Lundi, janvier 26, 2026

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L’affaire du Groenland : Le laboratoire arctique de la méthode Trump

C’est par une déclaration apparemment pacificatrice que Donald Trump a conclu, le 21 janvier à Davos, l’une des séquences diplomatiques les plus tendues de son début de mandat. En affirmant qu’il « n’utilisera pas la force » pour acquérir le Groenland, le président américain a semblé reculer. Or, à y regarder de plus près, ce retrait apparent masque une victoire tactique obtenue grâce à une mécanique de négociation désormais bien rodée : la création artificielle d’une crise existentielle pour arracher des concessions concrètes.

« C’est probablement ma déclaration la plus importante, parce que les gens pensaient que j’utiliserais la force », a lancé Donald Trump depuis la tribune du Forum économique mondial. Cette phrase, prononcée après l’annonce d’un nouvel « accord-cadre » avec l’OTAN, marque l’aboutissement d’une stratégie de pression maximale exercée sur le Danemark et l’Alliance atlantique.

L’anatomie de la menace

Pour comprendre la « victoire » revendiquée par Trump, il faut rembobiner le film de janvier. La séquence suit un crescendo calculé. Le 7 janvier, le président maintient une ambiguïté stratégique en refusant d’exclure l’option militaire. Le 16 janvier, l’étau se resserre : il menace Copenhague et sept autres capitales européennes de tarifs douaniers punitifs allant de 10 à 25 %.

L’objectif est alors de placer l’interlocuteur face à un choix binaire impossible. « Vous pouvez dire oui, et nous serons très reconnaissants, ou vous pouvez dire non, et nous nous en souviendrons », avait-il averti lors de son allocution.

Ce n’est qu’une fois la menace économique et sécuritaire à son paroxysme que la porte de sortie est offerte. Le 21 janvier, l’annonce d’un « concept d’accord » négocié avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, permet à Trump de retirer ses menaces tarifaires et d’exclure l’option militaire, se posant paradoxalement en faiseur de paix d’une crise qu’il a lui-même instiguée.

Le « Golden Dome » et la réalité stratégique

Si la rhétorique trumpienne est souvent qualifiée d’erratique, l’intérêt pour le Groenland repose sur une logique géostratégique froide. Trump a balayé l’argument purement économique des ressources minières pour se concentrer sur la position de l’île, située « pile au milieu » (right smack in the middle) de l’axe États-Unis-Russie-Chine.

Au cœur de cette vision se trouve le projet « Golden Dome », un bouclier antimissile continental inspiré du Dôme de fer israélien. Pour Washington, le Groenland est la clé de voûte de cette architecture de défense qui, selon Trump, « défendra également le Canada ». L’accord-cadre, bien que flou sur les détails, vise essentiellement à garantir aux États-Unis « tout l’accès militaire souhaité » à ce territoire, sans avoir à gérer la complexité juridique d’une annexion formelle.

Une victoire comptable sur le dos du Danemark

La méthode Trump repose aussi sur une instrumentalisation habile des chiffres. À Davos, il a fustigé le Danemark pour n’avoir dépensé que « moins de 1 % » des 200 millions de dollars promis en 2019 pour la défense de l’île. Si le chiffre est factuellement exact, il occulte volontairement la réaction massive de Copenhague.

Sous la pression constante de Washington, le Danemark a en effet radicalement révisé sa posture. Avec des engagements totalisant désormais 13,8 milliards de dollars pour la sécurité arctique — incluant l’achat de chasseurs F-35 et de navires de patrouille — le pays a multiplié sa promesse initiale par 69. Les dépenses de défense danoises ont doublé en deux ans pour dépasser les 3,2 % du PIB.

En d’autres termes, sans tirer un seul coup de feu, Donald Trump a obtenu un réarmement massif d’un allié clé, tout en maintenant publiquement la pression pour s’assurer le crédit politique de l’opération.

Le facteur Rutte : L’OTAN rentre dans le rang

L’efficacité de cette diplomatie coercitive trouve un écho surprenant au sommet de l’OTAN. Mark Rutte, secrétaire général de l’Alliance, a publiquement validé la méthode Trump à Davos, affirmant que « sans Donald Trump, cela ne serait jamais arrivé ». Il faisait référence à l’augmentation spectaculaire des budgets militaires européens.

Trump s’est d’ailleurs vanté d’avoir poussé l’OTAN à « payer 5 % » du PIB. Ici encore, la réalité est tordue pour servir le narratif : si 31 pays ont bien accepté en juin 2025 de viser 5 % du PIB, cet objectif est fixé pour 2035. Aucun pays ne paie ce montant aujourd’hui. Mais pour l’ex-magnat de l’immobilier, l’engagement futur est présenté comme une somme déjà encaissée : « Now they’re paying the 5% ».

Le miroir canadien

Pour Ottawa, cette séquence groenlandaise résonne comme un avertissement sans frais. La méthode appliquée au Danemark — demande extrême d’annexion, menaces tarifaires, puis négociations sur la souveraineté — est similaire à celle qui vise actuellement le Canada.

Les parallèles sont frappants : Trump évoque le Canada comme un potentiel « 51e État », qualifie le premier ministre Mark Carney de « gouverneur » et lie les enjeux commerciaux (l’ACEUM) aux impératifs de défense (le « Golden Dome »).

L’affaire du Groenland démontre que l’objectif final de Trump n’est pas nécessairement l’acquisition territoriale, juridiquement complexe, mais l’établissement d’un rapport de force dominant. En retirant la menace militaire sur le Groenland, Trump n’a pas signé la fin de ses ambitions, mais simplement le début d’une phase de négociation où il dicte désormais le tempo, fort des concessions déjà arrachées.

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Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier est journaliste pour PiluleRouge.ca. Passionné de politique depuis plus de dix ans, il s'est impliqué à plusieurs reprises sur la scène provinciale. Entrepreneur en informatique, il allie rigueur journalistique et regard critique sur l’actualité. Son approche analytique et son sens de l’humour apportent une perspective unique aux sujets qu’il couvre.

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