Il y a un rapport d’enquête qui a été rendu public sur la neutralité, le financement et le fonctionnement de l’audiovisuel français. Je me suis entretenu avec Ghislain Benhessa sur les conclusions de cette commission d’enquête.
Ghislain Benhessa est Docteur en droit public, avocat, essayiste et observateur de la politique française.
Entretien
Simon Leduc : Quelles sont les conclusions du rapport d’enquête sur l’audiovisuel français?
Ghislain Benhessa : « Il a été rédigé par Charles Alloncle qui est un député de la droite nationale proche du RN. Ce dernier est devenu le visage de la Commission d’enquête, car c’est lui qui a pris en charge les auditions des personnalités médiatiques qui ont témoigné durant cet exercice qui a duré six mois.
Les conclusions du rapport ont choqué une partie des élites et le monde de l’audiovisuel public. M. Alloncle a levé le couvercle sur le fonctionnement très opaque de la télé et la radio publique française. Il ne propose pas de privatiser l’audiovisuel public, mais souhaite plutôt un assainissement des comptes publics. Il préconise des économies d’un milliard de dollars. Il faut savoir que le budget annuel de l’audiovisuel est de quatre milliards d’euros. C’est évidemment financé par les contribuables français.
D’autre part, le député français propose de fusionner plusieurs chaines publiques pour éviter un éclatement des canaux par l’entremise de ces multiples postes de télévision. Il prône une plus grande pluralité d’opinions dans l’audiovisuel public français. M. Alloncle s’est rendu compte que ce secteur souffrait d’une partialité et qu’il était à la solde du macronisme qui est au pouvoir en France. Le monde de l’audiovisuel français est frappé par un gauchisme culturel. Il faudrait que la gauche et la droite soient représentées équitablement sur les ondes publiques françaises.
Il faut savoir que les auditions ont tourné au règlement de comptes. Le caractère obstiné de Charles Alloncle n’a pas plu à l’élite de l’audiovisuel français. Cet élu français a révélé des pratiques extrêmement discutables et condamnables qui frisent la corruption. Cela a choqué les élites de ce secteur qui n’avaient pas fait l’objet d’une véritable investigation de cette nature depuis des décennies. »
Le biais gauchiste de l’audiovisuel public français est-il généralisé?
Ghislain Benhessa : « Charles Alloncle s’est rendu compte qu’il y avait deux courants qui étaient largement sous-représentés dans l’audiovisuel public : la droite identitaire (le Rassemblement national et Reconquête) et la France insoumise. L’exposition des partis politiques dans ce secteur est soumise à des règles. C’est-à-dire qu’on prend en considération la puissance de frappe des formations politiques lors des élections et dans les sondages pour déterminer leur visibilité dans l’audiovisuel public. Le Rassemblement national est clairement le premier parti politique français. Dans les sondages, le RN a une avance substantielle (35 % des voix) sur ses rivaux au premier tour des prochaines présidentielles. De plus, le RN a fait le meilleur score lors des législatives de juin 2024. De plus, la France insoumise est la première force politique de la gauche française. Malgré cela, ces deux véhicules politiques sont sous-représentés sur les plateaux de la télé et radio d’État. M. Alloncle estime que ces derniers doivent être représentés équitablement dans l’audiovisuel français. En ce moment, c’est la gauche et le centre (le macronisme) qui sont les plus visibles dans ces médias d’État. »
Quelle a été la réaction des dirigeants de l’audiovisuel public face aux conclusions de l’enquête publique?
Ghislain Benhessa : « Tout d’abord, France Télévision est composée de plusieurs chaines de télévision comme France 2, France 3, France 5, et France 24. Il y a aussi France Inter et France culture qui sont les stations de radio principales qui dépendent de Radio France.
Charles Alloncle s’est intéressé à ces deux secteurs. Il a fait témoigner les dirigeants de France Télévision et de Radio France. M. Alloncle s’est aussi concentré sur des intervenants qui sont payés par l’audiovisuel français pour faire des analyses. Il a enquêté sur le contenu, le financement (dont le salaire des dirigeants et des experts) et la mission de l’audiovisuel public et de ses experts. L’auteur du rapport a découvert que des salaires exorbitants étaient accordés aux analystes, qui passaient sur les plateaux de télé de la société d’État français, et à ses hauts dirigeants. Par exemple, la commission a découvert que la présidente de France Télévision, Delphine Ernotte, touche rien de moins que 400 000 euros par an, sans parler de sa prime de résultat qu’elle touche alors même que les audiences baissent et que le déficit de France Télévision se creuse depuis quelques années. On a aussi découvert que des sociétés de production privées, en contrat avec France Télévision, bénéficient de rémunérations substantielles. Il s’agit d’un véritable système de captation de l’argent public, en circuit fermé.
Charles Alloncle pense qu’il faut s’attaquer au système opaque que l’establishment de l’audiovisuel français a mis en place. Ce dernier demande une plus grande transparence et de rigueur à ce secteur qui est 100 % financé par le peuple. Il propose de couper 25 % du financement total de ce média d’État (1 milliard sur 4).
Il faut savoir que le rapport de cette commission d’enquête est passé à un doigt de ne pas être rendu public. Il fallait une majorité des voix au sein de cette commission de l’Assemblée nationale pour rendre public ce fameux rapport. Il aurait pu ne pas être rendu public. Le vote s’est conclu à une ou deux voix près pour qu’il soit accessible au public. Cela illustre l’opacité du système, qui a tenté de conserver ses acquis en bloquant la diffusion du contenu de ce texte. La gauche française a farouchement défendu les intérêts de l’élite de l’audiovisuel français en disant que ce rapport était infâme et partial. Les progressistes estiment que Charles Alloncle est un homme politique malsain qui n’avait pas le droit de rédiger ce rapport. Tandis que la droite a soutenu le travail de la commission et dénoncé l’attitude des dirigeants de l’audiovisuel public français.
Pour conclure, les dirigeants de l’audiovisuel vont défendre leurs positions et leurs statuts dans l’univers médiatique français. Ils ont dénoncé les conclusions de ce rapport avec véhémence. Il faut souhaiter que les principales recommandations soient adoptées afin de rendre ce secteur plus transparent. Il reste à voir si la classe politique au pouvoir va aller dans cette direction. C’est à suivre… »

