PSPP et Elon Musk pourraient avoir bien des choses à se dire sur l’avenir du Québec. Le milliardaire se prononce en faveur de notre indépendance, et voilà que surgit l’obstacle suprême : cet homme est controversé. Un entrepreneur parmi les plus riches et les plus influents de la planète s’intéresse à notre avenir, mais il faudrait d’abord vérifier si sa fréquentation est approuvée par le comité québécois des bonnes fréquentations. Pendant ce temps, les occasions économiques, elles, n’attendent pas notre certificat de vertu.
Paul St-Pierre Plamondon devrait envisager de le rencontrer. Une conversation avec Musk pourrait ouvrir des portes pour le Québec : investissements privés, collaborations industrielles, technologies de pointe et nouveaux débouchés pour nos entrepreneurs. Rien ne garantit qu’une rencontre produirait une entente. Mais fermer la porte avant même d’avoir posé une question serait une curieuse conception de l’intérêt national.
La diplomatie à l’épreuve de la matanterie
Alexandre Cormier-Denis a résumé le calcul politique ainsi : « PSPP va devoir se dissocier pour ne pas apparaître comme la 5e colonne trumpiste au Québec et plaire à la matanterie québécoise. »
Le trait est mordant, mais il soulève une vraie question : jusqu’où un dirigeant doit-il soumettre ses relations économiques à la peur d’une association idéologique? Rencontrer un entrepreneur permet justement de lui présenter nos intérêts, nos exigences et nos désaccords. PSPP conserverait sa liberté de jugement. Il pourrait discuter de télécommunications avec Musk tout en contestant ses positions politiques. La diplomatie exige cette capacité élémentaire à parler avec des gens qui ne pensent pas comme nous.
Musk mérite d’être critiqué lorsque ses propos ou ses décisions le justifient. Sa fortune ne lui confère aucune infaillibilité. Elle lui donne cependant des moyens considérables, tandis que ses entreprises occupent une place majeure dans l’innovation. Le Québec aurait intérêt à examiner ce que cette puissance économique pourrait apporter à ses entreprises et à ses citoyens. Gouverner exige davantage qu’un talent pour éviter les photos embarrassantes.
Faire respirer les télécommunications
Un dossier mérite particulièrement notre attention : les télécommunications. Le CRTC constate lui-même la concentration du marché canadien. Pour un libéral classique, cette situation invite à réclamer davantage de concurrence, des barrières à l’entrée moins élevées et une réelle liberté de choisir. Les consommateurs devraient pouvoir compter sur des fournisseurs qui doivent gagner leur clientèle, plutôt que sur notre résignation devant un choix limité.
Starlink est déjà présent au Québec. L’enjeu serait donc d’explorer des développements supplémentaires : meilleures possibilités de connexion dans les territoires éloignés, collaborations techniques, infrastructures complémentaires et occasions pour des fournisseurs québécois. Les technologies satellitaires peuvent élargir les options disponibles, selon les besoins, les coûts et la qualité du service. Leur intérêt doit se mesurer concrètement, sans transformer une antenne en objet de culte.
Les services satellitaires demeurent soumis au cadre réglementaire canadien. Un premier ministre québécois ne pourrait donc pas abolir l’autorité du CRTC par une poignée de main. Le pied de nez serait politique et économique : défendre l’ouverture, contester les obstacles inutiles et soutenir l’arrivée de solutions capables de bousculer l’oligopole. Ottawa devrait entendre un Québec qui réclame plus de choix, avec des propositions sérieuses à l’appui.
Au-delà des télécommunications, une rencontre pourrait aussi servir à explorer des collaborations en automatisation, en stockage d’énergie ou en recherche appliquée. L’objectif serait de faire participer nos entreprises aux chaînes de valeur technologiques : obtenir des contrats, développer des compétences et accéder à des marchés. Une délégation préparée arriverait avec des projets précis, des partenaires crédibles et des questions exigeantes.
Le pragmatisme d’un gouvernement minoritaire
Je suis un libéral classique. Mon enthousiasme pour l’innovation s’accompagne donc d’une méfiance envers les privilèges accordés par l’État. Attirer Musk devrait signifier faciliter des investissements productifs, simplifier les démarches et offrir des règles prévisibles. Les contribuables n’ont pas à financer une séance de séduction gouvernementale. Toute proposition devrait être examinée selon ses coûts, ses retombées et les risques assumés par chacun.
La concurrence doit rester le principe directeur. Une entente valable ouvrirait des possibilités à plusieurs acteurs, avec des conditions accessibles et des avantages démontrables pour les consommateurs québécois.
Je comprends également que le gouvernement minoritaire de PSPP devra faire des efforts et des concessions. Il devra chercher des appuis, négocier certaines mesures et composer avec des sensibilités différentes. C’est une exigence parlementaire parfaitement légitime. Il pourrait justement bâtir des accords autour d’objectifs concrets : concurrence accrue, investissements privés et occasions économiques en région. Ces terrains permettent de travailler ensemble malgré des divergences profondes.
PSPP devrait pouvoir expliquer publiquement le but d’une rencontre, préciser les sujets abordés et rendre compte des engagements éventuels. Cette transparence donnerait aux citoyens des éléments pour juger les résultats. Elle lui permettrait aussi de répondre aux critiques avec autre chose qu’une esquive. Au lieu de jouer à se cacher d’un personnage controversé, il aurait l’occasion de démontrer sa capacité à négocier.
Le Québec gagnerait à parler avec ceux qui peuvent contribuer à son avenir. Musk pourrait être l’un de ces interlocuteurs. Encore faudrait-il accepter de s’asseoir à la table.
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