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Je suis progressiste et voterai pour le PCQ aux prochaines élections

Voilà, la bombe est lancée.

Vous avez bien lu : je suis progressiste et je voterai conservateur aux prochaines élections.

Avant de me lancer des tomates et de m’humilier comme certains militants « solidaires » savent si bien le faire, permettez-moi d’expliquer pourquoi.

Depuis que j’ai l’âge de voter, j’ai toujours voté Québec solidaire. À l’époque de Françoise David, ce parti incarnait quelque chose qui me parlait profondément : le progressisme, la solidarité, mais surtout l’espoir d’un monde meilleur.

Ça n’en prenait pas beaucoup plus pour m’embarquer. Je suis un être un peu irrationnel et, manifestement, une certaine forme de licorne politique.

Ce n’est pas moi qui ai quitté QS. C’est QS qui m’a quitté.

Quelque chose s’est brisé.

Au fil des dernières années, j’ai eu le sentiment que le parti avait perdu une partie de son identité et, surtout, cette flamme qui m’avait attiré vers lui. Il s’est progressivement dissous dans la machine politique qu’il cherchait pourtant à transformer.

Il s’est mis, lui aussi, à jouer au même jeu électoraliste et hyperpartisan que les autres : chaque adversaire devient un ennemi, chaque débat une bataille, chaque concession une trahison. Et surtout, j’ai l’impression qu’il a perdu quelque chose de beaucoup plus important : l’espoir.

Et si l’espoir était devenu conservateur?

Aujourd’hui, aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est chez les conservateurs que je le retrouve.

Pendant que les quatre autres partis me parlent principalement de ce qui va mal et de ce qu’il faut empêcher, le PCQ me parle davantage de ce qui pourrait fonctionner : réformer le gouvernement, le rendre plus efficace et faire en sorte qu’il serve mieux ses citoyens.

Pour moi, le progressisme ne se résume d’ailleurs pas au progrès social. Il concerne aussi le progrès politique : notre capacité à faire évoluer nos institutions, à remettre en question ce qui ne fonctionne plus et à imaginer de nouvelles façons de gouverner.

C’est précisément ce qui me rapproche aujourd’hui du PCQ. Sur le plan social, je demeure progressiste et certaines de mes lignes rouges sont très claires. Mais sur le plan politique, j’ai l’impression que ce sont paradoxalement les conservateurs qui me proposent davantage de mouvement.

Je ne vois donc pas de contradiction entre le fait d’être progressiste et celui de voter conservateur. Si le progrès consiste aussi à faire évoluer nos institutions, la question n’est pas de savoir qui porte l’étiquette « progressiste », mais plutôt qui propose réellement d’avancer.

D’ailleurs, dès qu’on connaît un peu l’histoire politique canadienne, on sait que le Parti progressiste-conservateur du Canada a existé de 1942 à 2003. Preuve que les deux notions peuvent cohabiter dans un même espace politique.

On peut évidemment critiquer les propositions du PCQ, voire le leadership de Duhaime. Je le fais moi-même. Mais au moins, il y a une volonté de transformer quelque chose.

Même leur affiche inspirée de celle de Barack Obama et de son fameux « Hope » m’a interpellé. On peut y voir une récupération politique de mauvais goût. Pour ma part, j’y vois surtout un parti qui reconnaît la force symbolique d’une grande figure progressiste de notre époque : le premier président noir des États-Unis.

Barack Obama nous avait parlé d’espoir en 2008. Ça a plutôt bien fonctionné politiquement pour lui, non?

Je m’en souviens encore. J’avais 15 ans. Et je crois que c’est précisément cette émotion politique qui me manque aujourd’hui.

Si QS recommençait à me parler d’espoir, peut-être que j’envisagerais de voter pour lui à nouveau. S’il commençait aussi à me parler de réorganiser l’État plutôt que de simplement le préserver tel qu’il existe, ma porte serait encore plus ouverte.

Parce que, sur ce point, j’ai parfois l’impression que QS est devenu le conservateur de l’appareil gouvernemental, tandis qu’Éric Duhaime et le PCQ occupent paradoxalement un espace qui ressemble davantage à celui des réformateurs.

Et ça, je trouve ça fascinant.

Être progressiste, même quand les progressistes ne le sont plus

Évidemment, j’ai une ligne rouge : l’accès à l’avortement.

Lorsque Duhaime a rabroué son candidat Dominique « Doom » Dumas après ses déclarations visant à rouvrir cette boîte de Pandore, j’ai été rassuré. Si le PCQ décide un jour de remettre en question le droit à l’avortement, je débarque. Simplement.

Mais je dois aussi jouer au progressiste jusqu’au bout.

Je veux saluer le courage politique de plusieurs femmes qui prennent de plus en plus leur place dans le mouvement conservateur québécois. Je ne les nommerai pas ici, non pas parce que leur travail ne mérite pas d’être reconnu, mais parce que je n’ai aucune envie de les voir réduites à leur orientation politique par certains militants « solidaires ».

Parce qu’il faut bien le dire : le progressisme contemporain a parfois un drôle de réflexe lorsqu’une femme de pouvoir est à droite. On cesse alors de voir la femme, son parcours, son intelligence ou son courage politique. On ne voit plus que son idéologie.

Une « bonne » femme doit être une femme de gauche. C’est ça, le progrès social que défendent ces « solidaires »?

Nous ne sommes évidemment pas encore arrivés à l’équité parfaite. Mais il reste intéressant de constater que le PCQ compte actuellement autour de 35 % de candidatures féminines, contre environ 22 % pour le Parti conservateur fédéral.

Et le chef du PCQ est ouvertement gai.

Moi qui viens de la gauche, je trouve ça plutôt intéressant.

Pour avoir été récemment davantage en contact avec le milieu conservateur québécois, je serais très surpris que cette proportion de femmes ne continue pas d’augmenter dans les prochaines années.

Faut-il y voir un signe que même nos conservateurs québécois sont, sur certains enjeux sociaux, plus progressistes qu’on pourrait le croire? Peut-être.

Et si le prochain chef du PCQ était une cheffe, je dois avouer que je serais encore plus satisfait de voir ce parti poursuivre son évolution. Parce que c’est précisément ce qui m’intéresse : un conservatisme québécois capable de se réinventer.

Mon dilemme politique

Les trois autres partis sont trop centristes pour moi.

Eh oui. Votre serviteur n’est finalement pas si centriste que ça.

Leur direction semble parfois se modifier au gré des sondages. QS et le PCQ, eux, ont au moins le mérite d’assumer une direction. Et je choisis aujourd’hui le camp de l’espoir.

Parce que j’ai le sentiment que QS a cessé de m’en parler. Le PCQ, lui, a eu l’intelligence politique d’occuper cet espace laissé vacant.

Alors tant pis.

Reste que j’aime profondément certains aspects de QS et que je me sens encore, à bien des égards, proche de ce parti. Beaucoup de gens de mon entourage — voire de ma propre famille — sont des électeurs solidaires de longue date.

Ce sont des personnes merveilleuses qui œuvrent au réenchantement de ce monde, et je respecte sincèrement leur choix de poursuivre la route avec QS. J’espère simplement qu’elles pourront respecter le mien de ne pas continuer avec elles.

Je reste ouvert à changer d’avis. J’invite même les militants de QS à venir en discuter avec moi. Peut-être que vous réussirez à me convaincre. Peut-être que je reviendrai au bercail.

Si ce n’est pas maintenant, peut-être aux prochaines élections.

Mais il faudra me convaincre que QS est encore capable de me parler d’espoir.

Parce que je n’ai pas cessé d’être progressiste. Je considère simplement que le progrès ne se limite pas au progrès social : il peut aussi être institutionnel, politique et administratif.

Et si c’est le cas, alors il est parfaitement possible de vouloir faire progresser la société tout en votant pour un parti qui se définit comme conservateur.

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