Jeudi, janvier 8, 2026

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Les Patriotes, l’indépendance… et l’ironie oubliée de notre histoire

Chaque fois que la saison des « fiers Patriotes » revient, le Québec se remet à célébrer ce qu’il croit être une révolte d’indépendance : un 1776 local, un remake patriotico-républicain avec drapeau vert, blanc et rouge en bonus. On nous présente la Rébellion de 1837-38 comme un moment fondateur : celui où « nous », les francophones, aurions voulu rompre avec Londres pour devenir enfin un peuple souverain.

C’est beau, c’est noble, et c’est — malheureusement — presque entièrement faux.

Parce que si on lit vraiment les sources de l’époque, si on arrête de projeter 1968 sur 1837, et si on regarde sans lunettes idéologiques ce que les députés du Bas-Canada ont réellement écrit le 21 février 1834, on se rend compte que le récit moderne tient à peu près autant que les budgets du gouvernement provincial.

La vérité est moins romantique… mais beaucoup plus intéressante.

Les Patriotes n’étaient pas des indépendantistes — et ils le disent eux-mêmes

La déclaration adoptée par la Chambre d’assemblée le 21 février 1834, celle-là même qui est à la base des 92 résolutions, commence par une profession de foi absolument claironnante envers l’Empire britannique.

Pas une critique. Pas une nuance.

Une déclaration d’amour constitutionnel.

« Les loyaux sujets de Sa Majesté… ont montré le plus grand attachement pour l’Empire Britannique… »

Ce n’est pas exactement la phrase d’introduction à une révolution républicaine.

Les 92 résolutions, que l’on considère encore aujourd’hui comme l’acte politique fondateur du mouvement patriote, n’appellent pas à l’indépendance. Elles demandent :

  • un Conseil législatif élu,
  • un gouvernement responsable,
  • une administration plus juste,
  • la fin des abus du gouverneur et de l’oligarchie coloniale.

Autrement dit : réformer le système britannique, pas s’en débarrasser.

C’est important, parce qu’on nous répète depuis 50 ans que les Patriotes voulaient faire un « Québec libre avant l’heure ». En réalité, la majorité ne voulait qu’un Québec… britannique, mais mieux administré. Le modèle rêvé, ce n’était pas la France révolutionnaire ni les États-Unis : c’était Westminster, mais sans les petits tyrans locaux.

On est loin, très loin du fantasme indépendantiste moderne.

Le camp des Patriotes était tout sauf homogène

Quand on dit « les Patriotes », on imagine un bloc uni, cohérent, marchant dans la même direction, brandissant la même vision politique.

Sauf que non.

Le vote même sur les résolutions de 1834 fut profondément divisé. Plusieurs députés du Bas-Canada — des francophones — jugeaient le document trop radical ou mal ficelé. La cohésion idéologique n’était pas plus solide que celle d’un congrès péquiste.

Et surtout : le mouvement se fracturera très vite.

Papineau et les parlementaires voulaient des réformes institutionnelles.

D’autres, comme les frères Nelson, vont dériver vers l’insurrection armée.

Les habitants du monde rural avaient des motivations souvent locales et sociales, rien à voir avec un projet national.

Bref, ce n’est pas un parti uni : c’est une auberge espagnole patriote où chacun apporte sa propre interprétation de la crise.

Ironie de l’histoire : le premier chef indépendantiste était… un anglophone, fils de loyaliste

Et voici l’élément qui rend tout cela absolument délicieux sur le plan historique.

La seule vraie déclaration d’indépendance du Bas-Canada — celle de février 1838, proclamée en exil — n’a pas été rédigée par Papineau, ni par un « pur Canadien français », ni même par un artisan du terroir inspiré par Jefferson.

Non.

Elle a été rédigée et proclamée par Robert Nelson.

Un médecin.

Un anglophone.

Fils d’un loyaliste qui avait combattu… pour la Couronne britannique.

Oui, tu as bien lu, la seule proclamation officielle d’indépendance du Québec a été écrite par un Britannique qui parlait anglais et dont le père avait servi l’Empire.

Si ce n’était pas vrai, personne n’oserait l’inventer.

Et encore là, cette déclaration n’a jamais été votée par l’Assemblée, ni appuyée par la majorité du mouvement patriote. Elle émane d’un petit groupe radical, en exil aux États-Unis, tentant de transformer une révolte locale en version québécoise de la Déclaration de 1776.

Mais la greffe ne prend pas. Les Patriotes n’ont jamais parlé le langage idéologique de Jefferson, ni celui du jacobinisme. Leur histoire, leur droit, leurs références, leurs attentes… tout est britannique.

1837 n’est pas 1776. Point final.

On voudrait croire que les Patriotes ont cherché à répliquer le geste fondateur des États-Unis. C’est séduisant : deux peuples voisins, deux colonies, deux révoltes contre une métropole anglaise.

Mais les faits ne collent pas.

Les Américains réclamaient l’indépendance politique, rapidement et explicitement.

Les Patriotes réclamaient la responsabilité ministérielle, la modernisation des institutions… et le respect des règles constitutionnelles britanniques.

Les Américains se sont battus contre Londres.

Les Patriotes se battaient… pour être mieux entendus par Londres.

Avouez que ce n’est pas tout à fait la même chose.

Et quand certains radicalisent le discours en 1838, ce n’est pas Papineau qui mène, mais un anglophone de culture… très américaine. Formé à Harvard.

La comparaison ne fonctionne pas.

Elle n’a jamais fonctionné.

Et elle confond deux réalités historiques qui n’ont rien en commun.

Au fond, le Québec est une société britannique… qui parle français

C’est peut-être là le vrai tabou historique.

Nos institutions, notre parlementarisme, notre libertarianisme latent dans les régions (qui frôle parfois le je m’en foutisme, il faut se l’avouer), notre rapport à la propriété, nos chartes, nos débats politiques, notre méfiance envers l’exécutif, notre amour du parlement : tout cela, c’est profondément britannique.

Sans parler de nos déjeuners qui s’apparentent plus à un full english breakfast qu’à un plateau du boulanger. C’est un exemple banal, mais révélateur.

Il n’y a rien de français-révolutionnaire là-dedans.

Rien.

Pas d’esprit jacobin. Pas d’héritage gaulliste. Pas de culte présidentiel. Pas de centralisme étouffant. Pas de monarchie absolue laïque à l’Hexagonale.

Même après 260 ans, le Québec demeure une société constitutionnellement britannique, avec un parlement, une common law (en criminel), un rapport anglo-saxon à la liberté individuelle, et une suspicion très britannique envers la bureaucratie coloniale (devenue bureaucratie provinciale).

Nous sommes, au fond, des Britanniques qui parlent français.

Et c’est exactement ce que les Patriotes étaient.

Ils n’ont pas voulu s’émanciper de l’Empire.

Ils ont voulu que leur place dans l’Empire soit respectée.

Ils n’ont pas essayé de copier Jefferson.

Ils ont essayé de corriger Gosford.

Et l’ironie ultime, c’est que la seule tentative d’imiter 1776 fut dirigée par un anglophone, fils de loyaliste, devenu chef malgré lui d’un mouvement qui n’avait jamais demandé cela.

L’histoire du Québec devient beaucoup plus claire — et beaucoup plus adulte — dès qu’on accepte cette évidence.

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Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

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