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Pour en finir avec les «coucous» à Duhaime

Depuis sa percée électorale, le PCQ fait l’objet d’attaques de plus en plus nombreuses, dont certaines sont plus ou moins constructives.

Avant de m’accuser d’être biaisé ou de chercher à victimiser le PCQ — comme c’est devenu une tradition dans notre culture politique —, comprenez une chose : je ne dénonce absolument pas la multiplication des critiques constructives à son endroit. Avec plus de pouvoir viennent davantage de responsabilités. Il est parfaitement normal, et même sain dans une démocratie, que l’on observe de plus près un parti qui vient de gagner en influence. Je l’encourage même.

Je dénonce plutôt quelque chose de beaucoup moins sain pour notre démocratie : les étiquettes, le mépris, les insultes et la disqualification morale. Oui, tous les partis en font les frais. Ce n’est pas nouveau, et je ne suis certainement pas le premier à le dénoncer. J’observe toutefois une intensité et une hargne particulières, en ce moment, à l’égard du PCQ. Le PQ n’est d’ailleurs pas très loin derrière, avec le retour en force des accusations de « xénofascisme » à son endroit.

Je comprends la logique : on cherche à « contrôler » le pouvoir accru des conservateurs en les maintenant aussi bas que possible dans l’espace public. Mais, d’un point de vue pragmatique, est-ce que cela sert réellement à quelque chose, à part contribuer à pourrir le débat public et, incidemment, notre climat social?

Je n’ai jamais compris l’utilité de cette stratégie. Elle n’enlèvera pas de sièges au PCQ. Elle ne l’empêchera pas de faire ce qu’il entend faire. Et elle n’empêchera certainement pas ses électeurs de voter pour lui. Pire encore : elle affaiblit notre démocratie en sabotant notre capacité collective à dialoguer.

Parce que le mépris ne convainc que les convaincus. Croyez-vous réellement qu’un électeur conservateur va changer d’idée au 500e « coucou » ou au 250e « illettré »? Moi non plus. Alors, si ça ne change rien, pourquoi le faire?

Je comprends néanmoins d’où vient cette fameuse étiquette de « coucou ». La COVID-19 a plongé le monde dans une crise sanitaire majeure. Notre tissu social, notre économie et nos institutions ont été mis à rude épreuve. Nous avons traversé une période où l’État a considérablement restreint certaines libertés individuelles : couvre-feu, confinements, passeport vaccinal obligatoire pour aller au gym ou au restaurant.

Dans un tel contexte, le discours dominant était essentiellement le suivant : il faut rester unis, suivre les directives et ne pas laisser le tissu social se déchirer. Ce n’est pas le moment de réclamer individuellement davantage de liberté. Soyons résilients collectivement.

L’angoisse provoquée par la crise sanitaire, combinée au confinement de la population, a certainement constitué un cocktail explosif. Les réseaux sociaux sont alors devenus, pour plusieurs, la seule fenêtre sur un monde qu’ils ne pouvaient plus explorer librement.

Cette instabilité a naturellement constitué un terreau fertile pour la montée de nombreux discours conspirationnistes. L’isolement, le besoin de sens et la recherche de repères dans un monde en crise ont amené certaines personnes à adhérer à ces idées.

On a alors vu se développer une culture alternative composée de gens qui rejetaient ce qu’ils percevaient comme une dérive autoritaire de la société. Certains le faisaient pour des raisons parfaitement légitimes; d’autres, pour des raisons plus discutables. Plusieurs se sont mis à explorer activement des lectures alternatives de la réalité, comme le conspirationnisme, l’ésotérisme et, parfois, le mariage des deux : la conspiritualité.

Éric Duhaime a alors cherché à rassembler ceux qui s’opposaient à ce virage qu’ils percevaient comme autoritaire et qui estimaient que certaines libertés individuelles n’avaient pas à être sacrifiées. Certains avaient des préoccupations très terre-à-terre. D’autres, moins.

Ceux-là, on les a appelés les « coucous » : un terme d’argot québécois désignant, grosso modo, une personne un peu folle, déconnectée de la réalité, opposée aux mesures sanitaires ou adepte de théories du complot. Duhaime les a accueillis parce qu’ils partageaient avec lui certaines convictions antiautoritaires. Était-ce une erreur stratégique? Peut-être.

En dehors du PCQ, les gens avaient également besoin d’espaces pour ventiler devant l’essor de la conspiritualité. Des pages Facebook comme L’Observatoire des délires conspirationnistes du Québec ont vu le jour. J’y ai moi-même beaucoup ri et ventilé avec d’autres personnes qui, comme moi, étaient dépassées par l’ampleur que prenait le phénomène. Ça faisait du bien.

Mais maintenant que la crise sanitaire est passée, cette page est elle-même devenue une chambre d’écho où la dissidence idéologique est disqualifiée. Comme bien d’autres pages militantes de la sorte, elle s’est mise à présenter le PCQ comme l’incarnation de la dépravation idéologique et morale, le tout accompagné de l’immanquable manichéisme : les gentils d’un côté, et le PCQ, ce mal absolu qu’il faut détruire, de l’autre.

L’ironie est savoureuse : ces militants sont désormais prisonniers de la réalité alternative qu’ils se sont construite. Ce sont… des néocoucous! À saveur « progressiste », cette fois, qui s’imaginent des complots d’extrême droite partout.

Pour peu qu’on ait passé l’âge de se nourrir de tels récits puérils, on constate pourtant que le PCQ s’est progressivement éloigné de plusieurs éléments jugés trop « coucous », notamment pour des raisons électorales. C’est parfaitement légitime pour un parti qui souhaite élargir son électorat.

Il en reste néanmoins quelques-uns dans ses rangs. Certains siégeront bientôt à l’Assemblée nationale. Et alors? Je crois qu’il est temps de déstigmatiser les « coucous », tout en continuant, évidemment, à dénoncer les idées qui présentent un réel danger pour autrui. Une personne peut avoir des croyances farfelues sans être automatiquement incapable d’exercer une fonction parlementaire.

Le problème, c’est que le terme « coucou » n’est plus tellement utilisé aujourd’hui pour ventiler ou se moquer de certaines croyances marginales. Il est devenu une arme de disqualification politique. Le raisonnement est désormais simple : le PCQ s’est déjà allié à des « coucous » par le passé, donc… PCQ = coucou. Militants, députés, électeurs, anciens ou nouveaux : tout le monde y passe.

Je sais que cette caricature peut être particulièrement pratique pour certains militants de Québec solidaire. Mais elle n’en devient pas plus factuelle pour autant. J’ai personnellement identifié deux « coucous » qui feront leur entrée à l’Assemblée nationale. J’en ai peut-être oublié : vous me le signalerez en commentaire.

Il y a d’abord Tarek Anoud, élu dans Arthabaska, qui semblait autrefois particulièrement préoccupé par la fameuse théorie des chemtrails, selon laquelle les traînées de condensation laissées par les avions seraient en réalité des substances toxiques volontairement répandues sur la population. Il a depuis affirmé que cette position ne représentait plus ses idées ni celles du PCQ. Un ex-coucou, donc.

Nous avons également Marie-Josée Hélie, élue dans Montmorency, qui adhère à certaines croyances ésotériques. Cela ne lui retire ni sa légitimité électorale ni son droit de siéger à l’Assemblée nationale. Après tout, nous n’exigeons pas des élus qu’ils renoncent à leurs croyances religieuses ou spirituelles avant d’entrer au Parlement. Tant que ces convictions personnelles ne sont pas imposées par l’action de l’État, elles relèvent de la liberté de conscience, même lorsqu’elles nous paraissent marginales ou farfelues.

Elle est aussi connue pour avoir remis en question certains consensus scientifiques et pour ses positions antivaccins, allant jusqu’à qualifier autrefois certains vaccins de « génocidaires ». Là, c’est moins inoffensif.

Mais tant qu’elle n’utilise pas sa fonction parlementaire pour imposer ces convictions ou faire adopter des mesures dangereuses, je ne vois pas pourquoi sa seule présence à l’Assemblée nationale constituerait une menace pour notre démocratie.

Nous autorisons d’ailleurs des personnes religieuses à siéger à l’Assemblée nationale. Pourquoi devrions-nous fermer notre Parlement à d’autres formes de croyances simplement parce qu’elles nous paraissent marginales? L’ouverture à la différence n’est-elle pas la pierre angulaire de la gauche politique?

Une croyance peut donc être farfelue sans être dangereuse. Et une croyance dangereuse doit être combattue par des arguments, des faits et, lorsque c’est nécessaire, par les mécanismes institutionnels appropriés.

Je crois qu’il est temps d’évoluer avec le PCQ et de cesser de réduire systématiquement ses représentants à l’étiquette de « coucous ». Oui, il y en aura à l’Assemblée nationale. Mais le mépris politique me paraît actuellement beaucoup plus dangereux pour notre démocratie que la présence de deux ou trois personnes aux croyances marginales sur les bancs de l’Assemblée nationale.

Il est temps de commencer à guérir collectivement du traumatisme causé par l’essor fulgurant de la conspiritualité pendant la crise sanitaire. Il est faux de prétendre que toutes les croyances conspirituelles sont dangereuses. Lorsqu’elles sont bénignes, nous pouvons commencer à accepter de vivre avec les personnes qui y adhèrent, tant qu’elles ne nous les imposent pas.

Alors, arrêtons le mépris politique et les étiquettes à l’emporte-pièce. Critiquons les idées. Contestons les faits. Dénonçons les dérives. Questionnons les élus. Mais laissons tomber la disqualification systématique de ceux qui pensent autrement.

Parce que si nous voulons réellement améliorer notre démocratie et éviter l’autoritarisme, il faudra éventuellement recommencer à nous parler. Et ça, ça ferait du bien à tout le monde.

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