Trois rapports publiés en 2026 par Nat Malkus et Sam Hollon examinent le sport interscolaire de niveau varsity en Indiana sous trois angles : le profil des élèves qui y participent, les liens entre cette participation et l’assiduité scolaire, puis son association avec la discipline.
Leurs résultats mettent en lumière un constat intéressant pour les politiques éducatives : les élèves qui prennent part à ces programmes présentent des indicateurs scolaires plus favorables, alors même que l’accès à ces activités demeure inégal.
L’American Enterprise Institute (AEI), groupe de réflexion américain non partisan fondé en 1938 et établi à Washington, mène des recherches sur les politiques publiques, l’économie, l’éducation et les questions sociales. Ses travaux mettent notamment l’accent sur les mécanismes de marché, la responsabilité individuelle et l’évaluation empirique des politiques publiques. Personnellement, je classe l’AEI parmi les trois meilleurs think tanks américains.
Qu’est-ce que le sport varsity ?
Aux États-Unis, les programmes varsity sont des programmes sportifs interscolaires de compétition dont les équipes représentent officiellement leur école secondaire.
Encadrées par des entraîneurs, ces équipes suivent un calendrier d’entraînements et de compétitions, tout en étant soumises à des règles d’admissibilité scolaire.
La participation est volontaire, mais elle implique des exigences et des responsabilités : les élèves doivent concilier leur engagement sportif avec les attentes de leur établissement.
Le niveau varsity se distingue notamment du junior varsity, qui constitue généralement un niveau de compétition complémentaire.
Ces programmes ne sont donc pas de simples activités récréatives. Ils offrent un cadre structuré, assorti d’attentes précises en matière de comportement, d’assiduité et de rendement scolaire.
Qui participe aux programmes varsity ?
Le rapport Making the Varsity Cut dresse le portrait de la participation au sport varsity durant l’année scolaire 2024-2025 (Malkus et Hollon, 2026b).
Près d’un élève sur quatre évolue au sein d’une équipe varsity. L’accès à ces programmes est relativement répandu, mais demeure inégal.
La plupart des écoles, y compris les plus petites, proposent la majorité des sports étudiés. Les élèves des petites écoles ont toutefois davantage de chances de participer à ces activités, puisque la concurrence pour obtenir une place dans une équipe y est généralement moins forte.
Après ajustement pour la taille de l’établissement, 17 % des filles pratiquent un sport varsity, contre 26 % des garçons.
Cet écart s’explique principalement par le football, un sport exclusivement masculin dans les données étudiées et caractérisé par des effectifs particulièrement nombreux. Lorsqu’on exclut cette discipline, le taux de participation des garçons tombe à 19 %.
L’écart lié à la situation économique est encore plus marqué et persistant.
Seulement 14 % des élèves admissibles aux repas gratuits ou à prix réduit participent aux programmes varsity, contre 28 % des autres élèves, et ce, indépendamment du niveau de pauvreté de leur établissement.
Les différences sont également importantes sur le plan du rendement scolaire.
Les élèves appartenant au quintile supérieur en mathématiques sont nettement plus susceptibles de pratiquer un sport varsity (35 %) que ceux du quintile inférieur (12 %).
Cette observation remet en question le stéréotype de l’athlète peu investi dans ses études.
Elle suggère que l’engagement sportif et la réussite scolaire peuvent parfaitement coexister, sans toutefois permettre de déterminer la nature exacte de leur relation ni d’en établir les causes.
Selon les auteurs, cet écart pourrait notamment refléter des différences dans le degré d’engagement des élèves envers leur parcours scolaire.
Le sport varsity et l’assiduité scolaire
Le rapport An Extra Point for Attendance analyse les données quotidiennes de présence d’environ 262 000 élèves pour l’année scolaire 2023-2024 (Malkus et Hollon, 2026a).
Le constat central est simple : les athlètes varsity s’absentent moins souvent que leurs pairs, même lorsqu’ils sont hors saison sportive, et leur assiduité s’améliore davantage pendant la saison.
Les auteurs désignent ce phénomène par l’expression double bump, soit un double avantage en matière d’assiduité.
Après avoir tenu compte de plusieurs caractéristiques individuelles et scolaires, le taux d’absence des athlètes est inférieur d’environ un point de pourcentage à celui de leurs pairs hors saison.
Pendant la saison sportive, un avantage additionnel de près de 0,9 point de pourcentage vient s’ajouter à cet écart.
Des modèles statistiques à effets fixes individuels ramènent cet avantage supplémentaire associé à la saison à 0,70 point de pourcentage.
Les auteurs interprètent ce résultat comme un indice d’un effet propre à la participation sportive, bien que leur méthode ne permette pas d’écarter toutes les autres explications possibles.
Les différences sont également considérables en matière d’absentéisme chronique.
Selon les données brutes, 10,0 % des athlètes présentent un absentéisme chronique, contre 22,9 % des non-athlètes.
Après ajustement statistique, l’écart demeure important, à 7,7 points de pourcentage.
La participation à plusieurs saisons sportives au cours d’une même année scolaire est également associée à une diminution du risque d’absentéisme chronique, sans qu’un effet cumulatif d’une année à l’autre soit observé.
Les écarts absolus sont particulièrement importants chez les filles, les élèves défavorisés ainsi que les élèves noirs et hispaniques.
Ces résultats suggèrent que les activités structurées peuvent non seulement favoriser le développement sportif, mais également contribuer à une meilleure assiduité scolaire, particulièrement au sein de certains groupes d’élèves.
Le sport varsity et la discipline scolaire
Le troisième rapport, Playing by the Rules, examine les suspensions scolaires d’environ 268 000 élèves durant l’année 2022-2023 (Malkus et Hollon, 2026c).
Les différences observées entre les athlètes et les non-athlètes sont considérables.
Parmi les athlètes, 3,3 % ont fait l’objet d’au moins une suspension à l’interne et 3,7 % d’au moins une suspension hors de l’école.
Chez les non-athlètes, ces proportions atteignent respectivement 6,8 % et 8,8 %.
Après ajustement statistique, le risque quotidien de suspension des athlètes est inférieur de 46 % hors saison et de 62 % pendant la saison sportive.
Les auteurs qualifient ce phénomène de double decline, soit une double diminution : l’avantage observé chez les athlètes s’accentue lorsqu’ils participent activement à leur discipline sportive.
Cette distinction est essentielle.
L’avantage constaté hors saison pourrait refléter certaines caractéristiques préexistantes des élèves, notamment leur comportement, leur motivation ou leur engagement scolaire.
En revanche, l’amélioration observée pendant la saison est plus difficile à expliquer uniquement par la sélection des participants. Elle renforce ainsi l’hypothèse d’un effet associé à la pratique sportive.
Les analyses montrent également que ces différences ne s’expliquent pas principalement par une meilleure assiduité des athlètes ou par un traitement de faveur de la part du personnel scolaire.
Les résultats varient néanmoins selon les disciplines.
Le football et la lutte présentent notamment les avantages hors saison les plus faibles.
Ces différences rappellent qu’il serait imprudent de considérer le sport varsity comme une intervention unique produisant des effets uniformes chez tous les élèves.
Les bienfaits des programmes scolaires structurés
L’examen conjoint de ces trois rapports suggère que les activités structurées et volontaires peuvent être associées à de meilleurs résultats scolaires, au-delà de leurs bénéfices strictement sportifs.
Sur le plan de l’assiduité, les auteurs observent que la participation sportive s’accompagne d’une diminution significative des absences, particulièrement pendant la saison de compétition (Malkus et Hollon, 2026a).
Sur le plan disciplinaire, la pratique du sport varsity est associée à une réduction des suspensions scolaires (Malkus et Hollon, 2026c).
Enfin, les résultats montrent que l’engagement sportif est fortement lié aux performances en mathématiques, remettant ainsi en question l’idée selon laquelle la pratique sportive se ferait nécessairement au détriment des études (Malkus et Hollon, 2026b).
Plusieurs facteurs pourraient expliquer ces associations :
- Les règles d’admissibilité scolaire ;
- Les exigences imposées par les entraîneurs ;
- La valeur accordée au statut d’athlète ;
- La pression sociale positive exercée par les coéquipiers ;
- Le sentiment d’appartenance à une équipe.
La pratique sportive pourrait ainsi offrir un cadre concret dans lequel les élèves ont intérêt à respecter les règles, à assister aux cours et à maintenir un rendement scolaire satisfaisant.
Ces explications sont plausibles, mais les rapports ne permettent pas de mesurer la contribution respective de chacun de ces facteurs ni de démontrer précisément les mécanismes à l’œuvre (Malkus et Hollon, 2026a ; 2026c).
La principale leçon n’est donc pas que le sport résout tous les problèmes d’assiduité ou de discipline, mais plutôt qu’un engagement volontaire, encadré et lié aux intérêts personnels des élèves pourrait constituer une composante importante d’une stratégie éducative plus large.
Synthèse, discussion et limites des observations
Les trois rapports font ressortir un paradoxe intéressant.
Les élèves qui pratiquent un sport varsity présentent des indicateurs scolaires plus favorables, mais l’accès à ces programmes est moins fréquent chez les élèves défavorisés et ceux dont le rendement scolaire est plus faible (Malkus et Hollon, 2026b).
Autrement dit, les élèves qui pourraient bénéficier d’un cadre structuré n’y ont pas nécessairement accès.
Les résultats montrent également des taux d’absence et de suspension plus faibles chez les athlètes, ainsi qu’un avantage accru pendant la saison sportive (Malkus et Hollon, 2026a ; 2026c).
La comparaison entre les périodes hors saison et en saison constitue l’un des éléments les plus convaincants de cette série de recherches.
Elle permet de mieux distinguer les caractéristiques préexistantes des élèves des changements associés à leur participation sportive.
Toutefois, elle ne suffit pas à établir un lien de causalité définitif.
Plusieurs limites doivent être prises en considération.
1. Des données limitées au sport varsity
Les analyses portent exclusivement sur le sport varsity. Elles ne couvrent ni le junior varsity ni les autres activités parascolaires.
Certains élèves pratiquant un sport à un autre niveau peuvent également se retrouver dans le groupe de comparaison, ce qui pourrait atténuer les écarts mesurés.
Il demeure donc impossible de déterminer avec certitude si les avantages observés sont propres au sport varsity ou s’ils reflètent plus largement les bénéfices d’une participation à des activités structurées (Malkus et Hollon, 2026a ; 2026b).
2. Un seul État américain étudié
Les analyses reposent sur des données recueillies exclusivement en Indiana, pour les années scolaires 2022-2023 à 2024-2025.
Même si les résultats présentent une certaine cohérence, leur application à d’autres systèmes éducatifs, notamment celui du Québec, reste à démontrer.
3. Un avantage déjà présent hors saison
Une partie des différences observées pourrait provenir de caractéristiques non mesurées, comme la motivation personnelle, le soutien parental ou l’engagement envers l’école.
L’avantage supplémentaire observé pendant la saison sportive constitue un indice plus convaincant, mais il n’atteint le seuil de signification statistique que pour certaines disciplines (Malkus et Hollon, 2026c).
4. Des mécanismes encore mal compris
Les règles d’admissibilité, les exigences des entraîneurs et le sentiment d’appartenance pourraient contribuer aux résultats observés.
Cependant, ces mécanismes n’ont pas été directement testés.
Cette lacune soulève une question importante : un élargissement de l’accès à ces programmes permettrait-il de reproduire les bénéfices observés ou risquerait-il d’affaiblir certaines des conditions qui les rendent possibles ?
Les données disponibles ne permettent pas de trancher (Malkus et Hollon, 2026c).
Conclusion : quelles leçons pour le Québec ?
Les élèves participant à des programmes sportifs structurés et volontairement choisis présentent généralement une meilleure assiduité et des taux de suspension scolaire plus faibles.
Toutefois, l’accès à ces programmes demeure inégal, particulièrement chez les élèves défavorisés et ceux dont les résultats scolaires sont moins bons.
Il apparaît donc pertinent d’envisager un élargissement des possibilités de participation, sans pour autant affaiblir les conditions susceptibles de favoriser les bénéfices observés.
Le sport varsity n’est ni une solution universelle ni un modèle nécessairement adapté à tous les élèves (Malkus et Hollon, 2026a).
Quelques réflexions s’imposent.
Il serait particulièrement intéressant de mener une étude comparable au Québec, notamment sur les programmes sport-études ou d’autres parcours éducatifs centrés sur les intérêts des élèves.
Une telle recherche permettrait de déterminer si les associations observées en Indiana se retrouvent dans notre système éducatif, d’identifier les groupes les moins favorisés et de mieux mesurer les effets potentiels sur l’assiduité, la discipline et le rendement scolaire.
Ces programmes pourraient également présenter un avantage qui n’a pas été directement mesuré dans cette série de rapports : le développement de compétences en gestion du temps.
En conciliant les devoirs, les entraînements, les compétitions et leurs autres responsabilités, les élèves peuvent apprendre à mieux organiser leur quotidien.
Il s’agit d’une compétence particulièrement utile, tant dans leur parcours scolaire que dans leur future vie professionnelle.
Enfin, méfions-nous des effets pervers d’un modèle éducatif unique imposé à tous.
Une politique cherchant à uniformiser les parcours risque de négliger les différences individuelles, les aptitudes et les intérêts propres à chaque élève.
Les résultats de l’AEI ne prouvent pas l’inefficacité d’un cadre uniforme. Ils invitent néanmoins à considérer une autre approche : celle d’un engagement volontaire, clairement défini et fondé sur les intérêts de l’élève.
Une politique publique éclairée devrait chercher à multiplier les possibilités d’engagement plutôt qu’à imposer une seule voie vers la réussite.
Sources et références
Malkus, Nat, et Sam Hollon (2026a). « An Extra Point for Attendance: The Impact of High School Varsity Athletics on Absenteeism ». American Enterprise Institute.
Consulter le rapport sur l’assiduité scolaire
Malkus, Nat, et Sam Hollon (2026b). « Making the Varsity Cut: Who Plays High School Varsity Sports and Who Doesn’t ». American Enterprise Institute.
Consulter le rapport sur la participation sportive
Malkus, Nat, et Sam Hollon (2026c). « Playing by the Rules: High School Varsity Sports and Student Discipline ». American Enterprise Institute.
Consulter le rapport sur la discipline scolaire
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