L’animateur de radio et de balado Jeff Fillion, bien connu pour ses positions plus conservatrices a longuement développé sa vision politique lors de son émission du 6 mai dernier sur Radio Pirate, où il a clarifié ce qu’il décrit lui-même comme sa réflexion « souverainiste ». Pendant plusieurs minutes, il a expliqué ressentir une rupture profonde avec le Canada actuel, tout en prenant soin de se distancier du souverainisme traditionnel porté au Québec par le Parti québécois.
D’entrée de jeu, Jeff Fillion affirme avoir voulu clarifier sa pensée afin d’éviter toute confusion. Il reconnaît que les débats entourant la séparation et l’indépendance demeurent des sujets hautement polarisants, mais soutient toutefois que l’évolution récente du climat politique canadien l’a amené à revoir complètement sa position. « Moi, j’en ai juste assez. J’ai franchi le Rubicon (…) Donc, c’est terminé. Je vous le dis depuis un bout également. Je vous le dis, je me sens zéro Canadien. Mais là, dans ma tête, c’est réglé », déclare-t-il.
L’animateur cible particulièrement l’arrivée au pouvoir de Mark Carney, qu’il considère comme « le coup de grâce » après les années du gouvernement de Justin Trudeau. Il accuse Ottawa d’avoir entraîné le Canada dans une direction idéologique qu’il juge dangereuse et déconnectée des préoccupations d’une partie de la population. « Le Canada ne fait plus rien de bon pour nous. Il nous nuit. Quand tu dis qu’on est une puissance énergétique, mais qu’à partir de maintenant on va davantage se concentrer sur toutes les affaires Green, ça montre qu’on est extrêmement dangereux avec l’ADN de notre pays », lance-t-il au cours de l’émission.
À plusieurs reprises, Fillion affirme ne plus ressentir d’attachement envers le Canada. Il dit même s’identifier désormais à ce qu’il appelle un « séparatiste albertain », en référence aux mouvements indépendantistes présents dans l’Ouest canadien. « Je ne veux plus être au Canada. Je m’identifie maintenant comme un séparatiste albertain », déclare-t-il.
Sauter son tour
Au cours de son intervention, Jeff Fillion évoque également le Parti conservateur du Québec et son chef, Éric Duhaime. Bien qu’il affirme partager certaines valeurs autonomistes défendues par le parti, il juge que cette approche ne va désormais plus assez loin à ses yeux. L’idée d’une simple autonomie du Québec à l’intérieur du Canada ne correspond plus à sa pensée actuelle. « Le problème, c’est que c’est l’autonomie par rapport à Ottawa », soutient-il.
L’animateur croit également que le PCQ ne mènera jamais un projet de rupture avec le Canada, estimant que la formation cherche plutôt à consolider sa place sur l’échiquier politique québécois. « Ce n’est pas Éric qui va le faire, ce n’est pas le Parti conservateur qui va le faire », déclare-t-il.
Selon lui, le contexte politique actuel dépasse désormais les débats habituels entourant l’autonomie provinciale. « Mais moi, probablement que je vais sauter un tour à la prochaine élection. Ce n’est pas la première fois que je vous en parle, pour différentes raisons », dit-il.
Non au PQ
Jeff Fillion insiste toutefois sur le fait que sa réflexion ne rejoint pas celle du mouvement souverainiste québécois traditionnel. Il prend explicitement ses distances du Parti québécois et affirme qu’il ne souhaite aucunement être associé à cette formation politique.
« Il y a des péquistes qui semblent contents. Hier, j’ai vu ça. Il y a des péquistes qui ont écrit : “Hey, Jeff Fillion a fait un coming-out qui est souverainiste”. Même avec un bâton de 100 pieds, je ne vais pas m’approcher de vous autres », affirme-t-il en s’adressant aux péquistes. Il ajoute également : « Si c’est vous qui portez ça au bout de vos bras, je vote non ! »
Relation directe avec Washington
Dans sa vision, le Québec devrait plutôt développer une relation beaucoup plus intégrée avec les États-Unis. L’animateur évoque notamment une collaboration économique accrue, une plus grande liberté de circulation et un partenariat stratégique plus étroit avec Washington.
« Moi, si demain matin, il n’y a personne qui me représente et il n’y a personne qui me dit : Regarde, là, nous, l’objectif, là, c’est de se séparer de cette place-là. C’est de bâtir notre propre affaire. C’est d’aller s’asseoir avec Washington, de devenir un partenaire à 400 % avec eux autres », résume-t-il.
Pouvoir centralisé et déconnecté
Tout au long de son intervention, Jeff Fillion critique vertement les élites politiques et économiques canadiennes, particulièrement celles de Toronto et d’Ottawa, qu’il accuse de ne pas tenir compte des réalités des régions et du Québec. Selon lui, le pouvoir canadien serait devenu excessivement centralisé autour des intérêts du centre économique torontois. « Les Canadiens anglais n’en ont rien à câlisser de nous autres », dit-il.
Jeff Fillion critique enfin la manière dont Ottawa gère ses relations avec Donald Trump et affirme que le Canada adopte actuellement une posture qu’il juge trop émotive face aux enjeux américains. « Et on se fie à quoi ? On se fie à un paquet de mondes qui sont hyper émotifs, pas capables d’être sereins dans toute la patente, de regarder ça froidement, d’analyser les choses…ce qu’ils sont en train de nous faire vivre là, avec les Américains, c’est un des plus grands dangers que le Canada n’a jamais connu… On n’a jamais brassé autant de merde », soutient-il.
Bien qu’il reconnaisse que ses propos puissent faire réagir, l’animateur confirme que cette prise de position reflète désormais un sentiment personnel de rupture profond avec le Canada et ses orientations politiques présentes.

