Alors que l’inflation continue de préoccuper les ménages canadiens, une nouvelle analyse vient chiffrer l’impact concret des politiques climatiques d’Ottawa sur le portefeuille des automobilistes. Selon la Fédération canadienne des contribuables (FCC), qui s’appuie sur les données du Directeur parlementaire du budget (DPB), le Règlement sur les combustibles propres ajoutera environ sept cents au prix du litre d’essence en 2026.
Ce coût, souvent qualifié de « taxe invisible » par ses détracteurs, place le nouveau gouvernement du premier ministre Mark Carney sous pression. La FCC demande aujourd’hui à Ottawa d’alléger le fardeau fiscal qui pèse sur la productivité et le pouvoir d’achat.
Une réglementation aux coûts bien réels
Contrairement à la taxe carbone à la consommation (la redevance sur les combustibles), qui est visible et accompagnée d’une remise fédérale dans plusieurs provinces, le Règlement sur les combustibles propres agit en amont. Entré en vigueur en juillet 2023, il impose aux raffineurs et importateurs de réduire l’intensité carbone de leurs produits.
La mécanique est simple mais coûteuse : si les entreprises ne peuvent atteindre les cibles réglementaires, elles doivent acheter des crédits. Ces coûts de conformité industrielle sont inévitablement refilés aux consommateurs à la pompe.
« Les taxes carbone rendent la vie plus chère, nuisent à l’économie canadienne et ne donnent pas de résultats », a martelé Franco Terrazzano, directeur fédéral de la FCC, pointant du doigt l’absence de transparence de cette mesure qui ne prévoit aucune compensation financière pour les familles.
Des projections inquiétantes pour l’économie
Loin d’être une simple rhétorique partisane, les chiffres avancés sont corroborés par les analyses du chien de garde fiscal du Parlement. Le DPB estimait dès 2023 que l’impact de ce règlement grimperait progressivement pour atteindre 17 cents le litre d’ici 2030.
Au-delà du prix à la pompe, c’est l’impact macroéconomique qui soulève des questions sur l’efficacité de la mesure. Le DPB projette que cette politique pourrait retrancher jusqu’à 9 milliards de dollars au PIB canadien d’ici la fin de la décennie. Pour les tenants d’une économie de marché, cette perte de productivité représente un coût d’opportunité majeur pour la prospérité du pays.
De plus, l’analyse du DPB confirme le caractère régressif de la mesure : elle affecte proportionnellement davantage les ménages à faible revenu, qui consacrent une part plus importante de leur budget à l’énergie et au transport, que les ménages aisés.
Le Québec : l’étau de la double taxation
La situation est particulièrement complexe pour le Québec. La province dispose déjà de son propre mécanisme de marché (le système de plafonnement et d’échange avec la Californie). Pourtant, la réglementation fédérale s’y superpose, créant ce que les critiques décrivent comme un dédoublement administratif coûteux sans bénéfice environnemental clair.
« Les Québécois se retrouvent ainsi pris en étau entre deux taxes carbone industrielles », déplore Nicolas Gagnon, directeur Québec de la FCC.
Selon les estimations du DPB, cette seule couche réglementaire fédérale coûtera environ 436 $ par année à une famille québécoise moyenne d’ici 2030. Une somme qui s’ajoute aux coûts déjà engendrés par le système provincial, réduisant d’autant le revenu disponible des contribuables.
Un test pour le gouvernement Carney
En ce début d’année 2026, le défi pour le premier ministre Mark Carney est de taille. Alors que l’objectif affiché est la transition énergétique, la méthode employée — une intervention réglementaire coûteuse qui pèse sur la compétitivité et les familles sans mécanisme de remboursement — fait face à une opposition grandissante.
Pour les défenseurs des contribuables, la solution passe par une réduction de la bureaucratie et un retour à des politiques favorisant la croissance économique plutôt que la taxation punitive. Reste à voir si le nouveau gouvernement sera sensible à l’argument du portefeuille.

