Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon lance un appel direct aux caquistes nationalistes déçus, les invitant à envisager un rapprochement politique dans un contexte qu’il juge déterminant pour l’avenir du Québec. Dans une lettre ouverte récemment publiée, il plaide pour un rassemblement des forces nationalistes, évoquant à la fois l’histoire et les défis contemporains.
Dès les premières lignes, il s’appuie sur une citation historique d’Honoré Mercier : « Cessons nos luttes fratricides. Unissons-nous. » Une phrase qu’il remet au goût du jour pour illustrer, selon lui, la nécessité de dépasser les divisions politiques actuelles. « Ces mots […] résonnent encore aujourd’hui », écrit-il, en rappelant que, déjà en 1889, les Canadiens français faisaient face à des tensions politiques internes qui affaiblissaient leur capacité à défendre leurs intérêts collectifs.
Le chef péquiste établit ainsi un parallèle assumé entre cette époque et la situation actuelle. « Nous sommes aujourd’hui 137 ans plus tard. Le contexte a certes évolué, mais, sur le fond, les enjeux demeurent les mêmes », soutient-il. Il évoque notamment le « déclin historique de notre langue », la « minorisation de notre culture » et la « marginalisation de notre poids démographique et politique dans le Canada ».
Un appel aux caquistes déçus
Le message s’adresse explicitement aux électeurs et militants nationalistes de la Coalition avenir Québec. Paul St-Pierre Plamondon affirme que plusieurs d’entre eux partagent, au fond, les mêmes constats que le Parti québécois. « Nos constats et nos craintes sont partagés », écrit-il, tout en reconnaissant que des divergences peuvent subsister, notamment sur la tenue d’un référendum ou son échéancier.
Il insiste toutefois sur l’essentiel : « la pérennité du Québec dans sa différence linguistique et culturelle » ainsi que la nécessité d’assurer une « pérennité financière » dans un contexte qu’il décrit comme marqué par un déséquilibre fiscal avec Ottawa. Dans cette optique, il affirme tendre la main « à tous ceux et celles qui sont déçus » et qui ont « à cœur l’avenir du nationalisme québécois ».
Critiques envers la CAQ
Le chef péquiste ne ménage pas ses critiques à l’endroit de la CAQ et de sa nouvelle direction. Il estime qu’il existe « peu de différence » entre la cheffe caquiste, Christine Fréchette, et le chef libéral, Charles Milliard. Il reproche notamment à la nouvelle première ministre du Québec, lorsqu’elle était ministre de l’Immigration, d’avoir mené « la politique la plus immigrationniste de l’histoire du Québec ».
Selon lui, cette approche s’inscrit dans une logique portée par certains milieux économiques, qu’il décrit comme étant axée sur le « toujours plus » en matière d’immigration et de subventions aux grandes entreprises. À ses yeux, cette orientation néglige les capacités d’accueil du Québec et entraîne des conséquences concrètes, notamment sur le logement, les services publics et la protection du français.
Il met également en garde contre un possible retour du Parti libéral du Québec, qu’il accuse de vouloir faire reculer certaines politiques en matière de laïcité et de langue.
« Une époque charnière »
En point de presse, Paul St-Pierre Plamondon a repris les grandes lignes de sa lettre, en insistant sur l’urgence d’un débat politique plus franc. « J’ai voulu […] ouvrir une discussion franche sur le bilan de la CAQ », a-t-il expliqué, estimant que les promesses de « gros gains dans le Canada » ne se sont pas matérialisées.
Il va plus loin en affirmant que les dernières années ont été marquées par « des années de déclin sur le plan du logement, du français, des services, des finances publiques ». Il dénonce également le « gaspillage à Ottawa » et la hausse des déficits, qu’il associe à un affaiblissement global de la position du Québec.
Dans ce contexte, il lance un appel plus large à la population : « Je tends la main à tous ceux qui ont le Québec à cœur », affirmant que la situation actuelle exige des choix importants. Il invite les citoyens à « s’intéresser à ce qui se passe », qualifiant la période actuelle « d’époque importante et charnière de l’histoire du Québec ». Le chef péquiste insiste aussi sur l’ouverture de son parti. « Si on est d’accord sur les objectifs […], vous aurez toujours une place au Parti québécois. Notre porte est grande ouverte », conclut-il.
Contexte politique de la phrase d’Honoré Mercier
La célèbre phrase d’Honoré Mercier, neuvième premier ministre du Québec — « Cessons nos luttes fratricides. Unissons-nous. » — est prononcée le 24 juin 1889 (Saint-Jean-Baptiste), dans un contexte de fortes divisions politiques chez les Canadiens français À l’époque, les affrontements entre libéraux et conservateurs affaiblissent leur capacité à défendre leurs intérêts, notamment après les événements marquants comme l’exécution de Louis Riel et les tensions entourant les droits linguistiques et religieux. Mercier lance alors un véritable cri de ralliement, appelant à dépasser les querelles partisanes en libéraux et conservateurs pour faire front commun face à un pouvoir fédéral jugé de plus en plus centralisateur.
Au-delà de la formule, ce message s’inscrivait dans une vision politique claire, en l’occurrence, unir les forces nationalistes autour de l’essentiel, soit la défense de la langue, de la religion et de la culture ainsi que de l’autonomie du Québec. Mercier tentera d’ailleurs de concrétiser cette idée en formant une coalition élargie avec le Parti national. Il prendra le pouvoir avec son parti en 1887.

