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Élections en Israël : Netanyahu en tête, mais le pouvoir reste à négocier

Le scrutin israélien du 27 octobre 2026 laisse un Parlement fragmenté. Benjamin Netanyahu conserve le premier parti, mais son camp demeure privé de majorité. Ses adversaires disposent eux aussi d’un chemin incertain vers le pouvoir. Derrière cette impasse se dessinent plusieurs questions fondamentales : quelle sécurité après le 7 octobre 2023, quelle place pour la religion et quels rapports avec les Palestiniens?

Un système fondé sur la proportionnelle

Israël élit les 120 députés de la Knesset à la proportionnelle dans une circonscription nationale unique. Les citoyens de 18 ans et plus choisissent une liste de candidats, sans élire directement le premier ministre. Pour obtenir des sièges, une liste doit recueillir au moins 3,25 % des suffrages valides. Les sièges sont ensuite répartis entre les listes admissibles selon leurs résultats. Le mandat parlementaire dure normalement quatre ans, sous réserve d’élections anticipées. Les citoyens arabes d’Israël participent à ces élections. Les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie sans citoyenneté israélienne ne participent pas au vote pour élire les députés de la Knesset.

La majorité absolue se situe à 61 sièges. Après consultation des groupes parlementaires, le président confie à un député la mission de former un gouvernement, qui devra obtenir la confiance de la Knesset. Arriver premier ne garantit donc pas de gouverner. Les négociations portent sur les ministères, les budgets et les politiques publiques. Cette mécanique représente une société diverse, tout en donnant aux petits partenaires un pouvoir de négociation considérable.

Un Parlement sans majorité claire

Au 28 octobre 18:00 (à l’heure où est écrit ce présent article) avec environ 90 % des bulletins dépouillés, les projections attribuent 53 sièges au bloc Netanyahu, 48 aux partis d’opposition sionistes et 19 aux deux listes majoritairement arabes. Les bulletins restant à compter peuvent encore modifier cette répartition. Les résultats officiels définitifs sont attendus le 4 novembre. Il faut donc distinguer cette photographie provisoire d’une majorité gouvernementale effectivement constituée.

Du Likoud à la gauche : des projets concurrents

Le Likoud de Netanyahu arrive en tête avec 26 sièges projetés. Cette droite nationaliste mise sur la fermeté sécuritaire et la poursuite de la confrontation avec l’Iran. Netanyahu réclame un gouvernement de droite et cherche à conserver son poste. Sa survie politique dépend cependant de partenaires supplémentaires, puisque ses alliés habituels ne suffisent plus à former une majorité.

Son principal concurrent, Yashar!, dirigé par l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, est crédité de 21 sièges. Ce courant centriste défend une armée forte, un service militaire ou national pour tous et le rétablissement des équilibres institutionnels. Il souhaite engager un travail constitutionnel protégeant simultanément la capacité de gouverner et l’indépendance judiciaire, tout en réduisant les fractures sociales.

B’Yachad, ou Ensemble, réunit Naftali Bennett et Yaïr Lapid et obtiendrait 12 sièges. Cette alliance rapproche la droite de Bennett du centre de Lapid. Son programme comprend la baisse du coût de la vie, davantage de logements, l’allègement de certaines contraintes administratives et une redéfinition des rapports entre religion et État.

Les Démocrates de Yaïr Golan, issus du rapprochement entre travaillistes et Meretz, recueilleraient huit sièges. Cette gauche sioniste défend les institutions démocratiques, les services publics, les libertés civiles et l’arrêt de l’annexion en Cisjordanie. Yisrael Beiteinu, d’Avigdor Liberman, aurait sept sièges : une droite nationaliste, laïque et favorable à l’entreprise privée.

Le poids des partis religieux

Dans le camp Netanyahu, Otzma Yehudit d’Itamar Ben-Gvir compterait sept sièges et le Sionisme religieux de Bezalel Smotrich, allié à Zehut, six. Ces formations d’extrême droite soutiennent l’expansion des implantations et l’annexion par Israël de territoires situés en Cisjordanie. Elles souhaitent également réduire les pouvoirs des juges.

Shas et Judaïsme unifié de la Torah obtiendraient chacun sept sièges. Ces partis ultraorthodoxes défendent les institutions religieuses, leurs réseaux éducatifs et les intérêts matériels de leurs communautés. Les exemptions de service militaire constituent un enjeu explosif face aux demandes de partage des obligations nationales.

Les partis arabes en position d’arbitres

La Liste unifiée, créditée de 12 sièges, et Ra’am, dirigé par Mansour Abbas, de sept, deviennent potentiellement décisives. Leurs priorités comprennent l’égalité des citoyens arabes, le développement de leurs localités et les droits palestiniens. Leurs orientations diffèrent toutefois : la Liste unifiée rassemble notamment des courants communistes et nationalistes, tandis que Ra’am provient du mouvement islamique et a déjà participé à une coalition gouvernementale.

Trois issues possibles

Plusieurs issues restent envisageables : une coalition élargie autour de Netanyahu, une alternance reposant sur un soutien arabe, ou de nouvelles élections après l’échec des procédures de formation gouvernementale. L’addition des sièges ne résout cependant pas les incompatibilités politiques. Plusieurs dirigeants de l’opposition ont rejeté une coopération avec les partis arabes. Changer de position pourrait ouvrir une majorité, au prix d’engagements électoraux reniés.

Pourquoi ce scrutin nous concerne

Pourquoi s’y intéresser depuis le Québec? Parce que ces alliances influenceront les décisions concernant Gaza, la Cisjordanie, l’Iran et les relations avec Washington. Elles pèseront sur les perspectives diplomatiques et la protection des populations civiles. Ce scrutin fournit aussi un exemple concret des arbitrages de la proportionnelle : représenter davantage de sensibilités implique de négocier davantage. Comprendre ces rapports de force permet de juger les décisions israéliennes avec précision.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, connu sous le pseudonyme @LeBlondModere sur X, est rédacteur en chef de Pilule Rouge, cofondateur du balado Les Trois Afueras et collaborateur du podcast Le Bastion (anciennement Ian & Frank). Titulaire d’une degré en politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, il nourrit un intérêt marqué pour la géopolitique, les relations internationales, l’économie politique, les rapports de force et les différentes manifestations du pouvoir. Libéral classique, libertarien et indépendantiste québécois, il défend une conception de la société fondée sur la liberté individuelle, la responsabilité personnelle, la propriété privée et la limitation du pouvoir de l’État. Nourrie notamment par les travaux de Friedrich Hayek, de Frédéric Bastiat et des penseurs de la tradition libérale, sa réflexion s'articule autour des rapports entre l'individu, les institutions et le pouvoir politique. À travers ses chroniques, il s’attaque aux contradictions du modèle québécois, aux dérives de l’interventionnisme et aux idées reçues qui traversent le débat public. Son approche conjugue analyse politique, profondeur historique, esprit critique et une irrévérence assumée, avec une conviction fondamentale : aucune autorité ne devrait être soustraite à l’examen critique, surtout lorsqu’elle prétend agir pour notre bien.

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