Gens de droite,
Depuis plusieurs défaites électorales, vous ruez dans les brancards voulant absolument changer de chef. Que ce soit au Parti conservateur du Québec ou au Parti conservateur du Canada, vous ne faites que demander le départ de vos chefs, dans ce cas Éric Duhaime et Pierre Poilievre. Or, lorsque vous demandez leur démission, vous n’êtes pas fichus de penser à un réel successeur complet. Il est bien beau de vouloir mettre les chefs dehors, encore faut-il préparer l’avenir de vos partis.
Votre seule analyse des défaites est la suivante : « Pierre Poilievre a gaspillé l’avance de 20 % », « Éric Duhaime a perdu, donc il doit démissionner », ou encore « Pierre Poilievre est un mini-Trump, donc il doit démissionner ». On va mettre quelques petits aspects au point : d’une, Pierre Poilievre, même au sommet des sondages, était crédité entre 40 et 45 % des votes et il a fait 41 %, ce qui est un record de voix historique depuis Brian Mulroney et de deux, il a largement augmenté le nombre de députés conservateurs, passant de 119 à 142 députés. Pierre Poilievre a réussi ce qu’aucun des chefs conservateurs depuis 2015 n’a réussi à faire : augmenter le nombre de ses députés. Pour ce qui en est d’Éric Duhaime, quand il arrive à la barre du PCQ, le parti faisait à peine 1 % aux élections. Or, même s’il n’a obtenu aucun élu aux élections générales de 2022, il a quand même obtenu 12 % des voix.
À présent, Pierre Poilievre brave la tourmente à cause d’une partie d’une vidéo prise hors contexte le faisant mal paraître (il est fortement recommandé d’écouter son intervention au complet avant de juger). S’en suit aussi la démission d’un député conservateur de la Nouvelle-Écosse, à présent dépeint par les médias subventionnés comme un Red Tory (ce qui est bien ironique pour un pro-vie ayant préféré aller en politique fédérale avec Andrew Scheer plutôt que de rester en politique provinciale avec Tim Huston). Il importe de rappeler que Tim Huston, actuel Premier ministre de la Nouvelle-Écosse, est perçu comme étant un Red Tory. Il n’a trahi son parti que par ambition personnelle et non par idéologie. Le seul objectif des alliés du pouvoir est de vous faire retourner contre les chefs. Ils n’ont pas votre intérêt à cœur, seulement le leur et celui de leurs auditeurs et lecteurs.
Certains d’entre vous tombent dans le piège de ces alliés et demandent le départ de Pierre Poilievre pour le remplacer par d’autres comme Ben Mulroney (bien que bilingue et ayant fait son droit à l’Université Laval, il n’a aucune expérience politique). Certains n’hésiteront pas à objecter que « Mark Carney n’avait aucune expérience politique et pourtant il est Premier ministre ». Il serait facile d’écraser cet argument en rétorquant que les principaux médias soutenant les adversaires par propagande médiatique feront toujours preuve d’un double standard vis-à-vis des « qualifications du chef ».
Certains d’entre vous auraient tendance à penser que si vous changez de chef pour un autre plus beige plus « consensuel », vos partis seront plus appréciés par la caste médiatique. Il n’en est rien. Quiconque pense ceci a la mémoire courte, car tous les chefs conservateurs ont été malmenés par cette caste médiatique depuis même la fondation du Parti conservateur en 2004. Même Stephen Harper devait affronter les médias. Toutes les campagnes électorales conservatrices ont dû être menées à contrecourant des principaux médias canadiens. Éric Duhaime l’a très bien compris, au point que lors de son élection partielle dans Arthabaska-L’ Érable, il donnait très peu d’entrevues et se focalisait sur le travail de terrain.
Cela empêche-t-il de critiquer les chefs? Bien sûr que non. Pierre Poilievre mérite des critiques à la suite des dernières élections fédérales. Parmi celles-ci figure le choix de certains candidats au détriment d’autres qui auraient pu mieux faire. Il aurait pu faire ses points de presse en étant mieux entouré, au lieu d’en faire un one-man show. M. Poilievre aurait eu avantage à plus aller vers les médias alternatifs comme les podcasts quoiqu’en pensent les médias traditionnels. Il aurait aussi pu adopter une approche plus progressive que drastique en ce qui concerne le délaissement des médias de masse par le Parti conservateur. Il aurait aussi pu présenter une équipe économique. Se représenter dans Carlton était un trop gros risque pour lui et aurait dû se représenter dans un comté plus sûr en Alberta. Ce type de critique peut aussi être appliqué à Éric Duhaime aussi.
La caste médiatique essaiera de vous faire peur, notamment certains chroniqueurs, par rapport à la composition de l’équipe conservatrice. Un de ses chroniqueurs va critiquer le fait qu’Andrew Scheer soit encore dans l’entourage des conservateurs (ce qui est un peu hypocrite considérant que ce chroniqueur fut Lieutenant politique pour le Québec quand M. Scheer était chef du parti). D’autres chroniqueurs ne feront que déverser leur fiel sur Pierre Poilievre en disant que Jenni Byrne (qui était directrice générale du PCC) est encore là. Or, Jenni Byrne a « démissionné » en août dernier, donc l’acharnement en ce qui la concerne ne devrait plus durer. L’équipe de terrain a même changé. Faut-il ajouter que la plupart des personnes souhaitant le départ de Pierre Poilievre et d’Éric Duhaime ne sont même pas des sympathisants du PCC et du PCQ et, par conséquent, ne voteront jamais pour ces partis. Il sera donc impossible de les satisfaire.
Vous ne devez pas vous laisser distraire par des tentatives de nouvelles futiles venant cette caste médiatique qui prône constamment le décès du Parti conservateur, que ce soit celui du Canada ou celui du Québec. Si vous pensez que changer de chef fera en sorte que ces mêmes médias auront une image positive du PCC ou du PCQ, vous faîtes partie du problème. Vous devez garder la tête froide et ne pas réagir de façon émotive. L’émotion ne fera que vous inciter à adopter une vision à court terme, en ce sens le changement de chef. De plus, changer de chef à chaque élection ne servira pas le parti pour lequel vous militez. Dîtes-vous qu’à chaque fois que vous mettez un chef de parti à la porte, ce n’est pas qu’une personne que vous mettez dehors, mais toute l’organisation et le travail effectué depuis des années. Une nouvelle organisation prend du temps à se mettre en place et à mettre en œuvre les directives. Pour les partis conservateurs, le temps est une ressource qu’il est impossible à se payer. Tout sera toujours à recommencer, ce qui ne permettra jamais aux partis conservateurs d’accéder au pouvoir. La vision à long terme est donc plus nécessaire que jamais.
Vous devez arrêter de vous comporter comme des perdants. Demander la démission de vos chefs à chaque petite zone de turbulence constitue une attitude de perdants. Vous cherchez à faire table rase au lieu de braver la tempête. Vous desservez la cause que vous prétendez servir. Vous ne faites qu’accentuer la division au lieu de la réparer. Se comporter comme un gagnant, même dans des moments de défaite, consiste à garder le chef actuel tout en procédant progressivement à des modifications au sein même de l’équipe, que ce soit l’ajout ou le retrait de personnes ou encore de modifier progressivement l’image.
Certes, votre frustration à la suite des défaites est parfaitement légitime. Cependant, vous ne devez pas céder à ce type d’émotions. Vous devez vous cracher dans les mains, rebâtir vos associations locales, vous unir, vous mobiliser et aller voter au lieu de vous plaindre. La gauche, tant qu’elle verra la droite divisée, ne se divisera pas. En revanche, elle vacillera quand elle verra une droite unie malgré ses différences. Gens de droite, unissez-vous !

