Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, Caracas a été réveillée par des détonations sèches et un ciel soudain zébré de lueurs artificielles. Ce n’était pas un soulèvement populaire ni un accident industriel. C’était une opération militaire américaine. Rapide, chirurgicale, assumée. À l’aube, Washington annonçait ce que beaucoup jugeaient impensable quelques années plus tôt : Nicolás Maduro avait été capturé par des forces spéciales américaines et extrait du territoire vénézuélien.
Le Venezuela se retrouvait décapité de facto, sans transition institutionnelle claire, sans processus interne, sans même le simulacre d’une médiation régionale. Une opération éclair, dans la plus pure tradition de l’interventionnisme américain, exécutée au nom de la justice, de la lutte contre le narcotrafic et de la morale politique.
Un régime autoritaire, une réalité incontestable
Il faut partir d’un fait que personne de sérieux ne conteste. Nicolás Maduro dirigeait un régime autoritaire. Les élections étaient fraudées. L’opposition était neutralisée, divisée, parfois emprisonnée. L’appareil d’État servait une oligarchie politico-militaire adossée aux réseaux de contrebande, au narcotrafic et à une économie de prédation. Le Venezuela de 2026 n’était ni une démocratie fonctionnelle ni un État de droit.
Mais reconnaître cela ne suffit pas à justifier ce qui s’est produit cette nuit-là.
Car le néo-réalisme commence précisément là où s’arrête l’indignation morale. Il observe les faits, les rapports de force, les conséquences réelles, non les intentions affichées.
Le retour du gendarme du monde
Donald Trump avait bâti une part importante de son capital politique sur une promesse claire : mettre fin aux aventures impériales américaines. Fin des guerres sans fin. Fin du rôle de gendarme du monde. Fin de l’exportation armée de la démocratie.
Or, dans la nuit du 2 au 3 janvier, Trump a fait exactement ce qu’il reprochait à ses prédécesseurs. Comme Bush, comme Obama, comme Clinton avant lui, il a estimé que les États-Unis avaient non seulement le droit, mais le devoir d’agir au nom d’un ordre qu’ils définissent seuls.
Peu importe que l’argument soit la drogue plutôt que le terrorisme, la corruption plutôt que les armes de destruction massive. La mécanique est la même. Une puissance décide qu’un régime est illégitime, dangereux, moralement condamnable. Elle agit. Les conséquences deviennent ensuite un problème secondaire.
La souveraineté sacrifiée au pragmatisme américain
Le Venezuela est un pays souverain. Dysfonctionnel, autoritaire, ruiné, certes. Mais souverain. Et c’est là que se situe la ligne de fracture fondamentale.
Les peuples doivent pouvoir se débarrasser eux-mêmes de leurs tyrans. Lentement parfois. Dans la douleur, souvent. Mais sans qu’un État étranger décide, unilatéralement, du moment et de la manière. L’histoire est implacable sur ce point. Les changements imposés de l’extérieur produisent rarement la stabilité promise. Ils produisent des vides de pouvoir, des guerres civiles, des États faillis, des migrations massives.
En intervenant directement, Washington a court-circuité toute dynamique interne, aussi imparfaite soit-elle. Il a transformé un problème politique vénézuélien en crise géopolitique régionale.
Les répercussions immédiates
Dès l’aube, les frontières colombiennes ont été placées en état d’alerte. Les gouvernements latino-américains ont convoqué des conseils de sécurité d’urgence. La crainte n’était pas idéologique, mais logistique. Un exode massif. Une flambée de violence. Des groupes armés profitant du chaos.
Les marchés énergétiques ont réagi immédiatement. Le pétrole vénézuélien, déjà sous sanctions, est devenu un enjeu encore plus explosif. Et derrière le discours judiciaire américain, une évidence s’impose : le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde. Croire que cette donnée est étrangère à la décision relève de la naïveté stratégique.
Le droit international comme variable d’ajustement
Aucune déclaration de guerre. Aucun mandat international. Aucun consensus régional. L’opération américaine repose sur une interprétation extensive du droit américain et sur une indifférence assumée au droit international.
Ce n’est pas une nouveauté. Mais c’est précisément ce qui nourrit la défiance mondiale envers Washington. Chaque intervention unilatérale affaiblit un peu plus l’idée même de règles communes. Chaque exception justifiée au nom du bien devient un précédent pour d’autres puissances moins scrupuleuses.
Quand les États-Unis agissent ainsi, ils ne stabilisent pas l’ordre mondial. Ils le fragmentent.
Une victoire tactique, un échec stratégique
L’arrestation de Maduro est une victoire tactique. Elle flattera l’électorat américain. Elle satisfera ceux qui voyaient en lui un symbole d’impunité. Elle offrira des images fortes, des discours martiaux, des procès spectaculaires.
Mais sur le plan stratégique, le bilan est bien plus sombre.
Le Venezuela n’est pas devenu démocratique au matin du 3 janvier. Il est devenu incertain. Plus instable encore. Plus vulnérable aux luttes internes. Plus dépendant des puissances extérieures. Et surtout, il a perdu la possibilité, même imparfaite, de régler seul son avenir politique.
Maduro n’était pas un héros. Il n’était pas une victime. Il était le produit d’un système politique délabré et d’un pays étranglé économiquement. Mais son éviction par la force étrangère n’est pas une victoire pour la liberté.
C’est le rappel brutal que, malgré les discours de retrait et de souveraineté nationale, les États-Unis restent ce qu’ils ont toujours été depuis la fin de la guerre froide : une puissance qui intervient quand cela sert ses intérêts, convaincue que sa morale justifie ses missiles.
La nuit du 2 au 3 janvier 2026 n’a pas marqué la fin d’un régime. Elle a marqué le retour assumé de l’Amérique dans son rôle le plus ancien, le plus critiqué et le plus dangereux : celui du gendarme du monde.
Et l’histoire, une fois encore, jugera non les intentions, mais les conséquences.


