Lundi, janvier 19, 2026

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Guilbault abandonne le navire caquiste

Geneviève Guilbault ne se représentera pas aux élections d’octobre 2026. L’ancienne vice-première ministre, destituée en septembre dernier après le fiasco SAAQclic, quitte une Coalition avenir Québec en chute libre dans les sondages. Son départ, annoncé samedi, s’ajoute à l’hémorragie de poids lourds qui frappe le parti à neuf mois du scrutin. Entre dépassements de coûts de centaines de millions, témoignage jugé «non crédible» et volte-face à répétition, le bilan de huit ans en politique se termine sur une série de débâcles.

Le timing qui en dit long

L’annonce est survenue quatre jours après le retrait de François Legault, alors que plusieurs la voyaient dans la course à la succession. Geneviève Guilbault a catégoriquement écarté cette hypothèse samedi lors d’une conférence de presse à Saint-Augustin-de-Desmaures. «Ma décision n’est liée ni à l’actualité, ni à l’annonce du premier ministre, ni aux sondages», a-t-elle affirmé.​

Pourtant, le contexte politique est brutal pour la CAQ. Un sondage Pallas Data publié le 13 janvier place le parti à 11% des intentions de vote, à égalité avec Québec solidaire, loin derrière le Parti québécois qui domine à 34%. Plus de la moitié des Québécois prédisent désormais une victoire péquiste en octobre. Le PQ mène dans les sondages depuis novembre 2023, soit plus de deux années consécutives en tête.​

Christine St-Pierre, ancienne députée libérale, a souligné que seulement six ministres se sont déplacés pour la conférence de presse de Guilbault, symptôme d’un manque de soutien flagrant. «Elle a réalisé que la CAQ risquait de ne pas gagner les prochaines élections», a analysé St-Pierre, ajoutant que l’absence d’appui de ses collègues pour la direction du parti avait pesé dans la balance.

SAAQclic: 1,1 milliard $ et un témoignage «non crédible»

Le dossier SAAQclic constitue la plaie ouverte du mandat de Guilbault. Lancée en février 2023, la plateforme numérique de la Société de l’assurance automobile du Québec devait initialement coûter 638 millions $ sur 10 ans. Les coûts ont explosé à un minimum de 1,1 milliard $ d’ici mars 2027, soit un dépassement de 462 millions $, selon le rapport de la Vérificatrice générale publié en février 2025.​

Le volet lié aux permis de conduire, à l’immatriculation et aux contrôles routiers a connu une hausse de coûts de plus de 300%, principale cause du dérapage. La vérificatrice générale Guylaine Leclerc a noté que «cette augmentation des coûts, ainsi que son incidence sur la répartition des sommes allouées au contrat, n’ont pas été clairement communiquées aux décideurs».

Pire encore, le système génère des problèmes persistants et n’a pas livré les bénéfices attendus: la prestation de service aux comptoirs prend plus de temps qu’avant et les services en ligne sont utilisés par moins d’usagers que l’ancien système.

En août 2025, Guilbault a témoigné devant la commission d’enquête présidée par le juge Denis Gallant. L’enquête visait à «expliquer les raisons des dépassements de coûts et cherche à savoir qui savait quoi», dans un contexte où les oppositions dénonçaient «une négligence grave et un manque de transparence».​

Des révélations ont établi que la ministre aurait été informée dès juin 2023 de la hausse des coûts, contredisant ses déclarations publiques. En janvier 2026, son témoignage et celui de son équipe ont été jugés «non crédibles» par des observateurs, alors que «les témoignages, les preuves, tout ce qui a été présenté devant le commissaire Denis Gallant confirme» une version différente de celle de la ministre.​​

Le rapport final de la commission Gallant, attendu le 13 février 2026, devrait la citer pour «mauvaise conduite» selon des informations divulguées.​

Destitution et rétrogradation

En septembre 2025, François Legault a déchu Guilbault de ses fonctions de vice-première ministre et de ministre des Transports, la reléguant aux Affaires municipales. Cette rétrogradation majeure sanctionnait de facto sa gestion du dossier SAAQclic et marquait sa mise à l’écart de la ligne de front gouvernementale.

Le contraste est saisissant avec octobre 2017, lorsque Legault la qualifiait de «nouvelle étoile de la politique» après sa victoire dans Louis-Hébert, un bastion libéral qu’elle avait arraché avec 51% des voix. Un an plus tard, à 36 ans, elle devenait vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique.​

Le troisième lien: l’incohérence incarnée

Le projet de tunnel routier entre Québec et Lévis illustre l’inconstance qui a caractérisé le gouvernement Legault. En avril 2023, Guilbault annonce l’abandon du troisième lien, un projet pourtant promis en campagne électorale. Quatorze mois plus tard, en juin 2024, le gouvernement effectue une volte-face complète et relance le projet au nom de la «sécurité économique».​

Pierre-Luc Bouchard, chef du Parti québécois, a affirmé que «c’est à ce moment que le premier ministre et son équipe ont décidé de la sacrifier». Malgré cette débâcle, Guilbault a revendiqué samedi la fierté d’avoir franchi «plusieurs étapes jamais franchies» sur ce dossier.​

L’hémorragie du parti au pouvoir

Le départ de Guilbault s’inscrit dans une saignée qui frappe la CAQ. En quelques semaines, le parti perd François Legault, Christian Dubé, Lionel Carmant, Sylvain Lévesque, et maintenant son ancienne vice-première ministre. Jean-François Simard a tenté de minimiser les dégâts en parlant de «cycle de renouveau», mais la perception d’un parti en déroute s’installe.​

Lors de la conférence de presse de samedi, le ministre Samuel Poulin a versé des larmes pendant le discours de Guilbault, la qualifiant de «collègue que nous aimons». Jean-François Simard l’a décrite comme «l’une des plus grandes dames que la politique québécoise ait connue au cours des dix dernières années». Des hommages qui contrastent avec la faible assistance: seulement six ministres s’étaient déplacés.​

Sur X, François Legault a publié un message convenu: «Merci Geneviève pour ton engagement, ton énergie, ton travail de terrain et ta confiance».​

Bracelet anti-rapprochement: la seule réalisation durable

Le déploiement du bracelet anti-rapprochement reste l’accomplissement tangible du mandat de Guilbault. «Aujourd’hui, on place le Québec à l’avant-garde et on fait du Québec un précurseur dans la lutte contre la violence qui est faite aux femmes», déclarait-elle en décembre 2021.

Le dispositif, implanté graduellement à partir de mai 2022, permet de géolocaliser les contrevenants et d’alerter les victimes en cas de violation d’un périmètre de sécurité. «Il y a moins de bris des conditions quand ils portent ce bracelet-là parce que c’est beaucoup plus difficile», affirmait-elle à l’époque.​

Un départ, pas nécessairement une fin

Contrairement à d’autres départs définitifs, Guilbault n’a pas fermé la porte à un retour futur en politique. Cette formulation prudente lui laisse une marge de manœuvre pour revenir si les conditions s’y prêtent.​

Le rapport Gallant du 13 février sera déterminant. Des reproches sévères pourraient compromettre définitivement toute ambition future. Une critique atténuée pourrait préserver ses options à plus long terme.

Pour l’instant, Geneviève Guilbault quitte un parti en chute libre, évitant la défaite électorale annoncée d’octobre 2026. Elle justifie son retrait par le désir de «voir grandir ses enfants» après huit ans à consacrer sa vie à la politique «sept jours sur sept». «Aujourd’hui, c’est à moi de leur redonner et de prendre soin d’eux», a-t-elle déclaré.​

Une sortie en douceur pour une ministre dont le mandat s’achève sur une série de controverses coûteuses et de reculs politiques. La région de Québec perd sa principale représentante caquiste, la CAQ perd une autre pièce d’un édifice qui s’effrite, et les contribuables québécois se retrouvent avec une facture de plus d’un milliard de dollars pour un système informatique défaillant.

L’annonce de son départ en vidéo

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Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier est journaliste pour PiluleRouge.ca. Passionné de politique depuis plus de dix ans, il s'est impliqué à plusieurs reprises sur la scène provinciale. Entrepreneur en informatique, il allie rigueur journalistique et regard critique sur l’actualité. Son approche analytique et son sens de l’humour apportent une perspective unique aux sujets qu’il couvre.

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