Après près de huit ans au pouvoir, le premier ministre François Legault a annoncé sa démission immédiate ce matin. Affirmant agir « pour le bien du Québec et de son parti », il restera en poste jusqu’à la désignation de son successeur par la Coalition Avenir Québec (CAQ). Ce départ marque une rupture profonde pour la formation politique, dont le nom officiel enregistré demeure toujours, à ce jour, « Coalition avenir Québec – L’équipe François Legault ».
Cette décision survient dans un contexte politique difficile pour le gouvernement, marqué par des sondages défavorables et une volonté de renouvellement exprimée par l’électorat. M. Legault a d’ailleurs reconnu que sa présence était devenue un enjeu. « Je vois bien qu’actuellement, beaucoup de Québécois souhaitent d’abord du changement », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il souhaitait éviter que le prochain scrutin ne se résume à un référendum sur sa personne plutôt que sur les « grands défis » de la nation.
Un départ précipité par l’usure du pouvoir
Le départ du fondateur de la CAQ, âgé de 68 ans, force le parti à lancer une course à la chefferie alors qu’il traverse une zone de turbulences. M. Legault a tenté de cadrer son départ comme un passage de flambeau nécessaire, qualifiant la politique de « sport extrême ».
Lors de son allocution, il a remercié sa conjointe Isabelle et ses deux fils, soulignant les impacts de la vie publique sur sa famille. Il a également salué son chef de cabinet, Martin Koskinen, son collaborateur de longue date.
Défense chiffrée du bilan
Bien qu’il quitte ses fonctions, François Legault a profité de cette dernière tribune pour défendre vigoureusement son héritage, chiffres à l’appui. Il a insisté sur la réduction de l’écart de richesse, affirmant que depuis sept ans, le Québec a « réussi à battre l’Ontario » en matière de croissance économique et de salaire moyen.
Répondant indirectement aux critiques sur la qualité des services, il a énuméré les réinvestissements massifs de son administration, notant des hausses budgétaires de 57 % en santé, 58 % en éducation et 61 % en culture durant ses mandats. « C’est du jamais vu », a-t-il martelé, présentant ces sommes comme nécessaires pour l’autonomie et la fierté du Québec.
Il a également réitéré l’importance des réformes identitaires adoptées sous sa gouverne, citant la Loi 21 sur la laïcité et la Loi 96 sur la langue française comme des remparts essentiels pour la nation québécoise en Amérique du Nord.
Unanimité polie chez les adversaires
Sur la scène politique, les réactions ont été unanimes dans la courtoisie, saluant l’homme au-delà du partisan. Paul St-Pierre Plamondon (PQ) a loué la sincérité de l’engagement de M. Legault, tandis que Ruba Ghazal (QS) a reconnu son amour profond du Québec malgré leurs « différends immenses ». Même son de cloche du côté du Parti libéral et d’Éric Duhaime (PCQ), qui ont toutefois rapidement pivoté vers la critique du bilan économique, interprétant ce départ comme l’aveu d’un échec face aux défis actuels.
M. Legault quitte en qualifiant ses deux mandats majoritaires de « plus grand honneur de sa vie », laissant désormais à son parti la tâche de se reconstruire sans sa figure dominante.

