Après être passée par la CAQ et le PCQ, voilà que Jacinthe-Ève Arel rejoint le Parti québécois.
Bon, je ne connais pas énormément cette dame, mais j’ai toujours apprécié son pragmatisme politique.
Je la sais ambitieuse. Elle voit grand. Ses allégeances politiques ont peut-être changé au fil du temps, mais je ne suis pas convaincu que ses convictions aient suivi le même chemin.
Dans mon livre à moi, Jacinthe-Ève Arel est une « double autonomiste ». J’entends par là une personne qui aspire à la fois à la souveraineté du Québec face au Canada et à celle des Québécois face à leur propre État.
Or, trouver le bon véhicule politique pour les doubles autonomistes au Québec relève presque du casse-tête. D’un côté, nous avons le PQ, qui porte le projet de souveraineté nationale. De l’autre, le PCQ, qui met davantage l’accent sur la souveraineté individuelle et la limitation de l’État.
Le PQ porte plutôt timidement le projet de souveraineté étatique, tandis que, du côté de la souveraineté nationale, c’est le désert au PCQ.
Les doubles autonomistes se retrouvent donc tiraillés entre deux formations qui ne défendent chacune qu’une partie de leurs aspirations politiques.
Comme pragmatique moi-même, je peux comprendre son choix de rejoindre le PQ à titre de directrice de cabinet du ministre délégué à l’Efficacité gouvernementale et à l’Allègement réglementaire de l’État.
Mais j’ai une crainte : celle de la voir se faire avaler par la machine qu’elle souhaite justement transformer.
D’ailleurs, avez-vous simplement regardé le nom du ministère ? Le premier allègement que je proposerais serait certainement celui de son intitulé !
Il y a aussi quelque chose de paradoxal à créer un ministère supplémentaire pour examiner les secteurs où l’État pourrait réduire ses dépenses et ses effectifs. Faut-il vraiment davantage de fonctionnaires pour déterminer s’il y en a trop ?
Il faut bien commencer quelque part, j’imagine. Mais ça commence tout de même avec une certaine ironie. Tout ne se règle pas à coups de ministères. À un moment donné, il faut aussi savoir remettre en question la structure elle-même.
J’étais pourtant persuadé qu’elle finirait par rejoindre le PCQ et la mouvance autonomiste qui cherche à redéfinir le rapport entre l’individu et l’État.
Elle a finalement fait un choix pragmatique plutôt qu’un choix strictement idéologique. On verra bien ce que ça donnera.
Je lui donne néanmoins la chance de faire ses preuves. Je la sais ambitieuse et brillante, et ce, malgré les nombreuses blagues de blonde à son sujet. Par des soi-disant progressistes, en plus !
Et puis, il faut respecter la liberté de conscience. C’est peut-être une avenue intéressante à court terme pour contribuer à « discipliner l’État », comme elle aime le formuler.
Je demeure toutefois sceptique. Comme mon rédacteur en chef l’a lui-même souligné, j’ai l’impression qu’elle risque de finir par se heurter au manque de résultats concrets de son ministère et, éventuellement, de claquer la porte du PQ.
S’il y a une chose que les Québécois n’aiment pas particulièrement en politique, ce sont les girouettes. Ça, je l’ai bien compris.
Et cette succession de changements d’allégeance pourrait éventuellement lui jouer des tours dans sa carrière gouvernementale naissante.
À suivre.
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