Depuis des décennies, le gouvernement fédéral (surtout sous la gouverne du PLC) tente d’imposer sa vision centralisatrice à l’ensemble du pays. Le Québec et les autres provinces sont traités comme entités inférieures. Or, selon la constitution canadienne, il y a un partage clair des compétences entre Ottawa et les provinces. Mais, le fédéral empiète dans les juridictions des provinces, par exemple le programme national de soins dentaires. Le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, estime que la Belle province devrait se défendre contre les intrusions du fédéral en prônant un autonomisme assumé. C’est la nouvelle position du PCQ dans ce domaine. M. Duhaime a rédigé un ouvrage, Destination autonomie publiée aux éditions Libre Média, où il explique en détail le projet autonomiste des conservateurs. Je me suis entretenu avec lui sur ce sujet.
Simon Leduc : Auparavant, le Parti conservateur du Québec était fédéraliste, surtout sous le leadership d’Adrien Pouliot. Pourquoi avez-vous fait un virage autonomiste?
Éric Duhaime : « Je me définis comme un nationaliste et un autonomiste. Quand je suis devenu le chef du PCQ, le nom du parti était bilingue. Maintenant, le nom de notre formation politique est unilingue francophone. J’ai aussi mis la fleur de lys dans notre logo. Ce fut les premiers gestes symboliques qu’on a fait dès mon arrivée en poste.
D’autre part, lors de notre congrès en 2021, on n’a pas eu le temps d’aborder de front la question constitutionnelle. On était en pleine pandémie et on avait d’autres enjeux à discuter.
Notre virage autonomiste a commencé lors du congrès de novembre 2023. Cette rencontre à Lévis était centrée sur l’autonomisme.
J’ai eu l’opportunité de présenter aux Québécois la position autonomiste du PCQ par l’entremise de mon livre et de ma tournée au Canada anglais. On va pouvoir en débattre lors de la prochaine élection. La position autonomiste découle des propositions qui ont été adoptées par nos militants lors du congrès de novembre 2023. »
Quels sont les principaux points du discours autonomiste de votre parti?
Éric Duhaime : « Tout d’abord, il faut se donner d’une loi sur l’autonomie comme celle de l’Alberta avec la loi sur la souveraineté de l’Alberta dans un Canada uni et celle de la Saskatchewan First Act. Cela va nous permettre de défendre notre autonomie contre le fédéralisme toxique et utiliser la clause dérogatoire pour protéger nos lois contre l’intervention d’Ottawa. On veut aussi développer des alliances avec les conservateurs des autres provinces qui sont ouverts à l’autonomisme. Il y a beaucoup de choses qu’on peut faire à l’intérieur de la Confédération canadienne. Je viens de faire une tournée dans les autres provinces et je réalise que le Québec n’est pas seul dans sa quête pour plus d’autonomie et dans sa bataille contre le fédéralisme toxique.
Il faut savoir que les champs de compétence du fédéral et des provinces sont bien inscrits dans la Constitution canadienne. Les deux entités sont censées être égales. Or, depuis des décennies, les gouvernements libéraux s’ingèrent dans les juridictions des provinces. La vision centralisatrice du PLC est en train d’alimenter le séparatisme à l’extérieur du Québec et a toujours encouragé l’autonomisme québécois. Il y a 30 % des Québécois et des Albertains qui soutiennent l’indépendance de leur province respective. Le PCQ propose une position autonomiste forte à travers le pays afin que la constitution et l’autonomie des provinces soient respectées. »
Votre parti estime que le Québec devrait avoir sa propre constitution. Pourquoi cela serait important étant donné que le Québec n’est pas un pays souverain?
Éric Duhaime : « Le Québec ne serait pas la première juridiction non souveraine à rédiger une constitution. Cela serait une loi fondamentale qui affirmerait le caractère souverain des provinces dans leurs champs de compétence. C’est un geste symbolique qui renforcerait le principe que les gouvernements des provinces sont égaux face au fédéral et qu’elles ne sont pas des subalternes. C’est aussi un élément rassembleur pour le peuple québécois. C’est pour cela que j’ai appuyé le projet de loi 1 de la CAQ de Simon Jolin-Barrette. On est le seul parti qui soutient cette initiative du gouvernement. Je ne comprends pas que les souverainistes s’opposent à cette mesure rassembleuse. Je dois dire qu’on se bat contre un mouvement indépendantiste qui a une culture de l’échec. Les souverainistes veulent toujours que la fédération canadienne ne fonctionne pas afin de renforcer leur option. Ils sont quasiment des alliés des libéraux fédéraux pour démontrer que le pays est dysfonctionnel. Le PCQ ne veut pas cultiver des échecs, mais bien des victoires. On pense qu’un autonomisme assumé sera positif pour le Québec et pour les autres provinces. Le Canada serait en meilleure santé si chaque juridiction respectait le partage des pouvoirs, tant le fédéral que les provinces.
L’approche autonomiste du gouvernement de Danielle Smith a été bénéfique pour l’Alberta. La première ministre Smith vient de signer un projet de pipelines avec Ottawa. Elle a réussi d’avoir la tête de Steven Guilbeault et elle a gagné deux fois devant les tribunaux sur les évaluations environnementales contre le fédéral. Elle a posé des gestes d’autonomie qui ont été avantageux pour l’Alberta.
Il est grand temps que le Québec adopte une position autonomiste solide et forte afin de la défendre contre le gouvernement fédéral qui pratique un fédéralisme toxique. Je pense que notre nation en sortirait gagnante. Il faut avoir une culture de vainqueurs par rapport à note autonomie. »
Pourquoi vous opposez-vous au déclenchement d’un référendum sur la souveraineté du Québec?
Éric Duhaime : « Tout d’abord, je m’y oppose, car une majorité de Québécois ne veut rien savoir du projet de PSPP. J’estime qu’il faut toujours écouter et respecter la volonté des Québécois. D’autre part, cela serait irresponsable de la part de PSPP de déclencher un référendum en sachant fort bien que cela serait un échec total. Si le Québec perd un autre référendum sur la souveraineté, il va ressortir de cet épisode de divisions très affaibli. On a pu observer ce phénomène lors des défaites du OUI en 1980 et 1995. Ottawa a profité de la faiblesse du Québec pour lui imposer le rapatriement de la constitution de 1982 sans l’accord du Québec.
PSPP propose aux Québécois de la division et un revers qui seraient catastrophiques pour eux. Tandis que le PCQ va lui proposer une vision autonomiste claire et solide qui va permettre au Québec de combattre le fédéralisme toxique et de faire respecter ses champs de compétence. Je veux unir le peuple québécois dans un projet réaliste. Tandis que le PQ veut nous diviser et nous affaiblir avec un projet que les Québécois ne veulent pas. »

