPEDE et ses coûts pour les agriculteurs
Le SPEDE est un marché du carbone québécois lié à celui de la Californie, en vigueur depuis 2014. L’Union des producteurs agricoles (UPA) estime que ce système a coûté environ 550 millions de dollars au secteur agricole depuis son entrée en vigueur, en raison de la hausse des coûts du carburant, du transport et de la production.
Ce chiffre mérite toutefois d’être nuancé. Selon une étude publiée en novembre 2025 par l’Institut du Québec — réalisée par des économistes de HEC Montréal, de l’UQAM et de l’Institut de la statistique du Québec —, le surcoût réel est probablement inférieur à cette estimation. La raison : plusieurs grandes entreprises assujetties au SPEDE reçoivent une partie de leurs droits d’émission gratuitement du gouvernement du Québec, afin de protéger leur compétitivité. Ces entreprises n’ayant pas à acheter l’entièreté de leurs droits, elles répercutent moins de coûts sur leurs clients, dont les agriculteurs. L’Institut du Québec précise d’ailleurs que ses propres chiffres représentent déjà le pire des scénarios.
Une aide de 30 M$ jugée insuffisante
En réponse aux demandes répétées du secteur, le gouvernement Legault a annoncé le 5 mars 2026 une aide de 30 millions de dollars pour les producteurs agricoles. Un premier versement de 20 millions de dollars, soit environ 19,70 $ par hectare cultivé, doit être effectué le 30 mars 2026, et un solde de 10 millions de dollars sera versé en début 2027. Pour être admissibles, les entreprises doivent notamment produire des céréales, du maïs-grain ou des oléagineux sur au moins 25 hectares.
Ce n’est pas la première fois que Québec intervient pour atténuer le fardeau du SPEDE sur le monde agricole. Depuis 2018, les sommes retournées au secteur provenant des revenus du marché du carbone ont plus que triplé, passant d’environ 20 millions de dollars par année à plus de 70 millions de dollars par année prévus pour la période 2025–2030.
Pourtant, ces sommes croissantes n’ont pas suffi à satisfaire les producteurs. L’UPA du Centre-du-Québec a qualifié l’aide de mars 2026 de nettement insuffisante, estimant qu’elle est loin de compenser les surcoûts engendrés par la tarification du carbone depuis 2015. C’est précisément ce fossé persistant — entre les sommes retournées et le fardeau ressenti sur le terrain — qui alimente les demandes de remboursement intégral formulées par les deux candidats à la direction de la CAQ, et que la FCC utilise pour plaider une abolition pure et simple du système.
Une facture qui se répercute jusqu’à l’épicerie
Les surcoûts imposés aux agriculteurs ne restent pas à la ferme. Ils se transmettent à l’ensemble de la chaîne alimentaire — transformation, transport, distribution — avant d’atterrir dans le panier d’épicerie des Québécois.
Ce contexte prend un relief particulier dans un climat d’inflation alimentaire persistante. Les prix des aliments au Canada ont augmenté de façon marquée depuis 2021, et les ménages à faible et moyen revenu consacrent une part croissante de leur budget à l’alimentation. Dans ce contexte, tout surcoût supplémentaire — même modeste — pèse davantage sur les budgets les plus serrés.
Selon l’étude de l’Institut du Québec de novembre 2025, la tarification du carbone ajoute en moyenne environ 15 dollars par année aux seules dépenses d’épicerie d’un ménage québécois, puisque le secteur agricole n’est pas directement assujetti au SPEDE. L’impact total sur le budget des familles est cependant nettement plus élevé lorsqu’on inclut les coûts directs : un ménage possédant une voiture à essence paie en moyenne 259 $ de plus par année en raison du SPEDE, et jusqu’à 574 $ pour ceux qui se chauffent au gaz naturel en plus de rouler à l’essence.
Le Québec, seule province avec une taxe carbone à la consommation
Depuis que le gouvernement fédéral a aboli sa taxe carbone pour les consommateurs le 1er avril 2025, le Québec est la seule province canadienne où les résidents paient encore une taxe carbone sur l’essence et les autres carburants. La taxe carbone québécoise ajoute présentement 9,6 cents par litre d’essence et 13,1 cents par litre de diesel, ce qui représente environ 7 dollars de plus par plein pour une famille possédant une minifourgonnette.
À cela s’ajoutent les règlements fédéraux sur les carburants, distincts de la taxe carbone à la consommation abolie en avril 2025. Selon une analyse du directeur parlementaire du budget, ces règlements pourraient ajouter jusqu’à sept cents de plus par litre d’essence en 2026. Les Québécois se retrouvent ainsi avec deux mécanismes de tarification du carbone qui s’appliquent simultanément — le SPEDE provincial et les règlements fédéraux — une situation que la FCC qualifie de fardeau injuste pour les familles et les entreprises, et qui constitue le cœur de son appel à l’abolition complète du système.

