« Je suis la tribu. »
Il ne s’agit pas d’un cri de ralliement réservé aux citoyens adhérant pleinement et entièrement à la philosophie du Parti conservateur du Québec (PCQ). Il s’agit plutôt d’une affirmation en faveur du respect des représentants démocratiquement élus par la population.
Car, au-delà des divergences politiques, une question fondamentale se pose : jusqu’où peut aller le mépris envers des élus sans que celui-ci finisse par atteindre les citoyens qui leur ont accordé leur confiance ?
D’où vient ce slogan ?
Ce slogan n’arrive pas de nulle part.
Au lendemain des élections provinciales du 5 octobre 2026, le maire de Québec, Bruno Marchand, a qualifié les élus du Parti conservateur du Québec de « tribu », dans le cadre d’une guerre verbale l’opposant au chef conservateur, Éric Duhaime.
M. Marchand a justifié l’emploi de ce terme en présentant une tribu comme un ensemble de personnes pensant exactement de la même manière.
Il est toutefois permis de trouver cette déclaration particulièrement ironique. Après tout, Bruno Marchand dirige lui-même un parti politique municipal dont les élus partagent, à bien des égards, une vision commune des affaires publiques.
Faudrait-il donc, selon cette logique, qualifier également son propre parti de « tribu » ?
Une fois de plus, le mépris de Bruno Marchand semble refaire surface. S’en prendre ainsi aux représentants provinciaux élus dans sa ville, c’est aussi risquer de manquer de respect aux citoyens qui leur ont démocratiquement accordé leur confiance.
Rappelons à M. Marchand que les élus de son propre parti ne sont pas systématiquement affublés d’une telle étiquette.
Dans ce contexte, l’utilisation du terme « tribu » prend une connotation péjorative. Historiquement, ce mot a parfois été employé, notamment dans les discours coloniaux, pour désigner des populations présentées comme primitives, barbares ou peu civilisées.
Bien entendu, le mot ne possède pas nécessairement cette signification. Toutefois, son utilisation dans un contexte de confrontation politique peut laisser entendre une certaine forme de condescendance.
M. Marchand aurait-il décidé de se comporter en colonisateur idéologique face à cette prétendue tribu de conservateurs, comme si ses élus et leurs électeurs étaient incapables de réfléchir par eux-mêmes ?
C’est, du moins, l’impression que donnent ses propos.
Le désaccord politique n’autorise pas le mépris
Qu’il n’y ait point de malentendu : il n’est absolument pas interdit d’entretenir des désaccords dans l’espace public.
Bien au contraire, la confrontation des idées constitue l’un des fondements mêmes de la démocratie et de la vie politique.
Cependant, il existe une différence fondamentale entre critiquer les positions d’un adversaire et s’en prendre à son caractère ou à son intelligence.
En décrivant les élus conservateurs comme des personnes pensant exactement de la même manière, Bruno Marchand ne se contente plus de contester leurs propositions : il porte également un jugement sur leur indépendance d’esprit.
Il est d’autant plus ironique de voir le maire inviter Éric Duhaime à élever le niveau du débat politique, alors que ses propres déclarations donnent parfois l’impression que ceux qui ne partagent pas sa vision seraient des ignorants ou des individus incapables de « jouer en équipe ».
Est-ce donc cela, élever le niveau du débat politique, selon Bruno Marchand ?
Si tel est le cas, force est d’admettre que cette conception du débat démocratique est particulièrement décevante.
Les débats d’idées sont non seulement souhaitables, mais nécessaires. Il est sain de discuter des politiques publiques, de remettre en question les décisions gouvernementales et de confronter différentes visions de la société.
En revanche, réduire des élus démocratiquement choisis à une simple « tribu » constitue, à mes yeux, une manifestation de mépris qui risque de rejaillir sur les électeurs qu’ils représentent.
On peut combattre les idées d’un adversaire sans chercher à le diminuer personnellement.
Voilà ce que devrait être un véritable débat démocratique.
Polarisation : comment en sortir ?
Le débat entourant le tramway de Québec est, de toute évidence, profondément polarisant.
Les positions sont tranchées, les échanges deviennent rapidement acrimonieux et les accusations fusent de part et d’autre.
Dans ce contexte, ne serait-il pas temps de chercher une manière plus directe de consulter la population sur ce projet ?
Pourquoi ne pas envisager un référendum municipal ?
Certes, une élection permet aux citoyens de choisir leurs représentants et les orientations générales d’une administration. Toutefois, elle ne constitue pas nécessairement un mandat explicite sur chacune des politiques publiques proposées.
Un référendum permettrait précisément de demander aux citoyens de se prononcer sur le projet de tramway lui-même.
Si Bruno Marchand est aussi convaincu de bénéficier de l’appui populaire nécessaire à sa réalisation, pourquoi ne pas soumettre cette conviction à l’épreuve des urnes ?
Après tout, il lui reste encore environ trois années de mandat.
Une telle démarche pourrait contribuer à clarifier les positions et, surtout, à redonner directement la parole aux citoyens.
Convaincre plutôt que mépriser
Bruno Marchand gagnerait à faire davantage preuve de retenue dans ses déclarations envers les élus provinciaux et les trois élus municipaux de l’opposition.
Le maire défend ardemment la réalisation du tramway de Québec. C’est son droit le plus strict.
Cependant, s’il souhaite rallier davantage de citoyens à sa vision, il aurait tout intérêt à convaincre ceux qui demeurent indécis plutôt qu’à entretenir une confrontation permanente avec ses adversaires politiques.
Parmi ces citoyens, certains ont peut-être voté pour le Parti conservateur du Québec lors des dernières élections provinciales.
Leur vote devrait-il automatiquement les exclure du dialogue municipal ?
Certainement pas.
Plutôt que d’adopter une posture de roi-philosophe, persuadé de détenir à lui seul la définition du bien commun, M. Marchand devrait chercher à apaiser les tensions et à rassurer les citoyens qui expriment des préoccupations légitimes.
Il prétend gouverner dans l’intérêt de la population. Or, il convient de demeurer prudent lorsqu’un politicien affirme vouloir faire le bien des citoyens, qu’ils le veuillent ou non.
Le bien commun ne devrait jamais devenir un prétexte permettant de discréditer ceux qui osent le définir autrement.
En qualifiant ses opposants de « tribu », Bruno Marchand contribue précisément à cette polarisation qu’il devrait pourtant chercher à atténuer.
Et ce n’est certainement pas en méprisant une partie de l’électorat qu’il parviendra à la convaincre.
Conclusion : je suis la tribu
À mes yeux, le mépris exprimé par Bruno Marchand à l’égard du Parti conservateur du Québec et de ses électeurs ne fait guère de doute.
Cependant, il ne faudrait pas pour autant sombrer dans la négativité ou répondre à la condescendance par une condescendance équivalente.
Pourquoi ne pas plutôt transformer cette insulte en symbole de fierté ?
Après tout, dans une démocratie, les citoyens ont parfaitement le droit de penser autrement, de contester les projets de leurs dirigeants et d’élire des représentants qui défendent une vision différente de celle du pouvoir municipal.
Ce droit ne devrait jamais leur valoir d’être considérés comme des citoyens de seconde zone.
Alors, chers lecteurs, la prochaine fois que quelqu’un vous reprochera d’appartenir à cette fameuse « tribu », ne l’envoyez point sur les roses.
Répondez-lui plutôt, avec calme, conviction et fierté :
« Je suis la tribu. »
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