Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime a vivement réagi aux propos de la chroniqueuse Josée Legault qui a récemment remis en question la pertinence de la voie autonomiste pour le Québec. Dans une déclaration publique, M. Duhaime défend non seulement cette approche, mais soutient qu’elle demeure l’option privilégiée d’une partie importante de la population québécoise.
« Je comprends le sain scepticisme de Josée Legault et de plusieurs autres au sujet de l’autonomie, après les décevants résultats obtenus par la CAQ en la matière », a-t-il affirmé d’entrée de jeu. Le chef conservateur reconnaît ainsi que les attentes suscitées par la Coalition avenir Québec depuis son arrivée au pouvoir en 2018 n’ont pas été comblées en matière d’accroissement des pouvoirs du Québec.
Il insiste toutefois sur le fait que l’échec relatif de la CAQ ne doit pas condamner l’idée autonomiste en soi. « Bien beau de se déclarer autonomiste, mais il faut aussi se doter d’un rapport de force », soutient-il. Selon lui, c’est précisément ce levier politique qui a fait défaut jusqu’ici et qui expliquerait en partie les résultats jugés insuffisants.
L’Alberta
Pour illustrer son propos, Éric Duhaime évoque l’exemple albertain. Il cite la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, qui « a été capable, elle, d’obtenir des résultats concrets au lendemain de l’adoption de sa “Loi sur la souveraineté de l’Alberta dans un Canada uni” ». Cette référence vise à démontrer qu’une province peut, selon lui, accroître son autonomie à l’intérieur du cadre fédéral, à condition d’adopter une posture plus affirmée face à Ottawa.
Cette sortie s’inscrit par ailleurs dans un contexte politique marqué par la publication récente d’un sondage commandé par le Parti conservateur du Québec à la firme Pallas Datas. Réalisée du 1er au 3 avril auprès de 1 002 répondants âgés de 18 ans et plus, l’enquête présente une marge d’erreur de ± 3,1 %, à un niveau de confiance de 95 %.
Selon les résultats rendus publics, 43 % des Québécois interrogés souhaitent davantage d’autonomie pour le Québec à l’intérieur du Canada. À l’inverse, 20 % privilégient le statu quo, tandis que 16 % se disent en faveur de l’indépendance. Des chiffres qui, selon M. Duhaime, confirment la pertinence de la position défendue par sa formation politique. « La voie autonomiste demeure l’option préférée des Québécois. Elle est là pour rester, pour survivre au départ de M. Legault et à la disparition potentielle de la CAQ », a-t-il déclaré.
Le chef conservateur voit dans ces résultats une occasion pour son parti de s’imposer comme le principal véhicule politique de cette orientation. Le PCQ soutient par ailleurs que plusieurs de ses propositions recueillent un appui significatif dans la population. Parmi celles-ci figurent l’adoption d’une constitution québécoise, la mise en place d’une loi sur l’autonomie du Québec, la création d’une alliance entre provinces autonomistes, l’établissement d’un rapport d’impôt unique administré par Québec ainsi que l’obtention de pouvoirs accrus en matière d’immigration.
Certaines de ces revendications ne sont toutefois pas nouvelles dans le paysage politique québécois. Au cours des dernières années, la Coalition avenir Québec avait elle aussi formulé des demandes similaires, notamment en matière de fiscalité et d’immigration. Ces démarches sont cependant restées sans réponse favorable du gouvernement fédéral, ce qui alimente le scepticisme de certains observateurs quant à la faisabilité de ces objectifs.
Josée Legault
C’est dans ce contexte que s’inscrit la chronique de Josée Legault, qui se montre particulièrement critique à l’égard de la montée du discours autonomiste. Elle décrit Éric Duhaime comme un « redoutable caméléon politique » et estime qu’il cherche à capter une partie de l’électorat caquiste en se positionnant comme le nouveau porte-étendard de cette « troisième voie ».
Plus largement, la chroniqueuse qualifie l’autonomisme de « mirage tenace ». Elle rappelle que les tentatives historiques visant à accroître l’autonomie du Québec à l’intérieur du Canada — notamment à travers des initiatives constitutionnelles comme l’Accord du lac Meech — se sont soldées par des échecs. Selon elle, ces revers démontrent les limites structurelles du fédéralisme canadien pour répondre aux aspirations du Québec.
Duhaime garde le cap
Malgré ces critiques, Éric Duhaime persiste et signe et entend poursuivre son offensive politique sur ce terrain. Il a d’ailleurs annoncé la publication prochaine d’un essai intitulé Destination Autonomie, qui paraîtra dans les prochaines semaines où il fera l’inventaire des batailles autonomistes menées et gagnées par les provinces dans l’histoire constitutionnelle canadienne tout en présentant un plan de match pour accroître le pouvoir québécois à l’intérieur de la Confédération canadienne.
« Le fédéralisme toxique et centralisateur des libéraux, tout comme le troisième référendum perdant des péquistes ne mène le Québec nulle part et obtient peu d’appuis. Le Québec est mûr pour une nouvelle approche plus rassembleuse, ambitieuse et originale », a conclu le chef conservateur.

