Québec s’est réveillé avec une nouvelle prescription !
Après huit ans de traitement à la Coalition Avenir Québec, le patient a fini par rejeter le médicament. Deux gouvernements majoritaires, puis un résultat spectaculaire : la CAQ, qui avait fait élire 90 députés en 2022, est rayée de la carte de la pharmacie.
De 90 à zéro. À ce niveau-là, on n’ajuste pas la dose. On retire le médicament du marché et, on va se le dire, il était temps.
Je regarde cette élection avec mes lunettes de souverainiste, mais aussi avec celles d’un entrepreneur qui travaille au Québec, aux États-Unis et en Europe. Je vois aussi d’autres façons de faire, d’autres administrations, d’autres économies. Je vois surtout les entreprises se battre tous les jours avec la fiscalité, les règlements et cette formidable capacité de l’État québécois à transformer une chose simple en formulaire de 42 pages.
Pendant ce temps, nos infrastructures vieillissent, nos hôpitaux débordent, nos écoles ont besoin d’amour, notre productivité traîne et l’État coûte de plus en plus cher. On ne peut pas traiter éternellement les symptômes en espérant que la maladie se tanne et parte toute seule.
François Legault nous avait pourtant vendu quelque chose d’intéressant en 2018 : la troisième voie. Ni souverainiste ni fédéraliste, ni à gauche ni vraiment à droite.
C’était supposé être une équipe de gestionnaires hors pair qui administrerait le Québec efficacement. C’était parfait.
Mais à force de vouloir être tout pour tout le monde, la CAQ a fini par ne plus savoir ce qu’elle était. Nationaliste un jour, dépensière le lendemain, conservatrice le mardi, interventionniste le mercredi, autonomiste quand ça faisait son affaire. À force de mélanger toutes les molécules dans un même comprimé, le patient a fini par faire une réaction allergique.
Le médicament de François Legault vient d’être rejeté par le patient. Regardons ce qu’il reste dans l’armoire à pharmacie.
Le bleu foncé
Je vais décevoir ceux qui s’attendent à ce que je mette tout le Parti conservateur du Québec aux vidanges : quand on parle de réduire la bureaucratie, de revoir la taille de l’État, de donner de l’air aux PME ou de nous en donner davantage pour notre argent, l’entrepreneur en moi écoute attentivement.
Le Québec n’est pas devenu allergique parce qu’une idée vient de la droite, et le prochain gouvernement péquiste serait idiot de rejeter une bonne proposition seulement parce qu’elle vient des conservateurs.
Maintenant, il faut quand même parler des coucous.
Je précise le mot parce qu’il va en faire sauter quelques-uns. Je ne parle pas de quelqu’un qui est conservateur, contre les taxes ou qui trouve l’État trop gros. Ce sont des opinions parfaitement légitimes. Un coucou, pour moi, c’est quelqu’un qui choisit de croire à des théories du complot alors que les faits ne lui donnent aucune raison sérieuse de le faire.
Et le PCQ en a fait élire.
Marie-Josée Hélie, dans Montmorency, a parlé de « vaccination forcée génocidaire », s’est demandé si la pandémie servait à imposer une identité numérique et s’est également interrogée sur les intérêts financiers entourant la vaccination.
Elle a aussi surnommé son chef le « grand vibrateur » à l’époque de la pandémie. Je ne suis pas certain qu’Éric aime beaucoup ce surnom, qui lui collera sûrement à la peau. Encore pendant la campagne, elle se disait très fière d’avoir posé des questions.
Aujourd’hui, on n’est plus devant une publication Facebook de mon oncle Gérard, un samedi soir après trois bières. C’est maintenant une députée à l’Assemblée nationale.
Parlons de Tarek Henoud, élu dans Arthabaska–L’Érable. Probablement le plus coucou du troupeau conservateur, avec des publications montrant des traînées de condensation d’avion dans lesquelles il affirmait que les appareils avaient commencé à « larguer leurs produits ».
On a un député à l’Assemblée nationale qui croit aux chemtrails. C’est également un fervent croyant, et il sera assurément à surveiller dans les prochains mois et les prochaines années.
Jimmy Gagnon pose un autre genre de problème. Dans un jugement de 2024, la Cour supérieure a conclu que son témoignage n’avait aucune crédibilité et qu’il avait menti au cours du processus judiciaire dans une affaire impliquant notamment la destruction d’équipement d’une érablière appartenant à ses voisins.
Pour un parti qui a attaqué Alex Boissonneault pour des erreurs de jeunesse, Éric Duhaime aura fort à faire pour me convaincre que cet individu mérite sa place à l’Assemblée nationale.
Et puis il y a Dominique Dumas, qui arrive directement de Radio X.
Polémiste, c’est un métier. Provoquer, cogner, exagérer, parfois faire réagir : dans le cas de Dumas, il l’a fait à merveille. Par contre, quand il parle d’établir des balises pour l’avortement, quand il écrit qu’il est toujours plus facile de se victimiser quand on est une femme, qu’il qualifie le milieu artistique de « parasites » et qu’il tient des propos particulièrement préoccupants sur les personnes trans et différents groupes de la société québécoise, on est en droit de se préoccuper de sa présence à l’Assemblée nationale.
Un homme peut-il évoluer ? Bien sûr. Un député n’est pas un polémiste. Il a le devoir de représenter tous les électeurs de sa circonscription. Le chef a déjà dû le ramener à l’ordre, et gageons que ce ne sera pas la dernière fois que ça arrivera.
Côté radiophonique, Éric Duhaime a quand même un CV impressionnant. Il a défendu à de nombreuses reprises une conception du droit de vote fondée sur l’impôt payé : celui qui contribue davantage devrait peser davantage, tandis que le droit de vote de celui qui ne paie pas d’impôts et ne fait que recevoir de l’aide de l’État devrait être remis en question.
Il a ensuite expliqué que c’était dans une émission de radio où on provoquait volontairement la discussion.
D’accord.
Il y a aussi cet épisode où il a qualifié les attachées politiques de « toutes laides », avant d’expliquer qu’il cherchait justement à clore une discussion sur leur apparence.
C’est tout le paradoxe Duhaime. Il peut formuler des critiques parfaitement légitimes sur la lourdeur de l’État et, quelques minutes plus tard, son personnage de radio vient lui coller une tape derrière la tête.
À la radio, provoquer fait partie du spectacle. Quand on dirige 19 députés à l’Assemblée nationale, le spectacle doit finir.
Éric a enfin ce qu’il réclamait : un vrai caucus. Le temps de l’auberge espagnole est terminé. On ne peut plus être à la fois le parti des entrepreneurs sérieux, des conservateurs fiscaux, des libertariens, des contribuables tannés et le refuge de tout ce qui se trouve dans les profondeurs de Facebook et au royaume des coucous.
Sur l’avortement, il a tracé sa ligne lui-même : le PCQ se dit pro-choix, il ne veut pas rouvrir le débat et ses députés devront défendre la position du parti. Point final.
Maintenant, si un des élus du caucus conserve ses positions personnelles et refuse carrément de respecter une position fondamentale du parti qui l’a fait élire, il doit y avoir des conséquences, pouvant aller jusqu’à l’expulsion du caucus.
Une ligne de parti qu’on ne fait jamais respecter, ce n’est pas une ligne : c’est une suggestion. Et dans le cas d’Éric Duhaime, il en va de sa crédibilité comme chef.
Il devra professionnaliser son parti et choisir entre un conservatisme sérieux et le folklore des coucous post-pandémie. Je préfère entendre des députés parler pendant quatre ans de productivité et de finances publiques plutôt que de regarder le ciel pour savoir ce que les avions vaporisent.
Passons au rouge
Le Parti libéral du Québec est lui aussi sous probation.
L’opposition officielle ne donne pas automatiquement un brevet de compétence économique. La vieille idée du PLQ comme « parti de l’économie » mériterait d’ailleurs d’être sérieusement dépoussiérée à la lumière de notre histoire récente depuis 2003.
Charles Milliard dit vouloir renouer avec l’esprit de Robert Bourassa, et c’est tant mieux. Il faudra par contre faire plus que prononcer son nom dans quelques discours.
Robert Bourassa était fédéraliste, mais c’est également sous son gouvernement que la souveraineté du Québec a obtenu son plus fort appui populaire. Il était d’abord le premier ministre du Québec. Il pouvait croire au Canada, mais il a toujours mis les intérêts du Québec de l’avant.
Et c’est exactement cet espace que Charles Milliard doit reconquérir.
Parce que, selon les informations que j’ai reçues, plus d’une centaine de personnes provenant d’Ottawa et de ses sphères d’influence seraient venues, au cours des trois dernières années, travailler, s’impliquer ou graviter autour du PLQ.
On ne parle pas de quelques transfuges, mais d’une véritable infection généralisée.
Charles Milliard devra faire le ménage. Pas une purge, encore moins une chasse aux sorcières : le ménage politique d’un chef qui veut faire savoir qu’il dirige réellement son parti.
Il devra regarder qui gravitait autour de la campagne de Pablo Rodriguez, quels réseaux se sont installés et quelles traces ils ont laissées.
Le Parti libéral du Québec doit décider s’il redevient un vrai parti fédéraliste québécois, capable de dire non à Ottawa, ou s’il accepte de devenir une succursale provinciale des réseaux fédéraux.
L’autre dossier à surveiller du côté des rouges sera Antoine Dionne Charest, élu dans Verdun.
Ne le réduisons pas à son père, mais tout de même. Bien qu’il milite au PLQ depuis longtemps, qu’il ait participé à plusieurs de ses instances et travaillé à la relance du parti, j’aurais quand même tendance à garder un œil sur celui qui pourrait un jour vouloir être calife à la place du calife. Et on me dit que c’est déjà le cas.
Jean Charest était bien présent à Verdun hier soir et s’est dit fier de son fils. Mais politiquement, le nom Charest vient de remettre un pied dans l’univers parlementaire libéral, et je pense que c’est pour le pire.
Le PLQ doit regarder en avant et non reconstruire le parti de 2003, qui a été une véritable catastrophe pour le Québec.
Bourassa ou Ottawa ? Charles Milliard ou le retour des vieux réseaux ? La pilule rouge est redevenue quelque chose de possible, mais elle demeure encore en essai clinique.
La pilule orange
Je ne crois pas que Québec solidaire soit inutile. La gauche avait sa place dans la grande coalition du PQ de l’époque, et j’espère qu’un jour elle y retournera.
Par contre, elle a souvent tendance à choisir le mauvais médicament et, disons-le, les dernières années nous ont permis d’assister à une belle bataille entre un médecin lucide, Gabriel Nadeau-Dubois, et la frange plus extrémiste du parti.
Avec mes lunettes d’entrepreneur, certaines propositions économiques me donnent envie de vérifier s’il reste encore des Tylenol dans l’armoire.
Mais ce serait trop facile de s’arrêter là. Le logement est un vrai problème, la pauvreté et l’itinérance aussi. Le transport collectif, l’environnement et les inégalités ne disparaissent pas parce qu’on trouve les solutions de QS trop coûteuses ou mal ficelées.
Une société doit créer de la richesse, mais elle doit aussi regarder ce qui arrive à ceux qui restent derrière.
Québec solidaire a quelque chose à apporter au traitement, à condition de transformer ses préoccupations légitimes en politiques applicables, financées et mesurables.
Parce que le mot « gratuit » finit toujours par rencontrer quelqu’un avec une facture entre les mains.
Il y a aussi la question de la provenance de la pilule orange.
Depuis quelque temps, je vois Québec solidaire se rapprocher de La France insoumise. Dans les idées, mais également dans les méthodes : le conflit comme stratégie, le goût du coup d’éclat, la tendance à traiter l’adversaire comme un ennemi plutôt que comme quelqu’un à convaincre.
Et j’en comprends l’attrait. La France insoumise fait du bruit, mobilise et occupe l’espace politique français. Je l’entends et je le vois à chacune de mes visites en France, et il suffit de regarder l’actualité dans les lycées français pour comprendre que ça peut dégénérer rapidement.
Mais le Québec n’est pas la France, et ce qui remplit une place publique à Paris ne remplira pas nécessairement une urne à Trois-Rivières.
Gabriel Nadeau-Dubois l’avait compris. Il plaidait pour un Québec solidaire plus pragmatique, un parti de gouvernement capable de parler à plus de monde qu’à ses propres militants, et on connaît la suite.
Je pense qu’il avait raison. QS aurait tout intérêt à prendre ses distances avec les extrêmes et à revenir vers le centre. Ses meilleures idées sur le logement et la pauvreté n’ont pas besoin d’un emballage importé pour être prises au sérieux : elles ont besoin d’être crédibles.
Est-ce que je veux que le gouvernement péquiste avale la bouteille orange au grand complet ? Certainement pas.
Mais une bonne idée ne devient pas stupide parce qu’elle vient de Québec solidaire. Prenez-la, corrigez-la, financez-la correctement et appliquez-la si elle fonctionne.
Maintenant, place au bleu : le mien
Je ne jouerai pas à l’analyste détaché. Je suis souverainiste et je considère que le Parti québécois avait, en 2026, la meilleure équipe pour gouverner et qu’il offre la direction la plus intéressante pour l’avenir. Et pas seulement parce qu’il porte le fleurdelisé.
Autour de Paul St-Pierre Plamondon, il y a de l’expérience, de nouveaux talents, des gens qui comprennent l’économie, les affaires, les technologies et, surtout, une destination qui ne change pas selon les sondages du mardi matin.
Le retour de Nicolas Marceau, ancien ministre des Finances et de l’Économie, économiste et professeur, amène une expérience qu’on n’invente pas pendant une fin de semaine de formation militante.
À côté de lui arrivent des profils comme Anne Nguyen, issue du monde de l’innovation, de la transformation numérique, des données et de l’intelligence artificielle.
Des racines et de l’avenir.
C’est le mélange que je veux voir autour d’une table gouvernementale, parce qu’on ne construira pas le Québec de 2035 avec les outils de 1995.
Cette nouvelle Assemblée nationale ressemble beaucoup plus qu’on le pense aux coalitions souverainistes des grands rendez-vous.
En 1980 comme en 1995, les souverainistes ne s’entendaient ni sur la fiscalité, ni sur la taille de l’État, ni sur les syndicats. Il y avait des patrons et des syndicalistes, des sociaux-démocrates et des nationalistes conservateurs. Du monde capable de s’engueuler trois heures sur une taxe, mais de se retrouver autour d’une question plus grande : qui doit décider pour le Québec ?
En 1995, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Mario Dumont venaient de trois traditions politiques différentes. Ils se sont pourtant retrouvés autour du projet du pays.
C’est cette coalition-là qui m’intéresse.
La souveraineté n’appartient ni à la gauche ni à la droite. On peut être souverainiste et entrepreneur, syndicaliste, environnementaliste ou encore conservateur fiscal.
On peut vouloir un État plus petit ou un État social plus fort et s’entendre sur une chose : les décisions qui concernent le Québec devraient être prises par les Québécois, et uniquement par les Québécois.
Entre une droite conservatrice qui prend plus de place, une gauche souverainiste incarnée par Québec solidaire et un Parti libéral en reconstruction, le Parti québécois doit redevenir ce qu’il est à son meilleur : le point de rencontre.
Là-dessus, je n’ai aucune hésitation. Le Québec doit devenir un pays.
Pas de peut-être, pas d’éventuellement, pas de « si Ottawa nous donne trois autres bonnes raisons d’être fâchés ». La destination finale du Québec, c’est un pays.
C’est la seule voie qui assure, à long terme, la survie politique, culturelle et linguistique de cette nation française en Amérique.
Notre poids diminue au Canada chaque année, le centre de gravité du pays se déplace et nos décisions fondamentales continuent d’être prises dans un Parlement où nous serons de plus en plus minoritaires.
Je n’ai aucune envie d’attendre que nous soyons devenus insignifiants pour me demander si nous aurions dû agir.
Plus je travaille à l’étranger, plus ça me frappe en pleine face. Je vois des pays défendre leurs entreprises, leurs intérêts et leur culture et négocier pour eux-mêmes.
Pourquoi continuer de remettre volontairement une partie de nos décisions entre les mains d’un autre Parlement ?
Je ne veux pas d’un pays simplement pour changer la couverture de mon passeport. Je veux les outils. Tous : fiscalité, immigration, commerce, télécommunications, diplomatie, culture, droit criminel.
Nos décisions. Nos réussites. Nos erreurs aussi.
Un pays adulte.
Et un pays adulte, ça se gère. Ça prend une économie solide, des sièges sociaux, de l’énergie, une fiscalité compétitive, une dette contrôlée, des écoles qui fonctionnent et des hôpitaux capables de soigner notre monde.
La souveraineté qui m’intéresse n’est pas nostalgique : elle est économique, entrepreneuriale, technologique et moderne.
Une bonne idée conservatrice, libérale ou solidaire ? Prenons-la.
Je me fous de savoir qui se lèvera six mois plus tard à la période des questions pour rappeler qu’elle venait de lui. Je veux simplement qu’elle fonctionne.
L’ordonnance du médecin
La Coalition Avenir Québec vient d’être retirée du marché.
Le Parti conservateur du Québec devra choisir entre son aile sérieuse et ses coucous.
Le Parti libéral du Québec est en probation : Charles Milliard devra décider quoi faire de l’influence fédérale, quoi faire de l’héritage Rodriguez et, surtout, quoi faire de l’ombre de Jean Charest.
Québec solidaire devra montrer qu’on peut avoir de grandes ambitions sociales sans oublier la calculatrice sur le comptoir.
Et le Parti québécois devra faire ce qu’il a toujours fait de mieux : rassembler.
La gauche et la droite, les entrepreneurs et les travailleurs, Montréal et les régions. Ceux qui étaient là en 1980, ceux qui ont encore mal en pensant au 30 octobre 1995 et toute une génération qui n’était pas née lors du dernier référendum.
Pas parce que tout ce monde pense pareil. Heureusement, d’ailleurs.
Mais parce qu’on peut être en désaccord sur mille choses et vouloir décider ensemble de la mille et unième, celle qui compte le plus : notre avenir.
Alors, qu’on discute, qu’on négocie, qu’on s’engueule un peu si ça peut faire avancer les choses, et qu’on prenne les bonnes décisions là où elles sont.
Je me fous de la couleur de la pilule. Je veux que le patient se relève.
Et cette fois, je ne veux pas seulement qu’il sorte de l’hôpital : je veux qu’il choisisse lui-même où il va.
Le patient, c’est le Québec.
Et sa destination, c’est le pays.
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