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Au dernier sondage Léger, « 74 % des Québécois souhaiteraient un changement de gouvernement et qu’un nouveau parti dirige le Québec ». D’accord. Exit la CAQ, alors! Mais encore? Un changement de gouvernement nous assure-t-il vraiment un changement?

La sentence sera cruelle pour la CAQ, qui pourrait ne faire élire aucun député, mais ô combien satisfaisante pour une population qui souffre d’un manque criant de services et qui n’en a pas pour son argent. Or, le bilan que nous devons sanctionner le 5 octobre prochain n’est pas seulement celui de l’actuelle première ministre de la CAQ. Il est aussi celui d’une classe politique tétanisée devant l’éléphant bureaucratique qu’elle a elle-même créé, nourri et engraissé.

Depuis au moins 20 ans, les gouvernements du PLQ, du PQ et de la CAQ ont bricolé, à tour de rôle, de nouvelles structures, de nouvelles réglementations et une panoplie de projets dits « structurants » que l’honnête citoyen n’a jamais demandés. Assisté de ses alliés syndicaux et des groupes corporatistes à qui l’on a délégué plusieurs manettes du pouvoir, l’État québécois s’enfonce et étouffe sous le poids de déficits structurels.

Pire encore, des lobbies et des militants mondiaux imposent maintenant des projets venus d’organisations supranationales non élues, de minorités bruyantes ou d’idéologies étrangères au bon sens d’une population qui ne s’y reconnaît plus.

Le Québec sous perfusion de crises

Et puis, n’en avons-nous pas assez de nous voir imposer des discours de fin du monde? Après la pandémie, le climat. Après le climat, Trump. Après Trump, l’IA.

Il faut se l’avouer : nous vivons à un moment où tout se bouscule. Guerres, islam politique, immigration massive, ingérences de pays étrangers, obsessions tarifaires du pays voisin… Mais que font nos gouvernements, mis à part tenter de gaver le peuple de peurs, d’angoisses et de Ritalin?

« À quelques jours du scrutin provincial, des poids lourds de Québec inc. préparent une sortie publique afin d’interpeller le prochain gouvernement en matière de politiques économiques », nous apprend La Presse.

« Le Québec fait face à une équation incontournable », mentionnent-ils. « Nous ne pouvons pas durablement vouloir davantage comme société sans créer la richesse nécessaire et accélérer notre croissance économique. »

Un nouvel éclair de lucidité?

Après l’ADQ qui mettait en garde contre le vieillissement accéléré de la population, le Manifeste pour un Québec lucide, le documentaire politique L’Illusion tranquille et les échecs foudroyants de l’interventionnisme économique et écologique, serions-nous enfin arrivés à reconnaître qu’il nous faut maintenant mater la bête du modèle québécois?

Qu’il faut désormais oser alléger, déréglementer et décentraliser? Sortir du dôme protecteur pour plutôt importer des solutions innovatrices qui ont fait leurs preuves ailleurs? N’est-il pas temps d’équilibrer cette fameuse équation que nous ont léguée les gouvernements des dernières décennies?

Le vieux scénario référendaire

Quant à l’axe fédéralisme-souveraineté, sommes-nous encore une fois condamnés à rejouer le scénario du Oui et du Non à l’indépendance du Québec et à en faire la principale question de l’urne?

La population, ici aussi, plus lucide qu’on le pense, semble mieux saisir ce qui s’annonce avec un Parti québécois majoritaire qui imposerait, coûte que coûte, un référendum sur l’indépendance du Québec.

Suivant un sondage Synopsis-La Presse, l’analyste Youri Rivest dévoile :

  • une majorité de Québécois, soit 52 %, sont convaincus que le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, honorera sa promesse et tiendra une consultation populaire s’il prend le pouvoir;
  • à peine 14 % des Québécois croient que le camp du Oui remporterait un éventuel référendum sur la souveraineté;
  • 67 % des répondants prédisent une victoire du camp du Non.

« C’est très spécial », raconte le sondeur Rivest. « On vote pour le Parti québécois, ils vont faire un référendum, puis ils vont le perdre. C’est ça, l’histoire que les gens se racontent. »

Une population lucide, mais malheureusement résignée à se voir imposer une élection référendaire… Quelle pitoyable offre politique, si le premier geste d’une possible souveraineté consiste à soumettre le peuple à une question dont 70 % des électeurs ne veulent pas.

On fait quoi, alors?

Vers un gouvernement péquiste majoritaire?

À quelques jours des élections et après trois débats des chefs de partis, le Parti québécois se « rapprocherait d’une majorité », suppose-t-on.

Si telle est la décision des Québécois, ne nous y trompons pas : la première priorité du gouvernement sera d’orchestrer une nouvelle campagne pour ou contre l’indépendance du Québec. Convaincu qu’une rupture avec le Canada est la seule voie qui puisse assurer la survivance du peuple québécois, le gouvernement délaissera inévitablement les réelles priorités de celui-ci pour plonger le Québec dans un troisième exercice référendaire.

Élire un gouvernement péquiste majoritaire, c’est donc lui donner les pleins pouvoirs pour accomplir sa mission première. Il faudra l’assumer. Car l’exercice sera totalement légitime, et ce, même si les résultats électoraux n’accordent au PQ qu’un maigre 30 % des voix.

Seulement voilà : ce scénario est le pire des scénarios. À la fois pour le Parti québécois lui-même et pour les Québécois.

La priorité étant de rallier d’importants segments de la population, des groupes d’intérêts, des syndicats et des élites médiatiques, comment peut-on raisonnablement croire qu’il sera possible d’apporter les changements structurels dont le Québec a vraiment besoin? Comment plaire et déplaire à la fois? Comment marchander l’adhésion au Oui tout en revoyant les fondations d’un modèle québécois qui a si bien servi ceux qui le défendent?

Le vrai risque péquiste

Et puis, soyons-en conscients : la tenue d’un référendum par un Parti québécois majoritaire n’est même pas, à mon avis, l’aspect le plus risqué d’une gouverne péquiste.

Rappelons-le : le Parti québécois est fusionnel avec les forces qui ont fait du Québec un État déboussolé et déclinant.

Voyez, par exemple, les positions en santé du PQ et de son frère, le PLQ. Tous les deux refusent de remettre en question un système fondamentalement basé sur le rationnement, l’attente et la dépendance aux substances narcotiques.

« Sauver le système », plutôt que « sauver des vies ».

Voilà le leitmotiv des défenseurs du monopole en santé, et j’ai nommé tous les partis siégeant présentement au Parlement. Un système qui gruge plus de 40 % des dépenses du gouvernement. Inconcevable!

La croissance oubliée

Un second risque est qu’un gouvernement péquiste majoritaire ne priorise pas le développement économique du Québec.

Les leviers de la croissance sont connus et mesurables :

  • une faible hauteur des dépenses gouvernementales;
  • une réduction des taxes sur le revenu, sur la propriété et sur la consommation;
  • un Code du travail allégé;
  • un plus faible niveau de syndicalisation;
  • une réglementation moins lourde pour les entreprises;
  • le respect du droit de propriété;
  • la sécurité publique;
  • une plus grande liberté des échanges sur le marché national et les marchés internationaux.

Ajoutez-y un allègement de la réglementation municipale et de la construction, et vous aurez là un beau bouquet de véritables « projets structurants » pour remodeler la gouvernance du Québec et en assurer la « survivance » économique.

Croyez-vous vraiment qu’un gouvernement péquiste majoritaire en quête d’alliances se permettra d’ébranler les colonnes du temple?

L’urgence d’un chien de garde au Parlement

Conséquence de cette culture du statu quo, encore cette année, le Québec se classe 56e sur les 60 États américains et provinces canadiennes… Et aucun des partis qui s’offrent pour gouverner le Québec n’a de plan sérieux pour redresser la situation.

Le PQ s’affairera à la préparation d’un référendum sur l’indépendance. Le PLQ continuera d’incarner l’équivalent d’un Bloc québécois version West Island. QS, s’il survit, poursuivra son idéologie inspirée par les Mamdani et les socialistes démocrates américains. Quant à la CAQ, qui risque de disparaître, elle aura été une créature dont plusieurs partis pourraient tirer des leçons.

Que fait-on, alors?

Devant cette pauvreté de l’offre politique, devant ce semblant de volonté de changement structurel, devant cette multiplicité d’options de centre gauche étatiste, il me semble évident que les Québécois devraient se donner un chien de garde pour enfin les représenter dignement à l’Assemblée nationale.

Il n’est plus gênant d’être conservateur

Non, il n’est plus gênant de se qualifier de conservateur. En effet, les Québécois sont plus conservateurs qu’ils ne le croient.

Qu’il s’agisse du privé en santé, du développement des richesses naturelles, du rapprochement des décisions vers les élus régionaux, de l’ogre bureaucratique ou du gaspillage, une équipe de conservateurs est maintenant prête à offrir un contrepoids au gouvernement élu.

Il est temps que la voix des contribuables, des familles, de la PME et de toutes les générations soucieuses de l’avenir des Québécois se fasse entendre.

Alors, aux analystes chouchous des médias traditionnels qui vous diront que vous n’êtes que des « antisystème », dites-leur qu’ils ont raison. Vous êtes archi-antisystèmes actuels. La lucidité impose de reconnaître que le fameux système nommé « modèle québécois » est en faillite technique.

À ceux qui vous diront que vous êtes méfiants envers les gouvernements, dites-leur qu’après 20 ans de gouvernance sociale-démocrate de gauche, on a raison de s’en méfier. En fait, une saine démocratie a besoin de s’en méfier et de les interroger sévèrement, surtout lorsque le quatrième pouvoir semble avoir concédé cette mission aux antennes alternatives.

Que le Parlement respire

Enfin, mettez-moi dans le camp du chien de garde. Que le Parlement respire!

Le chef du Parti conservateur, Éric Duhaime, et toute son équipe sont prêts à jouer ce rôle. La traversée du désert est terminée. L’énergie est là. L’avenir et la jeunesse sont là. Mais surtout, les idées qui ont été énoncées depuis 20 ans sont toujours là, plus que jamais récupérées par des partis politiques en manque de boussole et de résolution.

Osez donc… pour vrai.

Et si ça vous chante, offrez-vous un gouvernement minoritaire! Ce serait, à mon avis, le plus beau des scénarios qu’on puisse s’offrir.

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Joanne Marcotte
Joanne Marcottehttps://jomarcotte.wordpress.com/
Joanne Marcotte est une essayiste et documentariste québécoise connue pour son esprit critique et son franc-parler. Elle s’est fait remarquer en 2006 avec L’Illusion tranquille, un documentaire remettant en question le « modèle québécois ». Engagée brièvement en politique, elle a cofondé le Réseau Liberté-Québec et publié des essais comme Pour en finir avec le Gouvernemaman et Ces doutes qui dérangent, où elle défend la liberté de débattre sur des enjeux comme le climat. Formée en informatique, elle commente l’actualité depuis 2009 sur X et dans les médias.

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