Le chef de l’opposition officielle, Pierre Poilievre, a prononcé le 3 mars 2026 la conférence annuelle Margaret Thatcher au Centre for Policy Studies (CPS), un groupe de réflexion de centre-droit situé à Londres, en Angleterre. Il s’agissait du premier voyage officiel à l’étranger de Poilievre depuis son élection à la tête du Parti conservateur du Canada.
Le discours, intitulé Free Trade among Free Nations: A Plan To Be Stronger at Home and Unbreakable Abroad, a duré environ trente minutes et a proposé la création d’un partenariat modernisé entre le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, sous le nom de « CANZUK ».
Contexte du déplacement
La veille du discours, le lundi 2 mars, Poilievre avait participé à une réception au Carlton Club, un club privé près du palais Saint-James fondé en 1832 et associé de longue date au Parti conservateur britannique. Il y avait notamment esquissé les grandes lignes de sa proposition devant des représentants du milieu des affaires londonien. Le matin du 3 mars, il a également rencontré Kemi Badenoch, cheffe du Parti conservateur du Royaume-Uni.
Contenu du discours
Le discours s’ouvre sur une anecdote tirée d’un achat de café en guise d’illustration du principe de l’échange volontaire, avant d’enchaîner sur une relecture d’Adam Smith à l’occasion du 250ᵉ anniversaire de La Richesse des nations. Poilievre cite notamment : « Ce qui est prudent dans la conduite d’une famille privée peut difficilement être insensé dans celle d’un grand royaume », affirmant que le libre-échange est « la clé du bien-être des gens ordinaires et du pays ».
La seconde partie dresse un bilan critique des politiques économiques des dernières décennies — inflation, coûts du logement, politiques énergétiques, immigration — en les présentant comme les causes d’une trahison des travailleurs dans les pays occidentaux. Poilievre y invoque l’histoire de Henry VIII et du « Grand Avilissement » pour illustrer les effets de la création monétaire sur le pouvoir d’achat.
Le cœur de la proposition porte sur cinq piliers concrets pour un accord CANZUK :
- Reconnaissance automatique des diplômes professionnels entre les quatre pays — médecins, infirmières, ingénieurs
- Présomption d’équivalence réglementaire — un produit approuvé dans un pays serait reconnu dans les trois autres
- Cadre de mobilité de la main-d’œuvre qualifiée entre les quatre pays
- Intégration des achats militaires pour renforcer les capacités de défense
- Pacte sur les minéraux critiques et l’énergie — incluant un accord d’approvisionnement en GNL canadien pour le Royaume-Uni, une coopération nucléaire fondée sur le réacteur CANDU, et la création d’une réserve stratégique d’énergie et de minéraux pour les alliés
Poilievre a précisé qu’une politique d’immigration commune serait exclue d’un premier accord CANZUK, et que des protections pour la langue française au Québec seraient intégrées au partenariat. Une portion du discours a été prononcée en français, récapitulant les cinq piliers pour un auditoire francophone.
Références historiques et politiques
Le discours s’appuie abondamment sur des figures conservatrices — Adam Smith, Winston Churchill, Margaret Thatcher et, dans un registre inattendu, Robin Hood, présenté comme un combattant légendaire contre la taxation abusive plutôt que comme un personnage de redistribution sociale. Poilievre cite Churchill sur Robin Hood : « Il personnifie l’amour anglais de la liberté et l’instinct populaire de justice, surtout quand elle est niée par ceux au pouvoir. »
Sans mentionner directement le président américain Donald Trump, Poilievre a abordé le thème de la fragmentation des alliances commerciales démocratiques et la pression exercée sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, formulant sa proposition CANZUK comme une réponse à cette instabilité.
Après Londres, Poilievre a poursuivi son voyage en direction de Berlin pour d’autres rencontres avec des élus.

