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En amont des élections, j’avais rédigé un texte sur les stratégies politiques des différents partis. Au lendemain du scrutin, il importe maintenant de faire un suivi de ces stratégies et, surtout, de leur exécution.

Petits rappels

En préambule, quelques rappels s’imposent. Pour comprendre l’application des différentes stratégies, il faut d’abord bien saisir les objectifs poursuivis par chacun des partis.

Le Parti québécois avait pour ambition de poursuivre son expansion afin de former le prochain gouvernement. L’Équipe Christine Fréchette se trouvait plutôt dans une stratégie de survie, tentant tant bien que mal de préserver ce qui pouvait encore l’être.

Québec solidaire, de son côté, devait espérer conserver ses bastions ainsi que les circonscriptions fraîchement acquises, que ce soit depuis 2022 ou à l’issue d’élections partielles. Là encore, il s’agissait essentiellement d’une stratégie de survie.

Le Parti conservateur du Québec devait, quant à lui, tenter de faire élire ses premiers députés à l’Assemblée nationale.

Enfin, le Parti libéral du Québec cherchait notamment à reprendre des circonscriptions de la région de Montréal auparavant détenues par QS, tout en regagnant du terrain en Estrie et en Outaouais.

Les stratégies que j’avais précédemment identifiées étaient donc les suivantes.

L’Équipe Christine Fréchette devait chercher à séduire l’électorat le plus âgé. En ce sens, il était pertinent pour elle de miser sur certaines campagnes de peur tout en rassurant cet électorat grâce à l’expérience gouvernementale de sa cheffe.

Pour le Parti québécois, il s’agissait de récupérer une partie de l’électorat souverainiste autrefois attiré par la CAQ, tout en rappelant le bilan du gouvernement sortant.

En ce qui concerne Québec solidaire, il était surtout question de plaire à un électorat déjà convaincu, compte tenu de son faible potentiel de croissance.

La stratégie du Parti conservateur consistait à faire appel aux jeunes familles des banlieues de Québec et de Lévis, ainsi qu’à aller chercher le vote rural en Chaudière-Appalaches.

Enfin, le Parti libéral devait tenter de faire connaître davantage son chef et de ramener vers lui une partie de son ancien électorat.

Il n’est pas question ici de déterminer ce qui a causé le résultat du vote. Il demeure difficile, même pour un politologue, d’affirmer catégoriquement qu’un seul facteur a été déterminant. Les facteurs sont multiples. Il s’agit plutôt d’analyser l’exécution des stratégies de communication des différents partis.

L’exécution des stratégies

Tout au long de la campagne, ces stratégies ont été mises en application. Il importe donc maintenant d’observer ce qui en est ressorti.

L’Équipe Christine Fréchette

L’Équipe Christine Fréchette a tenté de nombreuses campagnes axées sur la peur.

La première consistait à instrumentaliser la crise tarifaire en mettant de l’avant l’expérience de Christine Fréchette comme première ministre ainsi que ses bonnes relations avec le premier ministre Mark Carney.

Elle avait affirmé avoir l’oreille du premier ministre et que celui-ci avait tenu compte de ses demandes concernant le Québec et les contre-tarifs. Or, l’effet Fréchette s’est quelque peu estompé lorsque le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a affirmé que les demandes du Québec n’avaient pas été prises en compte.

Christine Fréchette est même allée jusqu’à comparer Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime à Donald Trump.

Elle a ensuite tenté de jouer sur le bon vieux sophisme selon lequel « quand on coupe dans la bureaucratie, on coupe dans les services ». Elle s’en est notamment servie contre Éric Duhaime, se disant lasse des débats de structures.

Cela pouvait paraître ironique, considérant que la CAQ avait elle-même largement joué dans les structures pendant ses huit années au pouvoir.

Christine Fréchette a également tenté de réconcilier deux stratégies difficilement compatibles. La première consistait à se dissocier de François Legault. La seconde était de mettre de l’avant son expérience gouvernementale. Or, il était difficile de faire les deux simultanément, puisque valoriser son expérience ministérielle revenait inévitablement à rappeler qu’elle avait servi sous François Legault.

Elle a finalement cherché à alimenter les inquiétudes entourant la possibilité d’un référendum sous un gouvernement péquiste.

Le Parti québécois

Paul St-Pierre Plamondon, de son côté, a dû temporiser les attentes de son électorat référendiste tout en essayant de ne pas effrayer les électeurs préoccupés par le contexte entourant Donald Trump.

En ce sens, il avait promis qu’il ne tiendrait pas de référendum tant que Trump demeurerait président des États-Unis.

Il avait également amorcé un certain virage à droite en reprenant quelques idées généralement associées aux conservateurs, notamment les compressions dans la bureaucratie.

Une telle stratégie comportait cependant un risque : les électeurs conservateurs pouvaient préférer le parti qui défendait déjà ces positions plutôt qu’une formation qui venait plus récemment les intégrer à son discours.

Une semaine avant la fin de la campagne, PSPP s’est également rendu dans Arthabaska–L’Érable afin de réclamer une majorité, promettant notamment de placer le député sortant, Alex Boissonneault, autour de la table du Conseil des ministres.

Venir réclamer ainsi une majorité n’était pas nécessairement la meilleure façon d’aider le député sortant. Une autre formule aurait probablement été plus appropriée.

En revanche, rappeler constamment le bilan de la CAQ constituait une stratégie cohérente pour alimenter le vote de protestation.

Québec solidaire

En ce qui concerne Québec solidaire, il y a finalement assez peu de choses à ajouter. Le parti a essentiellement conservé son message.

Afin de plaire à un électorat déjà fortement mobilisé, Ruba Ghazal a mis de l’avant des mesures adaptées à sa base, notamment les épiceries publiques et un protectionnisme particulièrement affirmé.

À certains moments, la campagne donnait même l’impression d’assister à un concours entre Mme Ghazal et Christine Fréchette pour déterminer laquelle irait le plus loin dans le protectionnisme.

Mme Fréchette proposait de favoriser les entreprises québécoises dans les décisions gouvernementales, tandis que Mme Ghazal proposait d’augmenter les tarifs d’électricité imposés aux États-Unis, voire de « leur fermer complètement le robinet ».

Lorsqu’un parti occupe une niche politique relativement restreinte, ce type de discours peut contribuer à mobiliser sa base, sans nécessairement lui permettre d’élargir son électorat.

Le Parti libéral du Québec

Charles Milliard avait pour principale tâche de se faire connaître pendant la campagne. Or, son déficit de notoriété l’a accompagné pendant une bonne partie de celle-ci.

Il était effectivement encore relativement peu connu lorsqu’il est arrivé à la tête du Parti libéral.

Sa stratégie de communication reposait notamment sur de courtes séquences vidéo destinées aux réseaux sociaux, dans lesquelles il lançait plusieurs répliques à Christine Fréchette.

Si sa performance sur la forme était généralement efficace, le fond demeurait parfois moins développé.

Il a également tenté de se présenter comme le principal opposant à la tenue d’un référendum et de redonner au PLQ l’image qui lui était traditionnellement associée : celle du parti de l’économie.

Pour la suite, sa communication gagnerait à projeter davantage de sérieux, notamment dans les moments où il annonce des propositions ou aborde des enjeux plus graves. Il aurait également intérêt à rendre ses principales idées plus facilement identifiables.

Le Parti conservateur du Québec

Le PCQ avait choisi de concentrer une grande partie de ses efforts sur la grande région de Québec et la Chaudière-Appalaches.

Cette stratégie lui a notamment permis d’imposer plusieurs de ses thèmes dans l’agenda politique de la campagne et de pousser les autres partis à prendre position sur certains enjeux, notamment les compressions dans la bureaucratie.

Le parti a également réussi à traverser les controverses entourant d’anciens propos de certains de ses candidats sans que celles-ci ne viennent complètement faire dérailler sa campagne, tout en continuant à défendre son programme et son cadre financier.

Il a ainsi rejoint une partie des publics qu’il cherchait à atteindre, notamment dans les secteurs ruraux de Chaudière-Appalaches et dans les banlieues de Québec.

Le parti a également réussi à se démarquer sur les réseaux sociaux grâce à la diffusion de nombreuses séquences vidéo courtes.

Conclusion

La plupart des partis ont, à différents degrés, réussi à tirer leur épingle du jeu.

Le Parti québécois a obtenu suffisamment de députés pour former un gouvernement minoritaire.

Québec solidaire, pour sa part, a perdu environ trois sièges. Cette donnée demeure toutefois à confirmer en raison d’un possible recomptage judiciaire dans Saint-Henri–Sainte-Anne. Le parti a néanmoins réussi à conserver l’essentiel de ses principaux bastions.

Le Parti conservateur du Québec a, quant à lui, réussi à faire entrer ses premiers députés à l’Assemblée nationale.

La campagne étant maintenant terminée, il faudra observer comment chacun de ces partis adaptera sa stratégie à la nouvelle configuration parlementaire, particulièrement dans le cadre des négociations entourant l’adoption des projets de loi.

Dans un gouvernement minoritaire, la campagne électorale prend fin, mais la stratégie politique, elle, ne fait que commencer.

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Nicolas Drolet
Nicolas Drolet
Nicolas est politologue de formation, étant détenteur d’un baccalauréat en Science politique à l’Université Laval. Il est actuellement étudiant au baccalauréat en Communication publique à la même université. Il s’intéresse à la politique fédérale et à la communication politique.

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