Le Canada devient un pays presque ingérable avec un gouvernement fédéral qui ne sait plus où donner de la tête et semble vouloir tirer dans tous les sens avec beaucoup de promesses faites, mais avec peu de résultats. À gauche, à droite, le pays va dans toutes les directions avec une coalition « centre-droit » (si de droite il est vraiment). Combien de temps ce manège va-t-il durer ?
Une absence de leadership
Le Canada brille par son absence de leadership. Cela se vérifie facilement par la crise tarifaire avec les États-Unis. En effet, en fin octobre 2025, le Premier ministre de l’Ontario Doug Ford dépense des millions de dollars pour l’élaboration, l’exécution et la diffusion d’une publicité destinée au public américain sur les tarifs. À la suite du visionnement de la publicité, le président américain Donald Trump avait décidé de cesser les négociations d’une entente tarifaire avec le Canada. De plus, il a été révélé, après avoir laissé planer le doute pendant plusieurs jours, que le Premier ministre Carney avait visionné la publicité du Gouvernement Ford avant sa diffusion. Mark Carney avait aussi admis avoir rencontré Ford et avait tenté de le dissuader de diffuser la publicité en question.
M. Carney n’a même pas osé rabrouer son plus fidèle allié, même s’il a largement sa part de responsabilité dans la rupture des négociations, alors que la plupart des autres pays signent des ententes tarifaires avec les États-Unis. Quand des provinces se mettent à se mêler de politique étrangère, alors qu’elles sont dans une confédération où les compétences sont clairement séparées entre elles et le gouvernement fédéral, cela montre une faiblesse, voire une totale absence de leadership au Canada.
Autres exemples de manque de leadership figurent Mélanie Joly et Steven Guilbault. Dans le cas de Mélanie Joly, le 18 novembre 2025, elle affirme, avec un autre député de la région de Montréal, que le Parti québécois souhaitait donner le Québec à Donald Trump. La question se pose : quand un ministre vient dire de telles déclarations ridicules, que fait le chef du parti? Que font les whips? N’importe qui avec un peu de leadership l’aurait convoqué dans son bureau et l’aurait poussée à s’excuser et à retirer ses propos.
Pour ce qui en est de Steven Guilbault, son attitude est contradictoire. Il quitte son poste de ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes le 27 novembre 2025. Il utilise comme prétexte de son départ l’Entente signée le même jour entre Ottawa et l’Alberta consistant en la construction d’oléoducs. Or, il demeure comme député libéral de Laurier-Sainte-Marie et dit « réitérer sa confiance envers Mark Carney ». Cependant, il multiplie les critiques envers le Premier ministre, accusant même le fédéral « d’être dans la pensée magique ». À cela, les mêmes questions que dans le cas de Mélanie Joly. N’importe qui avec un peu de leadership l’aurait convoqué dans le bureau et lui ordonner de se rétracter et, dans le cas de désobéissance, l’expulser du caucus.
Ainsi, le pays est bloqué dans un creusement de la dette et du surplace en guise de politique. Le gouvernement libéral propose de déposer des projets de loi dits « conservateurs », comme des réformes liées aux libérations conditionnelles. Or, ces projets de loi n’ont toujours pas été déposés.
Une coalition fragile
Mark Carney a fait élire son parti sur un programme électoral un peu flou : des dépenses réduites, mais des investissements croissants, un gouvernement plus petit, mais pas de bureaucratie en moins, respecter l’environnement, mais en promettant peut-être un « corridor énergétique ». La dernière promesse avait été formulée en 2019 par l’ancien chef conservateur Andrew Scheer, ce qui lui a valu railleries et moqueries.
Il est ironique de constater qu’une bonne partie du Gouvernement Carney est composée d’anciens ministres du Gouvernement Trudeau qui étaient impliqués jusqu’au cou dans tout ce qui touchait à l’écologie, que ce soit Chrystia Freeland, François-Philippe Champagne, Mélanie Joly et anciennement Steven Guilbault. Les mêmes qui vantaient les vertues de la taxe carbone ont vanté sa suspension et non son abolition. Ces députés ne voient que leur maintien au pouvoir et au placard les convictions.
Ainsi, le Premier ministre Carney a une coalition de gens de gauche prônant des « politiques de droite » (coupures dans la bureaucratie, construction de pipelines, etc.) et de députés « progressistes-conservateurs » ou ayant trahi leur ancien parti pour des raisons d’ambition. Cela est très fragile comme coalition, et il importe de se demander combien de temps cela va tenir. Pour déterminer si M. Carney est de gauche ou de droite, il suffit d’aller à la source et de lire son livre Values, dans lequel il appelle au protectionnisme, de ne faire d’affaires qu’avec les pays ayant les mêmes valeurs que le Canada.
Pendant que le Premier ministre Carney vient brasser de l’air à l’international en signant des accords en Europe n’ayant que peu d’impacts, en ce qui concerne la politique intérieure, à part quelques petites coupures de fonctionnaires ça et là, il n’y a que peu de changements. Certes, il y a des promesses de nouveaux projets de loi « conservateurs », mais rien n’a encore été déposé.
L’unité brisée : les conséquences à l’international
Mark Carney avait été élu sur la promesse d’un Canada uni contre Donald Trump. Cependant, jamais le Canada n’a été aussi désuni. Ce n’est pas normal qu’un Premier ministre provincial interfère dans la politique étrangère.
Cela donne une mauvaise réputation du Canada à l’international, faisant comme si le pays était dirigé par le Premier ministre ontarien au lieu du Premier ministre canadien. Les premiers ministres, peuvent certes exposer leurs inquiétudes, mais ne doivent pas parler au nom du Canada. Il y a des institutions qui existent pour débattre de ces inquiétudes, comme la Conférence des Premiers ministres, ainsi que le Conseil de la Fédération. Les premiers ministres provinciaux ont avantage à se focaliser sur les prérogatives de leur province respective au lieu d’interférer dans celles du fédéral.


