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L’EDI dans la recherche fédérale : le mérite doit redevenir la boussole

Le débat sur l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) dans le financement public de la recherche vient de franchir une étape importante. Le Comité permanent de la science et de la recherche de la Chambre des communes a consacré une étude parlementaire aux critères d’attribution du financement fédéral et à leur incidence sur l’excellence de la recherche. L’étude découle d’une motion adoptée le 18 juin 2025, qui reprenait des travaux amorcés sous la 44e législature. Entre le 28 novembre 2024 et le 1er octobre 2025, le comité a tenu dix réunions, entendu 49 témoins, dont des représentants des trois organismes subventionnaires, et reçu 35 mémoires, quatre réponses écrites et huit documents de référence. Les débats ont porté sur l’excellence, la concentration du financement, la recherche en français, la bibliométrie et, surtout, l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI). Ce rapport a été publié par le Comité le 21 septembre 2026.

Les travaux ont donné lieu à un débat substantiel sur la définition même de l’excellence. Le comité a entendu des représentants des organismes subventionnaires, mais également des chercheurs défendant des positions diamétralement opposées sur l’EDI. Steven Pinker, Eric Kaufmann, Gad Saad et Dave Snow ont notamment remis en question la pertinence de critères d’EDI dans l’attribution des fonds publics. À l’inverse, Wendy Cukier, Malinda Smith et d’autres témoins ont soutenu que l’intégration de l’EDI pouvait contribuer à l’excellence scientifique. Le débat n’est donc pas simplement administratif : il porte sur la question fondamentale de savoir ce que l’État doit financer lorsqu’il utilise l’argent des contribuables.

Le problème fondamental : confondre représentation et excellence

Il faut ici revenir à un principe élémentaire : un programme public de financement de la recherche devrait d’abord chercher à financer la meilleure recherche disponible selon des critères pertinents pour la qualité scientifique et l’impact des travaux.

Cela ne signifie pas qu’une recherche portant sur l’EDI doit être interdite. Elle peut parfaitement être étudiée, critiquée ou financée lorsqu’elle satisfait aux mêmes exigences scientifiques que les autres projets. La distinction est essentielle : l’État peut financer l’étude d’une question sans transformer cette question en critère politique préalable d’attribution des fonds.

C’est précisément cette frontière qui devient problématique lorsque l’identité du chercheur, la composition démographique d’une équipe ou l’adhésion à certains objectifs d’EDI commencent à intervenir dans l’évaluation d’une demande.

Le mérite scientifique ne devrait pas être une variable parmi d’autres dans une grille politique. Il devrait être le point de départ.

Un débat qui ne peut plus être balayé comme idéologique

Les témoignages entendus par le comité montrent que les critiques ne proviennent pas uniquement de commentateurs politiques. Des chercheurs et des universitaires ont eux-mêmes soulevé des préoccupations concernant l’influence croissante de l’EDI dans les organismes subventionnaires.

Dave Snow a notamment présenté au comité des travaux portant sur l’évolution des critères d’EDI dans les organismes fédéraux et sur la présence croissante de thématiques militantes dans certaines catégories de financement. Eric Kaufmann a également témoigné sur les conséquences potentielles de ces politiques pour l’excellence et la liberté académique.

En parallèle, les organismes subventionnaires défendent une conception différente. Des représentants du CRSH, du CRSNG et des IRSC ont fait valoir que certains éléments de diversité des équipes peuvent favoriser l’innovation et que leurs programmes disposent de données allant dans ce sens. Par exemple, le CRSH a présenté au comité des résultats selon lesquels 67 % des répondants à une initiative de financement exploratoire estimaient que la diversité de leur équipe avait contribué à l’innovation ou à des résultats inattendus.

Autrement dit, le débat empirique est réel. C’est précisément pourquoi il faut davantage de transparence et de données, et non davantage de présupposés idéologiques.

Conclusion du comité

Les observations du comité tranchent nettement. Elles qualifient les politiques d’EDI de discriminatoires et de politisées, jugent qu’elles nuisent à la qualité et à la réputation de la recherche canadienne et concluent qu’elles n’ont aucune incidence positive pour les contribuables.

Parmi les vingt recommandations, plusieurs répondent à des préoccupations plus largement partagées : cesser d’utiliser les subventions antérieures comme critère d’attribution (recommandation 1), revoir le Fonds de soutien à la recherche (2), assurer un traitement équitable des demandes en français (5) et ouvrir l’accès aux données désagrégées des organismes subventionnaires, y compris celles concernant les demandes non financées (12).

Sur l’EDI, le comité recommande d’éliminer toute référence à l’EDI dans l’attribution du financement (13), de limiter sa prise en compte au contenu des projets (14), d’interdire les quotas démographiques et les objectifs de proportionnalité (15), de protéger la liberté académique et la diversité des points de vue (16) et de réaliser un audit quantifié des effets de ces politiques (17).

Les recommandations 18 à 20 prennent toutefois une direction différente : elles proposent une formation obligatoire, l’intégration de l’EDI dans la conception des projets ainsi que des incitatifs destinés aux équipes inclusives. Les conservateurs expliquent cette apparente contradiction par l’absence d’entente entre les membres du comité : le rapport a finalement été adopté tel quel, faute de consensus.

Cette conclusion illustre précisément le problème soulevé dans le présent texte. Même lorsqu’un comité reconnaît la nécessité de mesurer les effets des politiques d’EDI et de retirer certains critères identitaires de l’attribution des fonds, il demeure possible de maintenir parallèlement des mécanismes institutionnels qui encouragent leur intégration ailleurs dans le processus.

La prochaine étape devrait donc être empirique : mesurer les effets réels de chacune de ces politiques, publier les données et soumettre leurs résultats au même examen critique que n’importe quelle autre politique publique.

Trois visions du financement de la recherche

Les trois formations représentées au comité ont finalement produit des opinions dissidentes, révélant un désaccord de fond sur la fonction même du financement public de la recherche.

Les libéraux défendent une conception de l’excellence dans laquelle l’EDI constitue une composante légitime de la qualité scientifique. Leurs arguments mettent notamment de l’avant le cas du Dr Kapoor, présenté comme une illustration des risques liés à une recherche qui ne tiendrait pas suffisamment compte de la diversité des populations, ainsi que des travaux invoqués devant le comité associant la diversité des équipes à une productivité supérieure. Leur position revient donc à considérer la diversité des équipes et des perspectives non comme un objectif distinct de l’excellence, mais comme l’un de ses déterminants.

Les conservateurs adoptent une conception sensiblement différente. Ils demandent que les critères d’EDI cessent d’intervenir dans les décisions de financement et que l’évaluation repose d’abord sur le mérite individuel et la qualité scientifique. Cette position s’inscrit dans la critique formulée devant le comité par Eric Kaufmann, qui soutient que les organismes subventionnaires ont progressivement intégré des considérations d’EDI à leur mandat et que les critères d’identité ne devraient pas intervenir dans l’attribution des fonds publics. Les conservateurs mettent également en relation les politiques de financement et la capacité du Canada à attirer et à retenir les chercheurs, tout en reconnaissant que certaines comparaisons internationales ne permettent pas, à elles seules, d’établir un lien de causalité.

Le Bloc québécois déplace, pour sa part, le débat sur un autre terrain : celui de la compétence constitutionnelle et du rôle du gouvernement fédéral dans le financement direct de la recherche universitaire. Sa position met l’accent sur la compétence du Québec en matière d’éducation et remet en question plusieurs recommandations relatives à l’intégration de l’EDI dans la conception et l’attribution des projets. Le Bloc privilégie également une approche davantage fondée sur les conditions socioéconomiques que sur des catégories identitaires comme la race ou le sexe.

Ces trois positions illustrent surtout un désaccord plus profond. La question n’est plus simplement de savoir si la diversité est souhaitable dans le milieu universitaire. Elle est de déterminer si l’État doit utiliser l’identité des chercheurs et la composition des équipes comme instruments de sa politique de financement scientifique.

C’est là que le principe du mérite devient central. Une chose est de financer une recherche portant sur les inégalités, le sexe, la race ou l’EDI lorsqu’elle satisfait aux mêmes exigences scientifiques que les autres projets. Une autre est de faire de l’identité du chercheur ou de la composition démographique d’une équipe un facteur déterminant de l’accès à l’argent public.

Le premier relève de la liberté de recherche. Le second relève d’un choix politique sur la manière dont l’État distribue les ressources.

À mon sens, cette distinction devrait être au cœur de la réforme. Les contribuables financent la recherche pour produire des connaissances, de l’innovation et des résultats mesurables, pas pour atteindre des objectifs démographiques prédéterminés.

Les données du MLI ajoutent une pièce importante au débat

L’étude publiée en septembre 2026 par l’Institut Macdonald-Laurier, signée Eric Kaufmann, Leif Rasmussen et Jonah Davids, apporte une nouvelle série de données au débat. Les auteurs ont étudié les titulaires de Chaires de recherche du Canada et utilisé l’indice h comme mesure de l’impact des publications scientifiques. Ils rapportent notamment un indice h moyen de 38 chez les hommes blancs ou asiatiques, de 28 chez les femmes et de 18 chez les titulaires noirs ou autochtones. Ils constatent également une transformation importante de la composition démographique des titulaires de chaires depuis 2000.

Les auteurs affirment que les écarts persistent après plusieurs contrôles statistiques et estiment que certaines nominations effectuées dans le cadre des politiques d’équité auraient entraîné une diminution de la productivité scientifique. Ils évaluent le coût annuel associé à ces pratiques à environ 36 millions de dollars. Les auteurs ont effectué des contrôles statistiques selon l’expérience (durée de la carrière), l’échelon, l’organisme et le domaine de recherche, parmi 178 disciplines. Les écarts demeurent significatifs, sans que les auteurs se prononcent sur leurs causes. Ils estiment à 12 à 15 % la perte de productivité par nomination « équité » et à 36 millions de dollars par an le coût de l’embauche préférentielle et de la recherche militante.

Ces pratiques touchent aussi le Québec : selon Libre Média, des documents du ministère de l’Enseignement supérieur obtenus par accès à l’information montrent qu’Ottawa lie son financement à des critères de sexe et de race dans l’embauche des universités québécoises.

Il faut toutefois être précis : ces estimations sont les conclusions des auteurs du rapport et ne constituent pas un consensus scientifique établi. Elles doivent donc être examinées, reproduites et confrontées à d’autres analyses. C’est justement la raison pour laquelle la transparence des données des organismes subventionnaires est indispensable.

Le débat sérieux ne consiste pas à remplacer un dogme par un autre. Il consiste à demander : quels critères produisent effectivement davantage de recherche de qualité avec chaque dollar public investi?

La neutralité de l’État doit être la règle

Le principe devrait être simple.

Un organisme public ne devrait pas demander à un chercheur d’atteindre un objectif démographique pour accéder à des fonds scientifiques. Il ne devrait pas non plus favoriser un candidat en raison de sa couleur de peau, de son sexe ou d’une autre caractéristique personnelle qui n’a pas de rapport démontré avec la qualité de son travail.

Cela ne revient pas à nier l’existence de discriminations ou d’inégalités. Cela signifie simplement que la lutte contre ces phénomènes ne doit pas transformer les organismes scientifiques en instruments de politique identitaire.

La recherche sur le racisme, le sexisme, l’EDI ou les inégalités peut demeurer possible. Mais elle devrait être soumise aux mêmes exigences que la recherche sur l’intelligence artificielle, la médecine, l’énergie, la physique ou l’ingénierie.

La neutralité ne signifie donc pas l’interdiction d’un sujet.

Elle signifie que le gouvernement ne choisit pas à l’avance quelles conclusions ou quelles identités méritent davantage de financement.

Recentrer les fonds publics sur l’excellence et la valeur créée

Il faut également élargir la définition de l’excellence au-delà de la simple conformité administrative. Les investissements publics devraient davantage tenir compte de la qualité méthodologique, de la reproductibilité, de l’impact scientifique, de l’innovation, du potentiel de commercialisation et de la contribution à la productivité canadienne.

Les secteurs à fort potentiel de croissance, notamment les sciences, les technologies, l’intelligence artificielle, l’ingénierie et les autres STEM, méritent une attention particulière lorsque l’objectif est d’accroître la capacité productive du pays.

Mais cela doit également s’accompagner d’une diversification des sources de financement.

Les universités devraient être encouragées à développer davantage la philanthropie privée, les partenariats industriels et les fonds privés pour soutenir certaines chaires et certains programmes. Chaque dollar privé mobilisé est un dollar de moins à prélever sur le contribuable, tout en permettant à des donateurs et à des entreprises de soutenir les domaines de recherche qu’ils jugent prioritaires.

Une réforme de principe

Ma position est donc claire : les caractéristiques personnelles des chercheurs ne devraient pas déterminer l’accès au financement public de la recherche.

Les organismes fédéraux devraient :

  1. retirer les objectifs démographiques et les quotas d’identité de l’attribution des fonds;
  2. éliminer les critères d’EDI qui ne démontrent pas un lien direct avec la qualité scientifique du projet;
  3. publier des données suffisamment détaillées pour permettre une évaluation indépendante des résultats;
  4. renforcer l’évaluation par les pairs et les critères objectifs de mérite;
  5. protéger explicitement la liberté académique et la diversité des points de vue;
  6. maintenir la possibilité de financer des recherches portant sur l’EDI lorsqu’elles répondent aux mêmes critères scientifiques que les autres travaux;
  7. orienter davantage les investissements vers les domaines susceptibles d’accroître la productivité, l’innovation et la capacité technologique du Canada;
  8. encourager parallèlement la philanthropie et les partenariats privés pour le financement de la recherche.

D’ailleurs, faut-il réellement considérer le financement de la recherche universitaire comme une responsabilité du gouvernement fédéral? Ne serait-il pas plutôt pertinent de revoir ce partage des responsabilités et d’envisager un rapatriement vers les provinces, dans le respect de leurs compétences en matière d’éducation? La question mérite au minimum d’être posée.

Le véritable enjeu n’est donc pas de choisir entre « diversité » et « excellence ». Il est de déterminer si l’État doit utiliser l’argent des contribuables pour poursuivre des objectifs démographiques ou pour financer la meilleure recherche possible.

La réponse devrait être inscrite dans une règle institutionnelle simple : le mérite scientifique d’abord, la neutralité de l’État toujours, et les résultats mesurables avant les slogans.

Sources

Comité permanent de la science et de la recherche (SRSR). Impact des critères d’attribution du financement fédéral sur l’excellence de la recherche au Canada. 45e législature, 1re session. Ottawa : Chambre des communes du Canada, septembre 2026. Consulter le rapport.

Kaufmann, Eric, Leif Rasmussen et Jonah Davids. « The Equity-Excellence Trade-Off: A Study of EDI in the Canada Research Chairs Program ». Macdonald-Laurier Institute, 1er septembre 2026. Consulter l’étude.

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