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Et si on laissait les parents choisir?

Il existe une étrange habitude dans le débat québécois : lorsqu’une famille reçoit un service de l’État, on finit rapidement par considérer que ce service appartient à l’État plutôt qu’à la famille. C’est particulièrement vrai en matière de garde d’enfants.

Au Québec, nous avons développé un modèle dans lequel l’État prélève une partie importante de la richesse produite par les citoyens, puis utilise ensuite une partie de cet argent pour financer un réseau de services de garde subventionnés. Les parents doivent alors espérer obtenir une place dans le bon type de garderie, au bon endroit, au bon moment et selon les modalités prévues par l’administration publique. Et lorsqu’ils n’obtiennent pas cette place, ils doivent souvent payer davantage pour une solution qui correspond pourtant mieux à leurs besoins.

C’est là que je décroche. Parce que, dans le meilleur des mondes, la question ne serait même pas de savoir combien l’État devrait donner aux parents pour la garde de leurs enfants. Dans le meilleur des mondes, les Québécois seraient tout simplement suffisamment peu taxés pour pouvoir faire eux-mêmes leurs choix.

Imaginez un instant le principe. Vous travaillez. Vous créez de la richesse. Vous gagnez un salaire. Et plutôt que de voir une portion considérable de ce salaire disparaître dans les différents niveaux de taxation pour ensuite vous revenir, peut-être, sous la forme d’un programme auquel vous êtes admissible selon des critères établis par quelqu’un d’autre, vous gardez davantage de votre propre argent. Que feriez-vous?

Peut-être choisiriez-vous d’envoyer votre enfant dans un CPE. Parfait. Peut-être préféreriez-vous une garderie privée. Très bien. Peut-être que l’un des deux parents déciderait de travailler moins ou de rester temporairement à la maison avec l’enfant. Pourquoi pas?

Peut-être qu’une grand-mère, un grand-père, une tante ou une voisine offrirait de garder l’enfant quelques jours par semaine. Encore mieux. Qui peut être contre le fait d’avoir une communauté soudée? Peut-être choisiriez-vous une combinaison de toutes ces solutions. Trois jours en garderie. Deux jours avec les grands-parents. Un horaire de travail modifié. Du télétravail lorsque possible.

Pourquoi faudrait-il que le gouvernement décide à votre place laquelle de ces options mérite d’être encouragée? Et surtout, pourquoi faudrait-il qu’une famille qui choisit une solution différente de celle privilégiée par l’État soit financièrement pénalisée pour avoir fait un choix différent? Voilà, selon moi, la véritable question.

Le problème fondamental n’est pas nécessairement le service de garde subventionné. Le problème, c’est que nous avons tellement intégré l’idée selon laquelle l’État doit organiser nos choix que nous avons oublié ce qui se trouvait avant le programme : notre propre argent.

Soyons toutefois réalistes. Nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes. On ne réduira pas demain matin la pression fiscale québécoise au point où chaque famille retrouvera instantanément plusieurs milliers de dollars supplémentaires dans ses poches. Nous avons construit, au fil des décennies, un État extrêmement coûteux. Et ce coût est maintenant intégré dans pratiquement toutes les dimensions de notre société.

Alors, que fait-on entre-temps? C’est ici que je me rabats sur ce que j’appellerais le deuxième meilleur choix : le transfert direct aux parents.

L’idée est simple. Puisque l’État consacre déjà une quantité considérable d’argent au financement de la garde d’enfants, pourquoi ne pas transférer une part plus importante de cette capacité financière directement aux familles?

Et je précise immédiatement : ce n’est pas parce que je crois que l’État est meilleur lorsqu’il donne de l’argent directement plutôt que lorsqu’il finance un service. C’est simplement parce que, dans un contexte où l’État prélève déjà cet argent et où il semble politiquement impossible de le retourner complètement aux contribuables sous forme de baisse d’impôts, il reste encore une question fondamentale : qui devrait décider de son utilisation? Un fonctionnaire ou un parent? Pour ma part, la réponse est assez évidente.

On nous répète souvent que le réseau public de services de garde favorise les femmes sur le marché du travail. C’est peut-être vrai. Mais pourquoi l’État devrait-il utiliser son système fiscal pour favoriser un modèle familial plutôt qu’un autre? Pourquoi le choix de retourner rapidement au travail devrait-il être davantage soutenu financièrement que celui de rester quelques années à la maison avec son enfant?

Attention : je ne dis pas qu’un modèle est moralement supérieur à l’autre. Je dis précisément l’inverse. Je considère que ces décisions appartiennent aux familles.

Une femme qui veut poursuivre sa carrière immédiatement après son congé parental devrait pouvoir le faire. Une autre qui souhaite rester à la maison pendant quelques années devrait pouvoir le faire également. Un père qui décide de réduire ses heures de travail pour s’occuper de ses enfants devrait avoir la même liberté.

Une famille qui préfère utiliser une garderie privée devrait pouvoir choisir cette option. Une autre qui souhaite confier son enfant à une personne de confiance de son entourage devrait pouvoir organiser sa vie ainsi.

La liberté de choix ne consiste pas à offrir la même option à tout le monde. Elle consiste à reconnaître que les gens ne veulent pas tous la même chose.

Et c’est peut-être ici que l’on touche à l’une des grandes contradictions du modèle québécois. Nous prétendons défendre la diversité. Mais lorsqu’il est question d’organisation familiale, le modèle québécois nous impose une conception étonnamment uniforme de ce qui devrait être considéré comme le « bon » choix.

Le bon choix serait de travailler. Le bon choix serait d’obtenir une place dans le réseau. Le bon choix serait d’utiliser le service financé par l’État. Et si vous préférez autre chose, tant pis pour vous. Vous continuerez tout de même à financer le système par vos taxes et vos impôts.

Vous voulez rester à la maison avec votre enfant? Très bien, mais financez vous-même votre choix. Vous préférez une garderie privée parce qu’elle est plus près de votre domicile ou mieux adaptée à votre horaire? Payez davantage. Vous avez une voisine extraordinaire qui serait parfaitement heureuse de garder votre enfant? Bonne chance pour faire entrer cette réalité dans les bonnes cases administratives.

On appelle cela un système universel. Moi, j’y vois parfois un système universellement convaincu de savoir ce qui est bon pour vous.

Le transfert direct aux parents n’est donc pas une solution parfaite. Je préfère le dire clairement, parce que je connais déjà l’objection : « Mais tu proposes simplement un autre programme gouvernemental! » Oui. Dans un sens, c’est exactement cela.

Parce que nous ne partons pas d’une feuille blanche. Nous partons d’un État qui prélève déjà énormément d’argent et qui finance déjà massivement certains choix plutôt que d’autres. Dans ce contexte, demander un transfert direct aux parents représente une tentative de remettre une partie du pouvoir décisionnel entre les mains de ceux qui vivent réellement avec les conséquences de ces décisions.

Ce n’est pas mon premier choix philosophique. C’est mon deuxième meilleur choix pratique. Mon premier choix serait beaucoup plus simple : taxer moins, réglementer moins et laisser les familles garder davantage de leur propre revenu.

Mais entre ce modèle idéal et le statu quo actuel, où une bureaucratie organise la redistribution de ressources limitées en créant inévitablement des gagnants, des perdants et des listes d’attente, je préfère encore que l’argent suive le parent.

Parce qu’au final, personne n’est mieux placé qu’un parent pour savoir ce dont sa famille a besoin. Pas un ministre. Pas un fonctionnaire. Pas un expert qui n’a jamais rencontré votre enfant. Et certainement pas un système informatique qui vous annonce que vous êtes le 18 000e en attente d’une place.

Le véritable progrès ne consiste pas à construire un État capable d’organiser parfaitement toutes les décisions de millions de familles. C’est une ambition aussi coûteuse qu’illusoire. Le véritable progrès consiste plutôt à donner aux individus les moyens de prendre eux-mêmes leurs décisions.

Et dans le meilleur des mondes, cela passerait par une réduction massive de la pression fiscale et par une plus grande autonomie financière des familles. Mais puisque nous ne sommes pas dans ce monde-là, je suis prêt à défendre une solution intermédiaire.

Si l’État tient à consacrer des milliards à la garde d’enfants, alors qu’il fasse au moins suffisamment confiance aux parents pour leur laisser choisir comment ces ressources seront utilisées. CPE, garderie privée, parent à la maison, grand-parent, voisine, horaire flexible ou combinaison de plusieurs solutions.

Ce n’est pas au gouvernement de choisir la bonne famille. C’est aux familles de choisir ce qui est bon pour elles.

Et, franchement, si nous avons besoin d’un système gouvernemental complexe pour nous expliquer comment dépenser notre propre argent afin de nous occuper de nos propres enfants, peut-être que le problème est plus profond que notre simple manque de places en garderie.

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Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

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