En relations internationales, nous vivons dans un monde multipolaire où trois grandes puissances mènent la charge : les États-Unis, la Chine et la Russie. La France et l’Europe ne semblent plus être des acteurs majeurs sur la scène extérieure. Je me suis entretenu avec un expert de la politique française et des questions européennes, Ghislain Benhessa.
Entretien
Simon Leduc : Comment la classe politique française a-t-elle réagi face à la chute du régime Marudo au Venezuela?
Ghislain Benhessa : « Tout d’abord, on a encore eu de la difficulté à comprendre la position du président Macron. Le jour de l’événement, ce dernier a dit sur X que la chute de Maduro était une bonne nouvelle, car le peuple vénézuélien a été libéré d’un régime dictatorial. Il a salué le geste des États-Unis. Or, le lendemain, il a affirmé le contraire sur le réseau social X. M. Macron a estimé que le droit international a été violé par le geste unilatéral de Donald Trump. Il a clamé que la position des États-Unis était indéfendable, car ils ont agi unilatéralement. Donc, le président de la France a dit tout et son contraire et ce n’est pas la première fois qu’il procède de la sorte.
D’autre part, Marine Le Pen a dit qu’on doit se méfier de ce genre d’opérations menées contre la souveraineté d’un État. C’est-à-dire qu’elle déplore l’action du président Trump contre un pays souverain. Elle n’était pas très favorable à l’opération unilatérale des forces armées américaines au Venezuela.
La droite française n’a pas eu une grande admiration face aux agissements des États-Unis dans ce dossier. Il y a seulement une figure de proue qui a fait cavalier seul, Bruno Retailleau. Cet ancien ministre sous Macron estime que le droit pénal n’a pas été violé. Ce dernier a dit que l’intervention américaine n’a pas bafouée le droit international. Il a eu une position plus nuancée que les autres sur la légitimité de l’action menée par les Américains.
Également, Éric Zemmour a compris que l’intervention américaine a fait valser le droit international. Il pense que les relations internationales sont maintenant fondées sur la force et la violence. Le geste de la puissance américaine a fait éclater le droit international. Le leader de Reconquête estime que le comportement du président Trump est cohérent avec la façon que les Américains agissent sur la scène mondiale. Je dois lui donner raison, car les États-Unis ont souvent agi seuls sur la scène extérieure sans tenir compte du droit international. Les exemples du Kosovo en 1999 et l’invasion de l’Irak de 2003 le prouvent bien.
Sur le flanc gauche, on a fortement critiqué le geste de Donald Trump. Une partie de la gauche (les modérés) n’a pas osé réprouver fortement l’intervention américaine parce que cela a mené à la libération du peuple vénézuélien. C’est une critique de Trump non pas sur le fond de l’opération, mais sur les conditions de cette action. Tandis que Jean-Luc Melenchon a clairement dénoncé le geste du président américain. Le chef de la France insoumise n’a jamais caché sa sympathie pour les régimes sud-américains, notamment celui de Nicolas Maduro. Auparavant, M. Melenchon a affiché une certaine complaisance pour le régime socialiste vénézuélien. Cela donne l’impression que les Insoumis détestent plus Donald Trump qu’un dictateur de la trempe de Maduro. Ce parti politique, pour des raisons idéologiques, se range toujours du côté de ceux qui sont défavorables au bloc occidental. Melenchon fait cela pour conserver ses appuis politiques provenant d’un électorat qui est hostile aux États-Unis. »
Comment la France et l’Europe vont se démarquer dans ce nouveau monde multipolaire dominé par trois grands empires : la Russie, les États-Unis et la Chine?
Ghislain Benhessa : « Il faut dire que l’Europe est en déclin sur la scène extérieure. Depuis les années 1950, la France et l’Europe dépendent directement des États-Unis. L’Union européenne a été créée sous l’égide des Américains. Jean Monnet, qui a été un des architectes de la construction européenne, était proche de la puissance américaine. Aujourd’hui, l’UE est largement subordonnée au géant américain. Par exemple, le président Trump a dit que les Européens ont vécu sous le crochet des États-Unis depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Ce dernier pense que le vieux continent doit maintenant se défendre tout seul. J’estime que l’Europe s’est largement développée depuis cinquante ans sous la protection américaine. Donc, celle-ci est faible sur la scène mondiale depuis 70 ans.
L’Europe est un empire qui ne va pas bien et je pense qu’il est artificiel. Les bâtisseurs de l’UE ont cru pouvoir créer une citoyenneté européenne qui allait mener à la naissance d’un peuple européen. Ce fut une grosse erreur, car le nationalisme est de retour en force dans tous les pays de l’UE. Il y a un peuple français, allemand, italien, etc. Le peuple français n’est pas similaire au peuple allemand et hongrois. On ne peut pas demander à des peuples de se fondre dans un même ensemble. C’est cet aspect qui explique l’échec de l’Union européenne.
Aujourd’hui, le monde est dominé par trois grandes puissances, les États-Unis, la Russie et la Chine. Dans cette nouvelle réalité, l’Union européenne est destinée à n’être qu’un protectorat américain. L’Europe est en déclin sur les plans économique et militaire. Sur le plan énergétique, l’UE est dépendante des Américains, car elle est en conflit avec les Russes. Elle ne pouvait plus s’approvisionner avec la Russie. Le vieux continent est un îlot faible qui est dépendant des puissances étrangères. C’est un empire à l’agonie qui est en train de se sortir de l’Histoire. »


