Récemment, un « BBQ-pétanque antifasciste » a été organisé à Montréal par le Front antifasciste populaire, une organisation qui se présente sur sa page Facebook comme un « regroupement de collectifs et d’individus servant à l’éducation populaire et à la mobilisation contre l’extrême droite ».
Le journaliste Philippe Sauro Cinq-Mars a vivement dénoncé cette initiative, allant jusqu’à appeler à ajouter « Antifa » à la liste des groupes terroristes. Une proposition pour le moins extrême, compte tenu du contexte.
Mais au fait, qu’est-ce qu’« Antifa » ?
Le terme désigne généralement un mouvement politique décentralisé d’extrême gauche qui se donne pour objectif de lutter contre le fascisme et l’extrême droite. La lutte contre le fascisme n’a évidemment rien d’extrême en soi. Ce qui situe certains courants antifa à l’extrême gauche, c’est que leur projet politique dépasse largement la seule opposition au fascisme. Et curieusement, cette partie de leur projet semble moins présente dans leur discours d’« éducation populaire ».
Je ferai donc l’éducation populaire à leur place.
Certains courants antifa revendiquent des convictions anarchistes et communistes. Ils souhaitent notamment l’abolition du capitalisme et le renversement de l’ordre socio-économique actuel. Employer le terme « extrême gauche » dans ce contexte n’est pas un jugement moral. C’est simplement une façon de situer ces idées dans le spectre politique.
Et lorsque l’extrémisme politique ne se trouve pas dans les discours ou les actions mises de l’avant, il peut parfois se retrouver dans les symboles.
Celui auquel ces antifas d’extrême gauche se rallient est un logo avec deux drapeaux sur fond blanc, entourés d’un cercle noir, avec l’inscription « Antifascist Action » en lettres blanches. Le drapeau rouge renvoie à la tradition anarchiste, tandis que le drapeau noir est associé au communisme.
Le Front antifasciste populaire a repris une esthétique pratiquement identique pour son événement de pétanque antifasciste : deux boules, l’une rouge et l’autre noire, sur fond blanc, le tout entouré d’un cercle noir portant l’inscription « Pétanqueurs de Montréal Antifasciste », en lettrage blanc.
Pourquoi ne pas les reconnaître pour ce qu’ils sont : des anarcho-communistes ?
Je n’ai évidemment aucun problème avec l’organisation d’un BBQ ou d’une partie de pétanque. Je n’ai pas non plus de problème avec les convictions anarchistes ou communistes, même si je ne les partage pas.
Mon problème est plutôt celui de la transparence.
La stratégie de certains de ces groupes anarcho-communistes semble consister à entretenir une certaine confusion politique, au risque de faire passer leurs convictions idéologiques sous le radar. L’antifascisme devient alors une couverture. On se l’approprie pour instaurer un faux dilemme : eux ou le fascisme. Si vous refusez leur projet politique, vous êtes nécessairement un fasciste.
J’ai pourtant une nouvelle pour eux : il est parfaitement possible d’être antifasciste sans être anarchiste ou communiste. Autrement dit, l’antifascisme n’appartient pas à l’extrême gauche. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à une idéologie anarchiste ou communiste pour rejeter le fascisme. Il suffit de ne pas être fasciste.
Le problème, c’est que cette confusion finit par décrédibiliser la lutte antifasciste auprès d’une partie de la population. Elle associe, dans l’imaginaire collectif, l’antifascisme à l’extrême gauche et risque ainsi de démobiliser des gens qui ne veulent absolument pas du fascisme, mais qui ne veulent pas davantage d’un projet anarcho-communiste.
Pour ma part, je suis évidemment opposé à l’idée d’ajouter « Antifa » à une liste de groupes terroristes. La définition d’« Antifa » est beaucoup trop large, décentralisée et contestée pour justifier une telle désignation.
C’est précisément ce que l’extrême droite souhaiterait : criminaliser l’antifascisme dans son ensemble. Je refuse de jouer ce jeu.
D’autant plus qu’à ma connaissance, les groupes anarcho-communistes dont il est question ici n’ont pas perpétré d’actes correspondant à la définition juridique du terrorisme. En revanche, si leur objectif est réellement de faire de « l’éducation populaire », j’aimerais qu’ils éduquent également la population sur ce qu’ils défendent réellement comme projet politique. Que les citoyens sachent clairement dans quoi ils s’embarquent.
Parce que s’il faut dissimuler ou minimiser ses propres convictions politiques pour convaincre les gens d’adhérer à un mouvement, c’est peut-être parce qu’ils n’en veulent pas. Qu’ils les éduquent aussi sur l’extrême gauche ; peut-être qu’ils s’y joindront quand même. Qui sait ?
Et surtout, s’ils décident un jour de commettre des actes juridiquement répréhensibles, qu’ils comprennent au moins une chose : leurs gestes ne devraient pas contribuer à marginaliser l’antifascisme dans son ensemble. Donc, se présenter comme anarcho-communistes contre le fascisme aura au moins le bénéfice de peut-être épargner la réputation de l’antifascisme. S’ils prétendent réellement lutter contre le fascisme, ce serait probablement la meilleure façon de lui rendre service dans ce contexte.
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