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Alléluia! Après Hubble, autour de Roman de s’envoyer en l’air!

Ce calembour coïtal douteux aura su capter votre attention à coup sûr. Parce que sexe.

Mais ce n’est pas tout à fait de sexe que j’ai envie de vous parler aujourd’hui. Plutôt d’astronomie.

Mon premier amour

Oui. Avant l’histoire des idées, la philosophie et la politique, c’est l’astronomie qui a fait battre le cœur de votre serviteur.

Pour ensuite bifurquer vers les sciences humaines, parce qu’il n’avait pas envie de se taper les maths pour ça!

Alors laissez-moi vous parler un peu de science aujourd’hui, parce qu’il se passe quelque chose d’assez cool en ce moment dans cet Univers.

Ce dimanche 30 août, le télescope spatial Nancy Grace Roman s’est envolé depuis le Centre spatial Kennedy, en Floride, à bord d’une fusée Falcon Heavy, gracieuseté de… SpaceX.

Viande à chien, Elon Musk a trouvé un moyen de se faufiler dans ma chronique.

On délaisse la politique et l’économie aujourd’hui, si vous le voulez bien. On va simplement sourire et le remercier pour sa contribution ici.

Nancy Grace Roman?

Oui. L’astronome qui lui a donné son nom.

Une des grandes astronomes américaines du XXe siècle.

Je ne la connaissais même pas avant qu’elle s’envole dans le ciel il y a à peine quelques jours!

Je connaissais par contre Edwin Hubble, un autre astronome majeur du même siècle, qui a donné son nom à un autre télescope spatial : Hubble.

Présentement en service depuis 36 ans, il nous a offert certains des clichés du cosmos les plus mémorables de l’histoire de l’astronomie.

Mais savez-vous QUI a été l’une des principales architectes scientifiques du télescope Hubble?

Qui a défendu le projet au sein de la NASA? Contribué à obtenir son financement? Constitué un comité d’astronomes et d’ingénieurs chargé d’imaginer ce que pourrait être le futur grand télescope spatial?

Yep.

Nancy Grace Roman.

Je sais que j’ai dit que je ne ferais pas de politique, mais pourquoi ne lui a-t-on pas donné son nom au télescope Hubble et vice-versa?

Je ne veux évidemment rien enlever à Edwin Hubble. Ses contributions à l’astronomie sont titanesques. C’est notamment lui qui a démontré que la Voie lactée n’était qu’une galaxie parmi une quantité vertigineuse d’autres galaxies.

Il a contribué à nous faire sentir très, très petits.

Et bon, ce n’est pas grave.

Les temps changent. Les contributions des femmes à la science sont de mieux en mieux reconnues, et ceci me réjouit.

Et puis, selon les architectes du projet, le télescope Roman pourra cartographier en quelques années des portions du ciel que Hubble mettrait des décennies à couvrir.

Nous sommes quittes, je crois.

Revenons à la science. Voici les trois grands objectifs scientifiques de Roman.

Faire un recensement massif des exoplanètes

Roman devrait considérablement augmenter notre connaissance des planètes qui existent à l’extérieur de notre système solaire.

Il utilisera notamment la microlentille gravitationnelle, une méthode qui permet de détecter des planètes autrement très difficiles à observer, y compris des mondes relativement éloignés de leur étoile. La gravité des planètes peut perturber la lumière de l’étoile que l’on reçoit.

Son coronographe expérimental, quant à lui, servira à tester une technologie qui permet de bloquer la lumière aveuglante d’une étoile pour tenter d’observer directement les objets qui l’entourent. Mais genre, beaucoup mieux que celui de Hubble.

Pourquoi est-ce que ça nous intéresse?

Parce qu’on veut savoir à quel point notre planète et notre système solaire sont normaux… ou exceptionnels.

Les milliers d’exoplanètes déjà découvertes nous ont montré que les systèmes planétaires peuvent être organisés de toutes sortes de façons qui nous auraient semblé étranges il y a quelques décennies.

Il existe notamment des super-Terres, jusqu’à dix fois la masse de notre planète, ainsi que des mini-Neptunes, des mondes plus gros que la Terre, mais beaucoup plus petits que Neptune.

Et le plus fascinant, c’est que ces catégories de planètes semblent communes, alors que notre propre système solaire n’en possède aucune.

Roman va donc nous aider à répondre à la question de savoir si notre système est banal ou non.

Et, naturellement, on cherche aussi les conditions favorables à la vie sur d’autres mondes.

C’est probablement le volet le plus excitant de l’étude des exoplanètes.

Comprendre l’énergie NOIRE

Voici probablement l’objectif cosmologique le plus important de la mission.

L’expansion de l’Univers s’accélère.

Pourquoi?

Un mouvement présuppose une énergie pour le provoquer. On théorise qu’une composante mystérieuse de l’Univers en est responsable. On l’appelle énergie noire parce qu’on ne la voit pas, mais on sait qu’elle est là parce qu’il y a du monde qui a fait ses maths fortes. Merci pour vos contributions aussi.

Roman va cartographier des milliards de galaxies et mesurer leur distribution ainsi que leur évolution au cours de l’histoire cosmique.

Une des grandes questions sera donc :

Est-ce que l’énergie noire est constante, ou est-ce qu’elle évolue avec le temps?

Si elle ne se comporte pas comme le prévoit notre modèle cosmologique actuel, cela pourrait nous obliger à repenser une partie de notre compréhension de la gravité et de l’Univers.

Rien de moins.

À suivre!

Cartographier la matière NOIRE

La matière noire est encore plus étrange.

Nous ne pouvons pas la voir directement. Pourtant, nous savons qu’elle est là parce que ses effets gravitationnels sont observables.

Et c’est justement là que ça devient intéressant.

Roman observera notamment la manière dont la gravité de la matière située entre nous et les galaxies lointaines déforme leur lumière. C’est ce qu’on appelle la lentille gravitationnelle faible.

En accumulant des observations sur des millions de galaxies, les astronomes pourront reconstruire beaucoup plus précisément la distribution de la matière noire dans l’Univers.

De quoi est-elle constituée?

Comment s’est-elle organisée?

Et comment a-t-elle contribué à la formation des grandes structures cosmiques?

Roman risque de nous aider à y voir beaucoup plus clair.

Pas pire, hein?

Honnêtement, si vous n’êtes pas en train de vous exciter vous aussi en bobette devant votre laptop, vous êtes morts en dedans.

Ce n’est pas vrai.

Je comprends que ce soit difficile de connecter avec ces sujets-là. Pour beaucoup de gens, il existe des enjeux infiniment plus pressants que de trouver de grosses roches avec une atmosphère à des années-lumière de nous.

Est-ce que ça va aider à résoudre le recul de nos démocraties?

L’insécurité alimentaire?

Le coût de la vie?

Non.

Mais comprendre davantage la nature de notre réalité apporte quelque chose de profondément philosophique à nos vies.

Ça nous aide à nous situer dans tout ce bordel-là.

Se faire rappeler à quel point nous sommes petits, avec nos petits problèmes de petits humains, de temps en temps, ça a quelque chose de… réenchanteur.

Quand c’est bien dosé.

Et peut-être que c’est précisément ce dont nous avons besoin de temps en temps : lever les yeux.

Alors merci, Nancy Grace Roman.

De là-haut, Nancy, vous contribuerez une nouvelle fois à ouvrir les yeux de l’humanité sur la beauté saisissante de son Univers. Une fenêtre inédite sur ses mystères.

Désolé de ne pas vous avoir connue avant.

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