Jusqu’en 1979, l’Iran était dirigé par un régime autoritaire du Shah. L’arrogance du chef d’État et la répression de la police sécrète ont contribué au renversement de ce régime. Les islamistes ont pris le pouvoir et imposé à sa population un régime dictatorial répressif. Les Mollahs ont exigé la mise en place des idéaux de la charia. Dans les dernières années, on a pu observer des mouvements de contestation contre le régime. Mais, les Mollahs ne sont pas menacés de renversement, car ils sont unis et peuvent encore compter sur le soutien de la Chine et de la Russie.
Jean-François Caron est professeur de science politique à l’Université Nazarbayev au Kazakhstan et essayiste.
Entretien
Simon Leduc : Comment les islamistes ont pris le pouvoir en Iran lors de la Révolution de 1979?
Jean-François Caron : « Le Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, était très impopulaire. C’est un régime où la police secrète avait une très mauvaise réputation. Le Shah avait organisé une grande fête dans le dessert où il a accueilli des chefs d’État et des monarques. Le coût de cette fiesta a été exorbitant alors que son peuple vivait dans la misère. La police clandestine était très répressive. Cela a généré un sentiment de frustration des Iraniens envers leur chef d’État. Les Mollahs en ont profité pour le renverser et ainsi prendre le pouvoir. Le régime du Shah était autoritaire.
Aujourd’hui, le fils du Shah demande au peuple iranien de renverser le régime islamiste. Les personnes âgées se souviennent des aspects répressifs du régime de son père. La population iranienne se demande si le fils de l’ancien chef d’État est un monarque en attente qui pourrait monter sur le trône iranien après un éventuel renversement des Mollahs. J’en doute fortement à cause de l’héritage autoritaire de son paternel. »
Lors de la prise de pouvoir, est-ce que les islamistes proposaient plus de liberté au peuple iranien?
Jean-François Caron : « Au début, il y avait de la diversité dans le gouvernement au début du nouveau régime. Les femmes étaient les bienvenues au sein de l’administration iranienne. Le calme a duré six mois et les Mollahs ont ensuite éliminé toutes les oppositions et imposé un régime islamiste dictatorial. Ils ont mis en place une république islamiste où les femmes sont traitées comme des êtres inférieurs.»
Quel est le fonctionnement du régime des Mollahs en Iran?
Jean-François Caron : « Il existe un parlement et un président qui gouvernent le territoire iranien. Or, toutes les décisions du pouvoir civil doivent ultimement être validées par les Mollahs. C’est un regroupement de hauts placés dans la hiérarchie religieuse qui dirige réellement le pays. Ces derniers obtiennent l’aide des Gardiens de la révolution. C’est une milice qui fait régner la terreur et arrête des femmes qui ne respectent pas les idéaux islamistes (comme le port du voile). Ils s’occupent aussi des pendaisons publiques. C’est l’élément répressif de la république islamiste.
L’Iran est une théocratie religieuse qui applique la loi islamique. C’est un pouvoir divin qui contrôle le pouvoir temporel. Ce régime n’hésite à pas mater et écraser tout mouvement de contestation par la terreur et la violence.
Il y a toujours eu des mouvements de protestation qui voulaient renverser le régime iranien. Mais, ils n’ont pas eu de succès. Le pouvoir iranien se maintient au pouvoir par l’entremise de la brutalité et la répression.
Cependant, depuis quelque temps, on peut observer un certain relâchement des mesures punitives contre les femmes à cause de la montée de mouvements de contestation du régime. Il y a des femmes qui ne se voilent plus en public. Donc, le régime iranien a compris que ses fondations étaient fragiles. Afin d’empêcher le renversement du régime, les Mollahs sont plus modérés dans l’imposition de la Charia (la loi islamique). Les femmes semblent bénéficier de plus de libertés qu’auparavant. »
Est-ce que la réponse iranienne face aux attaques israéliennes démontre la faiblesse du régime des Mollahs?
Jean-François Caron : « Sur le plan militaire, les Iraniens ont réalisé qu’ils ne pourront jamais rivaliser de façon conventionnelle avec Israël. Ils ont développé des missiles balistiques et ils financent le terrorisme international (le Hezbollah et le Hamas) afin d’affronter l’État hébreu. L’Iran a sous contracté à des groupes terroristes des attaques pour déstabiliser son ennemi juré.
Ce pays est victime de sanctions économiques occidentales. Donc, il ne peut pas acheter du matériel militaire efficace. Alors, le régime iranien n’est pas en mesure de concurrencer Israël militairement. Ce pays demeure vulnérable sur ce plan. »
Selon vous, le régime islamiste iranien pourrait-il être renversé dans un avenir rapproché?
Jean-François Caron : « Il y a deux conditions fondamentales qui peuvent permettre un changement de régime dans un système autoritaire.
Tout d’abord, il faut que le régime perde ses alliés sur la scène internationale. D’autre part, il faut observer une division au sein des élites au pouvoir. Alors, la Chine va continuer d’acheter du pétrole iranien. La Russie soutient le régime iranien sur le plan politique. Ainsi, l’Iran peut encore compter sur ses deux alliés.
De plus, je ne pense pas qu’il y ait de dissensions au sein des élites iraniennes. Si elles existent, elles ne sont pas visibles. Dans la haute hiérarchie du pouvoir, les dirigeants au pouvoir sont encore unis. Les deux facteurs qui sont nécessaires pour un renversement de régime ne sont pas réunis à ce moment. En conséquence, il est peu probable que le régime des Mollahs soit renversé dans un avenir proche. »


