Dans un geste de force qui fait monter la tension dans le détroit de Taïwan, l’armée chinoise a lancé mardi d’importantes manœuvres militaires autour de l’île démocratique, qualifiant explicitement ces exercices d’« avertissement sévère » aux forces indépendantistes taïwanaises.
Une démonstration de force multidimensionnelle
Les exercices, qui ont débuté le 1er avril 2025, impliquent une coordination impressionnante des forces terrestres, navales, aériennes et des unités de missiles de l’Armée populaire de libération (APL) chinoise. Selon le colonel Shi Yi, porte-parole du Commandement du théâtre oriental de l’APL, ces opérations visent à s’approcher de près l’île de Taïwan depuis plusieurs directions.
Les manœuvres comprennent des « patrouilles de préparation au combat maritime et aérien, l’établissement d’une supériorité globale, des frappes sur des cibles maritimes et terrestres, ainsi que le blocus de zones et routes maritimes cruciales ». Le ministère de la Défense de Taïwan a rapporté avoir détecté 71 avions et 21 navires de guerre chinois dans les airs et les eaux entourant l’île pendant ces exercices.
Fait notable, le groupe aéronaval du porte-avions Shandong a pénétré dans la zone d’identification de défense aérienne de Taïwan, une zone que la Chine ne reconnaît pas officiellement.

Une campagne de propagande ciblant le président Lai
Ces démonstrations militaires s’accompagnent d’une offensive médiatique particulièrement virulente contre le président taïwanais Lai Ching-te. Dans une animation diffusée par l’armée chinoise, Lai est dépeint comme un « parasite » tenu au-dessus d’un Taïwan en flammes par une paire de baguettes.
Le Bureau des affaires taïwanaises de Chine a qualifié ces exercices de « punition décisive » pour ce qu’il considère comme des provocations de la part du président Lai. Selon Zhu Fenglian, directrice adjointe du Bureau d’information du Bureau des affaires de Taiwan, « poursuivre “l’indépendance de Taïwan” signifie pousser le peuple taïwanais dans une dangereuse situation de guerre ».
La Chine reproche particulièrement à Lai d’avoir récemment qualifié Pékin de « force hostile étrangère » et d’avoir proposé 17 stratégies visant à contrer l’espionnage et la subversion chinoise à Taïwan. Ces mesures incluent notamment le rétablissement des tribunaux militaires pour les cas d’espionnage impliquant du personnel militaire.
Une réponse ferme de Taïwan
Face à cette pression militaire, Taïwan a déployé ses propres avions et navires, ainsi que des systèmes de missiles terrestres. Dans un message publié sur la plateforme X, le Bureau présidentiel taïwanais a déclaré que « les provocations militaires flagrantes de la Chine menacent non seulement la paix dans le détroit de Taïwan, mais compromettent également la sécurité dans toute la région ».
Le ministre de la Défense de Taïwan, Wellington Koo, a affirmé que « ces actions reflètent amplement la destruction par la Chine de la paix et de la stabilité régionales ». Le Premier ministre Cho Jung-tai a ajouté que « recourir à des démonstrations de force militaire n’est pas ce que les sociétés modernes et progressistes devraient rechercher ».
#ROCArmedForces have deployed mission aircraft, vessels, and shore-based missile systems to closely monitor and maintain situational awareness of #PLA aircraft and ships entering our response zone.
Contexte d’une tension croissante
Ces manœuvres surviennent dans un contexte de tensions accrues depuis que le président Lai a pris ses fonctions en mai 2024. Huang Chung-ting, chercheur associé à l’Institut de recherche sur la défense et la sécurité nationale de Taipei, a qualifié ces exercices chinois de « manœuvre pré-invasion ».
Les relations entre la Chine et Taïwan se sont détériorées depuis 2016, lorsque Pékin a rompu presque tous les contacts avec Taipei. La Chine considère Taïwan, une démocratie autonome de 23 millions d’habitants, comme faisant partie de son territoire et a menacé de prendre le contrôle de l’île par la force si nécessaire.
Les tensions dans le détroit de Taïwan s’inscrivent également dans un contexte plus large impliquant les États-Unis. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a déclaré dimanche au Japon que les États-Unis assureraient une « dissuasion crédible » dans le détroit de Taïwan.
Alors que les États-Unis sont légalement tenus d’aider Taïwan à renforcer ses défenses, des inquiétudes grandissent à Taipei concernant un possible affaiblissement du soutien américain, bien qu’un mémo interne du Pentagone souligne la priorité accordée à la dissuasion d’une prise de contrôle chinoise de Taïwan.
Pour l’instant, ces exercices militaires semblent être une démonstration de force plutôt qu’un prélude à une action militaire immédiate, mais ils illustrent la détermination de Pékin à maintenir la pression sur Taïwan et son président, qu’il considère comme un « séparatiste » et un « fauteur de troubles ».