La députée indépendante de Rimouski, Maïté Blanchette-Vézina, a déposé le jeudi 26 février dernier à l’Assemblée nationale le projet de loi 592 visant à régionaliser l’immigration au Québec. Appuyée par le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, elle propose la création de tables régionales de l’immigration afin de redonner aux élus municipaux un rôle décisionnel dans la planification, l’accueil et l’intégration des personnes immigrantes.
« C’est un travail de collaboration qu’on a fait ensemble, le chef du Parti conservateur et moi. L’objectif derrière ce projet de loi, c’est de reconnaître formellement le rôle des régions dans la planification, dans l’accueil et l’intégration des personnes immigrantes », affirme la députée indépendante.
Présenté comme une réponse concrète aux difficultés vécues en région depuis l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et le resserrement des seuils, le projet de loi prévoit l’instauration de 17 tables régionales — une par région administrative. Ces instances seraient composées d’élus municipaux, de préfets de MRC et du ministre responsable de la région.
« Les régions ne doivent plus être mises devant le fait accompli. Elles doivent participer aux décisions qui ont un impact direct sur leur développement économique, leur vitalité et leur capacité d’accueil », déclare Éric Duhaime.
Il s’agirait d’une demande qui est formulée depuis de nombreuses années, mais qui aurait culminé dans les derniers mois en raison de l’abolition du PEQ et avec le resserrement des seuils qui aurait provoqué plusieurs problématiques dans les régions.
« Des problématiques qu’on pourrait éviter avec un projet de loi comme celui-là, mais surtout une plus grande autonomie pour les régions du Québec et pour les municipalités du Québec. Alors, c’est vraiment une avancée importante dans cet objectif que nous avons en commun de donner plus de pouvoir aux régions, et également plus d’autonomie aux municipalités », ajoute Mme Blanchette-Vézina.
Des plans régionaux adaptés
Chaque table aurait ainsi le mandat d’élaborer un plan d’immigration régional tenant compte des besoins de main-d’œuvre, de la capacité d’accueil, de la disponibilité de logements et des stratégies d’intégration et de francisation. Le ministre de l’Immigration devrait ensuite tenir compte de ces plans dans l’établissement des cibles nationales.
« Les meilleures personnes pour parler de capacité d’accueil, ce sont les élus sur le terrain », soutient Mme Blanchette-Vézina, dénonçant une approche « mur à mur » décidée à Québec sans connaissance fine des réalités régionales.
Clause de droit acquis
Le projet de loi comprend également une clause de droit acquis. Les personnes immigrantes seraient évaluées selon les règles en vigueur au moment de leur arrivée au Québec. Cette mesure vise à rassurer les travailleurs étrangers déjà installés en région, dont plusieurs se retrouvent aujourd’hui dans l’incertitude. En Chaudière-Appalaches, où le taux de chômage est évalué à 3,7 %, on estime que la pénuries de main-d’œuvre menace directement la vitalité économique de la région.
« Nos usines ne peuvent pas attendre. Nos entrepreneurs ne peuvent pas attendre. Pendant que le Québec ajuste ses politiques, ce sont nos communautés qui écopent. On n’a pas trop de travailleurs, on en manque, mais pas juste un peu, mais beaucoup », lance quant à lui le président de la Table régionale des élus municipaux de la Chaudière-Appalaches, Daniel Turcotte, également préfet de la MRC de Lotbinière et maire de Val-Alain.
Un appel à l’action
Les promoteurs du projet estiment qu’il pourrait être étudié rapidement si le gouvernement accepte de l’appeler. Ils soutiennent que les régions réclament depuis longtemps davantage d’autonomie et que l’immigration constitue un premier levier concret de décentralisation.
« L’immigration doit être un levier de prospérité pour tout le Québec, pas seulement pour les grands centres. Ce projet de loi affirme clairement que les régions ont leur mot à dire et qu’elles doivent être partenaires des décisions », conclut Éric Duhaime.
Reste à voir si le gouvernement donnera suite à cette proposition, alors que le débat sur l’avenir des programmes d’immigration et la succession à la tête de la Coalition avenir Québec continue d’alimenter la scène politique, et ce, en pleine année électorale.

