Vendredi, mars 20, 2026

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Les conservateurs s’interrogent sur les liens entre Brookfield et Carney

Le député conservateur de Montmorency–Charlevoix, Gabriel Hardy, remet une nouvelle couche dans le dossier des liens entre le premier ministre Mark Carney et la firme Brookfield, et cette fois, c’est la Norvège qui s’ajoute à une liste déjà bien garnie de situations ambigües. Dans une récente publication musclée sur sa page Facebook, l’élu évoque un investissement de 1,5 milliard de dollars lié au fonds de transition de Brookfield, suivi une dizaine de jours plus tard par une visite officielle du premier ministre dans ce même pays. Une séquence qui, selon lui, ressemble étrangement à ce qui a été observé récemment en Inde. Et la question qu’il lance est directe : « Combien de coïncidences ça prend avant que ce soit un problème? », dit-il.

Ce nouvel épisode s’inscrit dans un contexte déjà chargé. Un document de 16 pages, largement diffusé dans les derniers jours et non-traité ou peu par les médias, compile une série de faits, de témoignages et de données publiques entourant les liens entre Mark Carney et son ancien employeur. Le document ne porte pas d’accusation criminelle, mais s’appuie sur un principe bien établi en droit canadien : un conflit d’intérêts peut être réel, potentiel… ou simplement apparent, et cette apparence suffit à soulever des inquiétudes légitimes.

Au cœur du dossier, il y a d’abord les intérêts financiers. Avant d’entrer en politique, Mark Carney occupait un poste stratégique chez Brookfield, et, à son départ, il détenait environ 6,8 millions de dollars américains en options liées à l’entreprise. Or, selon des témoignages entendus sous serment au Comité d’éthique, la valeur de ces instruments financiers est directement liée à la performance de Brookfield, ce qui alimente les interrogations sur une possible convergence entre décisions publiques et intérêts privés.

En effet, devant le Comité d’éthique, en novembre 2025, le chef de l’exploitation de Brookfield, Justin Beber, a reconnu que la valeur des instruments financiers détenus par Mark Carney évolue en fonction de la performance de l’entreprise : lorsque Brookfield progresse, ces actifs prennent eux aussi de la valeur. Quelques semaines plus tard, en décembre 2025, le commissaire fédéral à l’éthique, Konrad von Finckenstein, est allé dans le même sens, affirmant clairement que la rémunération future du premier ministre demeure liée au succès de Brookfield.

Pour encadrer la situation, un « écran d’éthique » a été mis en place au moment de son entrée en fonction. Sur papier, le mécanisme vise à empêcher le premier ministre d’intervenir dans des dossiers pouvant toucher ses intérêts. Dans les faits, toutefois, le document soulève plusieurs failles : l’écran est en partie géré par l’entourage du premier ministre lui-même, il ne couvrirait qu’une fraction des milliers d’entités liées à Brookfield et, surtout, il n’aurait pas empêché certaines rencontres avec des dirigeants de l’entreprise après son assermentation. « En d’autres mots, c’est l’équipe du premier ministre qui gère le tout, mis à part le commissaire », plaide-t-on dans le document.

La limite du pouvoir du commissaire

Malgré l’importance de son rôle, le Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique dispose de pouvoirs souvent jugés limités lorsqu’il s’agit d’imposer des sanctions directes. S’il peut mener des enquêtes, exiger la production de documents et convoquer des témoins sous serment afin de vérifier d’éventuels manquements, ses moyens coercitifs demeurent restreints.

En matière administrative, il peut notamment imposer des amendes pour des erreurs de déclaration, mais celles-ci sont généralement modestes — autour de 200 $ —, un niveau de pénalité largement critiqué comme étant peu dissuasif face à des enjeux financiers pouvant atteindre des millions de dollars. Dans les faits, son levier le plus puissant demeure le dépôt de rapports publics, qui peuvent entraîner une pression politique importante et, dans certains cas, mener à une démission. Toutefois, il ne possède pas le pouvoir de destituer un premier ministre. Il peut également formuler des recommandations, allant jusqu’à exiger des mesures comme la liquidation d’actifs, s’il juge que les mécanismes en place, notamment l’écran d’éthique, sont insuffisants.

D’autres possibles conflits d’intérêts?

Dans le document en question, plusieurs épisodes précis sont évoqués, en l’occurrence des rencontres avec des représentants de Brookfield à Ottawa et à Washington, des échanges dont le Commissaire à l’éthique n’aurait pas toujours été informé, ainsi qu’un refus de divulguer certains contacts tenus lors de voyages à New York et à Londres. Des éléments qui, mis bout à bout, alimentent le doute, sans pour autant constituer une preuve d’illégalité.

Mais c’est surtout l’alignement entre les politiques gouvernementales et les intérêts de Brookfield qui retient l’attention. Le document pointe du doigt plusieurs secteurs clés où Ottawa a investi massivement, dont les logements modulaires, le nucléaire, les centres de données liés à l’intelligence artificielle, la transition énergétique, et même le développement du gaz naturel liquéfié. Or, dans chacun de ces domaines, Brookfield détenait déjà des positions importantes, parfois acquises à l’époque où Mark Carney y occupait un rôle de premier plan.

« Une fiducie sans droit de regard (“blind trust”) a été mise en place en mars 2025, peu avant l’assermentation de Mark Carney à titre de premier ministre. Toutefois, des zones grises subsistent. Le chef de cabinet n’aurait pas été en mesure de préciser qui assure la surveillance des communications — textos et appels — entre M. Carney et des personnes liées à Brookfield. Par ailleurs, le premier ministre aurait rencontré des dirigeants de l’entreprise après son entrée en fonction, alors que le Commissaire à l’éthique n’aurait été informé que d’une seule de ces rencontres. À cela s’ajoute l’adoption d’un crédit d’impôt favorable à Brookfield, sans que le Commissaire en ait été avisé. Bien qu’un fiduciaire indépendant soit légalement chargé de gérer les actifs sans intervention directe de M. Carney, certaines questions demeurent quant à l’efficacité réelle de ce mécanisme », peut-on lire dans le document.

Fiducie sans droit de regard

C’est dans ce contexte que la séquence norvégienne prend tout son sens aux yeux des conservateurs. Pour Gabriel Hardy, elle s’ajoute à une série de situations où des intérêts économiques liés à Brookfield semblent précéder des gestes politiques ou diplomatiques du gouvernement canadien. Une répétition qui, selon lui, dépasse la simple coïncidence. « Mon collègue Gabriel Hardy soulève des questions légitimes sur de possibles apparences de conflits d’intérêts du premier ministre. Il ne s’agit pas d’accusations, mais les Canadiens sont en droit d’obtenir des réponses claires pour préserver la confiance envers nos institutions. Je suis fier de mon collègue et je tiens à le féliciter pour son travail exhaustif et sur la minutie auquel il a appliqué son temps pour sortir l’ensemble des faits », a quant à lui déclaré le député conservateur de Côte-du-Sud—Rivière-du-Loup—Kataskomiq—Témiscouata, Bernard Généreux.

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