Vendredi, janvier 9, 2026

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Police, images-chocs et procès publics : quand l’exception détruit la réalité

Quand une vidéo devient un verdict

Au Québec, le débat sur la police a glissé vers une dérive inquiétante : celle du procès médiatique permanent. Une image, souvent sortie de son contexte, suffit désormais à effacer des années de service, de professionnalisme et d’interventions irréprochables. Cette logique n’améliore ni la justice ni la sécurité publique. Elle alimente plutôt la méfiance, le ressentiment et l’amalgame.

Il est temps de remettre certaines choses à leur juste place.

George Floyd : un drame réel… devenu un raccourci dangereux

La mort de George Floyd demeure un drame réel et un abus grave, reconnu comme tel par les tribunaux américains. Le policier impliqué a été condamné, et à juste titre. Ce geste n’était ni légal, ni proportionné, ni défendable.

Mais ce cas précis est devenu, dans le discours public, un symbole totalisant. Il est désormais utilisé comme raccourci pour juger l’ensemble des forces policières, y compris au Québec. C’est précisément là que le raisonnement déraille.

Pourquoi comparer le Québec aux États-Unis est une erreur

Le contexte américain n’est pas le nôtre. Il est marqué par la prolifération massive des armes à feu, par une violence criminelle structurellement plus élevée et par des doctrines d’intervention profondément différentes.

Importer ce drame tel quel dans l’analyse de la police québécoise relève moins de la réflexion que de l’émotion politique.

Matricule 728 : le visage québécois d’un débat mal posé

Le Québec possède toutefois son propre cas emblématique. Stéfanie Trudeau, connue du public sous le matricule 728, est devenue malgré elle un symbole durable.

Lors du Printemps érable de 2012, des images d’interventions musclées filmées lors de manifestations étudiantes ont suffi à faire d’elle l’incarnation médiatique de la brutalité policière. Peu importait alors le contexte, la chronologie ou l’ensemble de sa carrière. L’étiquette était posée.

Servir l’État, puis être laissé seul

Des années plus tard, dans le livre Matricule 728, servir et se faire salir, écrit par Bernard Tétrault, elle relate non seulement les événements, mais surtout son profond sentiment de trahison.

Elle y décrit l’abandon ressenti de la part de sa hiérarchie et de son syndicat, ainsi que le poids d’une condamnation publique vécue sans véritable procès équitable. Que l’on apprécie ou non son style d’intervention, un fait demeure : une carrière entière de service a été réduite à quelques séquences vidéo, répétées en boucle et figées hors de leur contexte opérationnel.

30 secondes de vidéo contre 20 ans de service

Nous vivons désormais à une époque où une caméra ne montre qu’un angle, où quelques secondes remplacent des années de travail et où l’émotion supplante systématiquement l’analyse.

Un policier peut gérer des milliers d’interventions sans incident. Cela ne comptera jamais autant qu’un extrait viral de trente secondes. Cette logique est dangereuse, car elle envoie un message clair : peu importe ton dossier, une seule intervention mal perçue peut tout effacer.

Ce n’est pas de la reddition de comptes. C’est une dissuasion morale inversée.

Punir les fautes, pas l’uniforme

Soyons clairs : les abus policiers existent et doivent être sanctionnés. Personne ne réclame l’immunité. Mais la responsabilité doit demeurer individuelle, contextualisée et proportionnée.

Transformer chaque dérapage en acte d’accusation contre toute une profession est une erreur lourde de conséquences, particulièrement au Québec, où les abus graves sont statistiquement rares, où la formation est plus encadrée et où la culture policière est nettement moins militarisée qu’aux États-Unis.

Assimiler systématiquement un policier québécois à un bourreau potentiel n’est pas seulement faux. C’est profondément injuste.

À force de soupçonner la police, on fragilise la société

À force de traiter les policiers comme des suspects permanents, on démoralise les bons agents, on décourage les recrues compétentes et on accentue la rupture entre citoyens et institutions.

Une police paralysée par la peur du tribunal médiatique n’est ni plus juste ni plus humaine. Elle est simplement moins efficace.

La nuance n’est pas une faiblesse

On peut condamner George Floyd sans importer aveuglément le modèle américain au Québec. On peut critiquer Matricule 728 sans nier qu’une carrière entière puisse être injustement salie.

Refuser l’amalgame n’est pas un luxe intellectuel. C’est un devoir civique.

Au Québec, la grande majorité des policiers font correctement leur travail. Les nier au nom de quelques images-chocs, c’est céder à l’émotion au détriment des faits. Et une société qui choisit l’émotion contre la vérité finit toujours par en payer le prix.

Conclusion — L’exception fait du bruit, la compétence fait société

Oui, certains policiers sont moins bons. Oui, certains commettent des erreurs. Et oui, quelques-uns dérapent gravement. Mais cette réalité n’est ni propre à la police, ni nouvelle, ni surprenante. Elle est humaine.

On ne juge pas la médecine à partir d’un chirurgien négligent. On ne condamne pas l’enseignement à cause d’un professeur incompétent. On ne discrédite pas le journalisme parce que certains manipulent les faits. On n’abolit pas la justice parce que des juges se trompent. Dans tous ces métiers, la vaste majorité fait correctement son travail — souvent dans l’ombre, sans reconnaissance, sans caméras.

Pourquoi la police devrait-elle être la seule profession à laquelle on refuse cette nuance élémentaire?

La différence, c’est la visibilité. Un policier agit en public, sous tension, parfois en une fraction de seconde. Chaque erreur est filmée, disséquée, rejouée au ralenti, jugée avec le confort du recul et de l’émotion. Des années de service exemplaire peuvent être balayées par quelques secondes d’images mal comprises. L’exception devient le symbole. La faute individuelle devient une condamnation collective.

C’est une erreur profonde.

La réalité, au Québec, est simple et dérangeante pour les discours radicaux : la majorité des policiers sont compétents, professionnels et animés par un réel sens du devoir. Ils gèrent la détresse mentale, la violence, la misère sociale et les conflits que la société elle-même n’arrive plus à contenir. Ils ne sont ni des héros intouchables ni des bourreaux systémiques. Ils sont des travailleurs de première ligne, avec leurs forces et leurs limites.

Refuser de le reconnaître, c’est affaiblir inutilement une institution essentielle. C’est décourager les bons, protéger les cyniques et éloigner ceux qui pourraient faire mieux. Une société mature ne choisit pas entre l’aveuglement et la diabolisation. Elle choisit la responsabilité, la proportion et la lucidité.

Car à la fin, ce ne sont pas les slogans qui maintiennent l’ordre.
Ce sont les professionnels compétents — dans la police comme ailleurs — que l’on accepte enfin de juger avec équité.

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