Mercredi, janvier 7, 2026

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Chrystia Freeland : l’ambassadrice désinvolte des milliards canadiens vers l’Ukraine

Chrystia Freeland, ex-ministre des Finances canadiennes d’ascendance ukrainienne, s’est fait le porte-étendard d’un engagement financier massif du Canada en Ukraine. Son transnationalisme assumé, déjà affiché en 2017 dans un discours où « le Canada ne peut faire marche arrière » sur ses « responsabilités » mondiales et doit œuvrer pour un « monde meilleur, plus sûr, plus juste, plus prospère », a guidé les politiques de budgets généreux lancées sous sa houlette. Au nom de la lutte pour la démocratie et de la solidarité transatlantique, Ottawa a lancé une véritable valse des chèques publics vers Kyiv : prêts, aides directes, obligations de guerre, participations multilatérales… Le total atteint déjà des dizaines de milliards de dollars! Mais derrière le vernis humanitaire, on voit poindre des questions cruciales : quid de l’efficacité de cette manne pour un pays miné par la corruption? Qu’en disent d’autres grands bailleurs (États-Unis, UE, FMI)? Et surtout, quelle transparence et responsabilité démocratique pour notre contribuable qui voit sa dette nationale gonfler à vue d’œil?

Une vision transnationale affichée

Freeland s’est toujours présentée en fervente gardienne de l’ordre libéral international. Bien avant l’offensive russe, déjà comme ministre des Affaires étrangères (2017), elle affirmait que « la route que nous choisissons doit servir les intérêts de tous les Canadiens » tout en « contribuant à notre objectif collectif d’un monde meilleur, plus sûr, plus juste, plus prospère ». Autrement dit, pour Freeland le Canada doit s’impliquer partout, quitte à jouer la carte du globalisme à outrance. Son discours de Washington (octobre 2022) clamait que les « démocraties libérales » doivent se serrer les coudes (« friend-shoring » économique) pour s’isoler des « dictatures », renouant avec une rhétorique presque de guerre froide.

Ce transnationalisme est aussi personnel. Née au Canada d’une mère d’origine ukrainienne, Freeland a longtemps vécu aux États-Unis (Harvard, World Bank) et cultivé des réseaux internationaux. Elle n’a pas hésité à louer l’aide financière canadienne comme un « outil » de politique étrangère. Preuve ultime de ce jumelage, en janvier 2026, le président Zelensky a carrément nommé Freeland ex-n° 2 canadien « conseillère au développement économique » de l’Ukraine. En d’autres termes, la ministre canadienne est devenue coqueluche de Kyiv, comme si Ottawa et Kiev étaient quasi fusionnés. Pour Freeland, pas de conflit d’intérêts : il suffit d’appuyer sans réserve le « héros » ukrainien, sacré défenseur de la liberté. Son mantra : en aidant l’Ukraine, on « défend [sa] propre souveraineté » et les valeurs communes.

Des milliards canadiens vers Kyiv

Sous la signature Freeland, les budgets fédéraux 2022-2025 ont engagé des sommes désormais structurelles en faveur de l’Ukraine. Dès 2022, Ottawa annonçait 1,2 milliard $ de contributions directes, auxquels s’ajoutaient 1,6 milliard $ de prêts au gouvernement ukrainien, puis 500 millions $ supplémentaires pour l’aide militaire. Le gouvernement a également créé une obligation spéciale de solidarité, le Canada-Ukraine Sovereignty Bond, un emprunt de 500 millions $ souscrit par des citoyens canadiens, dont le produit a été transféré via le Fonds monétaire international au Trésor ukrainien.

À ces engagements initiaux se sont greffées des annonces successives. En décembre 2025, Ottawa a confirmé une nouvelle enveloppe de 2,5 milliards $, combinant prêts supplémentaires, garanties financières et participation accrue aux mécanismes multilatéraux de soutien budgétaire à Kyiv. Cette annonce porte désormais l’aide canadienne totale à près de 22 milliards $ depuis l’invasion russe, dont plus de 14,5 milliards $ en soutien financier direct (prêts, obligations, contributions à des fonds internationaux), le reste relevant de l’aide militaire, humanitaire et de reconstruction.

Plusieurs mécanismes techniques ont été mobilisés :

Le Canada s’est imposé comme promoteur clé de l’« Administered Account for Ukraine » du FMI. Par ce canal, environ 11,75 milliards $ ont été prêtés à l’Ukraine, avec une participation canadienne significative au financement et aux garanties associées.

Le Canada-Ukraine Sovereignty Bond de 500 millions $ (émis en 2022) a permis un transfert immédiat d’une enveloppe équivalente vers le budget ukrainien.

En plus du bond et des mécanismes FMI, Ottawa a accordé 500 millions $ de prêts directs (Budget 2022), puis 2,4 milliards $ additionnels (Budget 2023), auxquels s’ajoute l’enveloppe de 2,5 milliards $ annoncée fin 2025.

Le gouvernement canadien contribue également via les banques de développement, notamment la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, incluant un crédit de capital d’environ 216,7 millions $ et des fonds dédiés à la reconstruction.

Ottawa s’est aligné sur les dispositifs exceptionnels du G7, notamment un mécanisme avançant à Kyiv les revenus futurs tirés des actifs russes gelés, pour un montant pouvant atteindre 5 milliards $ canadiens. Le tout sans remboursement immédiat : le service de la dette ukrainienne est suspendu jusqu’en mars 2027 pour l’ensemble des créanciers officiels, y compris le Canada, transformant de facto ces prêts en transferts budgétaires différés.

Il faut donc se rappeler que depuis l’invasion russe, le Canada continue de se présenter comme le premier pays du G7 par habitant pour son aide à l’Ukraine. L’Union européenne affiche un volume global plus élevé (près de 200 milliards $ US engagés), et les États-Unis demeurent le principal bailleur en valeur absolue. Ces montants illustrent néanmoins l’ampleur de l’engagement canadien et l’inscription durable d’Ottawa dans une politique internationale expansionniste, assumée, et financée à crédit.

Comparaisons internationales : surenchère vertueuse?

Au final, la générosité canadienne n’est pas une exception isolée, mais la déclinaison nord-américaine du consensus « tout sauf laisser tomber Kyiv ». Les États-Unis ont depuis 2022 déboursé environ 128 milliards US (dont près de 100 G$ militaires) pour soutenir l’Ukraine, selon le Council on Foreign Relations. L’Union européenne, fédération de pays frontaliers, s’est lancée dans un effort titanesque (près de 200 G$ en multiforme sans compter l’effort de réarmement intérieur). Le FMI, lui, encadre le tout via un programme de crédit spécial de 15,6 G$ sur quatre ans pour l’Ukraine dont 10,6 G$ ont déjà été débloqués (selon le FMI). On peut aussi penser aux contributions du G7 (5 G$ provenant des avoirs gelés de Poutine) ou aux prêts du Groupe de la Banque mondiale.

Le Canada nage dans un océan de dollars occidentaux, chacun jouant sa partition. D’un point de vue géopolitique, Freeland se félicite de cette « camaraderie démocratique » : en quelque sorte, un système de santé budgétaire globale qui protégerait « toutes nos démocraties » d’un monstre commun. Mais sur le plan comptable, il n’est pas certain que tous les « partenaires » soient logés à la même enseigne. Pour la population canadienne, taper 12 G$ de plus dans la caisse de reconstruction ukrainienne alors que la dette publique explose, tout en mesurant les doutes sur l’efficacité de ces transferts, voilà qui peut susciter une amère réflexion. Du côté du contribuable, des critiques émergent : le Québécois en colère se demande pourquoi ses impôts financent à pleins tubes un pays encore loin du « modèle de transparence » promis (selon Transparency International, l’Ukraine plafonne autour de 105e place mondiale en corruption). Pour le moment, Freeland répond qu’il faut se battre d’abord contre la tyrannie de Poutine, et que l’aide canadienne permettra d’imposer les réformes nécessaires à Kiev. Mais ce discours n’apaise pas tout le monde.

Transparence budgétaire et responsabilité démocratique en berne

Sur le plan interne, on note l’absence de mécanismes clairs de contrôle parlementaire de ces dépenses « exotiques ». Les largesses ukrainiennes ont été votées en bloc dans les budgets : on ne trouve ni ligne de crédit nommée « Ukraine » ni débat spécifique en Chambre. Le détail des prêts (par exemple 2,4 G$ via l’IMF annoncé en 2023) figure dans des communiqués du ministre, mais le citoyen ordinaire ne voit guère passer d’exposé transparent devant les élus. En pratique, c’est le gouvernement qui gère ces millions par des accords internationaux ou des lois omnibus (comme le Frozen Assets Repurposing Act pour transformer des milliards russes gelés) sans grande publicité.

Du même coup, la reddition de comptes démocratique est minimale. L’opposition parlementaire a critiqué l’« inertie » à expliquer pourquoi Ottawa s’endette autant pour l’Ukraine, arguant que ces sommes auraient pu financer le logement ou la santé à la maison. Les ONG de développement, tout en saluant la solidarité, s’inquiètent du suivi : où finit cet argent? Avec quels indicateurs de résultats? Notons qu’Ottawa promet de flécher 702 M$ « reconstruction » via des projets ciblés (réparations d’infrastructures, réforme économique), mais personne ne peut aujourd’hui vérifier facilement l’usage de chaque dollar. Les rapports gouvernementaux restent vagues sur ce point.

Cette « médecine libérale » chère à Freeland, subventionner l’Ukraine pour sauver le système, manque d’examen critique. Les exemples abondent : le FMI lui-même exhorte désormais Kiev à renforcer ses recettes fiscales et sa discipline budgétaire. Une partie de l’aide occidentale (notamment la suspension de dettes jusqu’en 2027) signifie que le contribuable canadien fait l’impasse sur le remboursement. Et chaque appel de fonds canadien soulève son lot de sceptiques. Paradoxalement, en promouvant un internationalisme sans complexes (pénible héritage « Pearsonien » brandi comme gloire nationale), Freeland s’est mise dans une impasse : le même vertige qui l’a amenée à dilapider l’argent des contribuables sur le front ukrainien est dénoncé comme un « manque de ligne rouge » par ses adversaires. Quoi qu’il en soit, il faudra tôt ou tard répondre à deux questions après la victoire (espérée) de l’Ukraine : qu’avons-nous gagné concrètement? Et à quel prix humain et financier pour le Canada?

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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