Bien sûr, il ne s’agit pas ici des élections de mi-mandat, mais bien de la prochaine élection présidentielle américaine, prévue en 2028. Il importe toutefois d’expliquer pourquoi les démocrates donnent l’impression de ne pas vouloir gagner. Cette situation pourrait notamment s’expliquer par l’absence d’un véritable bilan critique de leur dernière défaite, ainsi que par le manque de candidats capables de rassembler une majorité d’électeurs.
Un post-mortem qui ne convainc pas
Depuis leur défaite à l’élection présidentielle de 2024, les démocrates ne semblent toujours pas avoir tiré toutes les leçons de leur échec. Certes, le parti a produit un rapport d’analyse électorale, mais sa publication tardive et les lacunes qui lui ont été reprochées soulèvent des questions quant à la profondeur de cette remise en question.
Par ailleurs, des initiatives visant à comprendre comment mieux communiquer avec l’électorat masculin ont été lancées. Bien que cette démarche puisse avoir une certaine pertinence, elle donne parfois l’impression que le Parti démocrate s’intéresse davantage à la manière de s’adresser aux électeurs qu’aux raisons profondes pour lesquelles ceux-ci se sont détournés de lui.
Or, le Parti démocrate ne semble pas avoir pleinement compris une chose : sa défaite s’explique notamment par son incapacité à présenter des propositions économiques suffisamment convaincantes et par une stratégie de communication désastreuse.
Les démocrates n’ont pas réussi à se distinguer véritablement sur le plan économique. Malgré certaines propositions fiscales et des mesures destinées à réduire le coût de la vie, leur programme n’a pas suffisamment convaincu les électeurs préoccupés par l’inflation et leur pouvoir d’achat.
Leur communication catastrophique, qui semblait essentiellement destinée à un électorat déjà acquis, n’a certainement pas aidé la campagne démocrate. En ce sens, celle-ci a largement misé sur le rejet de Donald Trump, tout en privilégiant des thèmes qui rejoignaient principalement ses propres partisans.
Kamala Harris a notamment accordé une grande importance aux médias traditionnels, particulièrement aux chaînes généralement plus favorables aux démocrates, comme CNN et NBC. Elle a également participé à une entrevue sur Fox News, une chaîne dont l’auditoire est majoritairement conservateur et difficile à convaincre.
Or, les entrevues télévisées n’ont plus la même portée qu’il y a 10, 20 ou 30 ans. La consommation de l’information politique a profondément changé, notamment avec l’essor des balados, des plateformes numériques et des médias indépendants.
À cet égard, l’équipe démocrate n’a pas su exploiter ces nouveaux moyens de communication avec la même efficacité que ses adversaires républicains. Elle n’est pas non plus parvenue à rallier suffisamment d’électeurs indépendants ou de républicains modérés, pourtant susceptibles de se détourner de Donald Trump.
Certains démocrates tirent néanmoins la sonnette d’alarme concernant ces stratégies électorales qui semblent surtout chercher à mobiliser les convaincus plutôt qu’à élargir la coalition électorale du parti.
Seront-ils écoutés ? Difficile à prédire, mais les perspectives ne semblent guère encourageantes.
Une partie des démocrates préfère encore invoquer des explications similaires à celles avancées après la défaite d’Hillary Clinton, en 2016, notamment l’idée que Kamala Harris aurait perdu parce qu’elle est une femme.
Cet argument pouvait déjà faire l’objet de débats en 2016. Toutefois, s’il constituait réellement un obstacle électoral déterminant, pourquoi le parti aurait-il choisi de présenter une autre femme à la présidence en 2024, sans revoir davantage sa stratégie ?
Il apparaît donc réducteur d’attribuer ces défaites principalement au sexe des candidates, sans examiner sérieusement les erreurs politiques, stratégiques et communicationnelles des campagnes démocrates. Un tel raisonnement semble aussi fragile qu’un château de cartes.
Il faut également rappeler que, peu importe le résultat des élections de mi-mandat de 2026, Donald Trump se trouve déjà dans son deuxième et dernier mandat présidentiel autorisé par la Constitution américaine. Il est donc appelé à devenir progressivement ce que les Américains désignent comme un lame duck, c’est-à-dire un président en fin de parcours dont l’influence politique risque de s’affaiblir à mesure que sa succession se prépare.
Cette situation devrait pourtant constituer une occasion pour les démocrates de préparer sérieusement l’après-Trump.
Aucun candidat véritablement rassembleur
À deux ans de l’élection présidentielle de 2028, le Parti démocrate ne semble toujours pas disposer d’un candidat capable de s’imposer naturellement comme une figure rassembleuse.
Alexandria Ocasio-Cortez, dont le nom circule parmi les personnalités susceptibles de participer aux prochaines primaires démocrates, représente l’aile progressiste du parti. Toutefois, ses positions économiques et son orientation idéologique pourraient compliquer sa capacité à séduire les électeurs centristes et indépendants.
Le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom, constitue également un candidat potentiel. Cependant, il reste à déterminer dans quelle mesure il proposerait une véritable rupture avec certaines orientations économiques et commerciales de l’administration Trump, notamment en ce qui concerne les droits de douane imposés aux partenaires commerciaux des États-Unis, dont le Canada.
Josh Shapiro, gouverneur de la Pennsylvanie, pourrait quant à lui représenter une candidature intéressante. Son profil plus modéré et son expérience à la tête d’un État politiquement disputé pourraient constituer des atouts considérables. Toutefois, parviendrait-il à rallier l’ensemble des différentes factions démocrates ? Pourrait-il également se heurter à certains préjugés, notamment antisémites, au sein d’une partie de l’électorat ?
À ce stade, toutes les hypothèses demeurent possibles.
Plus étonnant encore, certains démocrates envisagent toujours une éventuelle nouvelle candidature de Kamala Harris à la présidence.
Cette perspective soulève de sérieuses questions quant à la capacité du parti à tirer les leçons de sa dernière campagne électorale.
Rappelons que Kamala Harris s’est retrouvée candidate à la présidence dans des circonstances exceptionnelles, à la suite du retrait de Joe Biden en juillet 2024. Bien qu’elle ait officiellement obtenu l’investiture grâce au vote des délégués démocrates, elle n’avait pas remporté de primaires présidentielles en 2024 en tant que candidate à la tête du parti.
Sa difficulté à défendre un positionnement clair et convaincant sur plusieurs enjeux cruciaux pour les Américains, notamment l’économie, l’inflation, l’immigration et la criminalité, a également contribué aux critiques formulées contre sa campagne.
Il serait donc étonnant que les démocrates décident de miser de nouveau sur une candidate dont la stratégie électorale n’a pas permis de remporter la présidence en 2024, sans qu’une remise en question substantielle ait eu lieu.
Le choix du candidat à la présidence ne sera toutefois pas suffisant pour garantir une victoire démocrate.
Il faudra également porter une attention particulière au choix du colistier ou de la colistière à la vice-présidence. Selon sa personnalité, son expérience politique et l’État dont cette personne est issue, cette décision pourrait jouer un rôle déterminant dans la course à la Maison-Blanche.
Les démocrates devront surtout adopter des positions claires et cohérentes sur les enjeux qui préoccupent une majorité d’Américains. Ils devront démontrer qu’ils sont capables de gouverner autrement, et non simplement de s’opposer à Donald Trump.
Enfin, ils devront affronter un candidat républicain qui pourrait être JD Vance, Marco Rubio ou une autre personnalité issue de l’administration Trump.
Une chose est certaine : le Parti républicain ne disparaîtra pas de la scène politique avec la fin de la présidence de Donald Trump.
Conclusion
Que le Parti démocrate remporte la majorité dans l’une des deux chambres du Congrès, dans les deux ou dans aucune à l’issue des élections de mi-mandat de 2026, rien ne garantit qu’il sera en bonne position pour remporter l’élection présidentielle de 2028.
À l’heure actuelle, il ne semble pas suffisamment préparé pour affronter sérieusement le Parti républicain lors de la prochaine course à la Maison-Blanche.
De plus, le manque de modération de certains candidats potentiels à l’investiture démocrate pourrait lui nuire, particulièrement auprès des électeurs indépendants et centristes dont l’appui est souvent déterminant.
Les démocrates risqueraient ainsi de passer quatre années supplémentaires loin de la Maison-Blanche.
Face à une opposition incapable de présenter une alternative crédible, les électeurs peuvent être tentés de privilégier la continuité politique, même lorsqu’ils éprouvent certaines insatisfactions à l’égard du gouvernement sortant.
Pour espérer remporter la prochaine élection présidentielle, les démocrates devront donc faire davantage que dénoncer les politiques républicaines. Ils devront reconstruire une coalition électorale solide, proposer une véritable vision économique et politique, et surtout démontrer qu’ils ont compris les raisons de leurs précédentes défaites.
Or, pour l’instant, rien ne permet d’affirmer qu’ils sont prêts à entreprendre ce travail en profondeur.
En ce sens, un seul constat s’impose : à voir leur stratégie actuelle, tout se passe comme si les démocrates ne voulaient pas gagner la présidentielle.
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